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chronique

Les grands idéaux olympiques sont défendus par des pleutres

Il parle en conférence de presse.

Le président du CIO, Thomas Bach, s'adresse aux médias en conférence de presse.

Photo : presse canadienne

Martin Leclerc

BILLET - Le mouvement olympique a été fondé sur la base des plus grands idéaux humains : l’amitié entre les peuples, l’alliance du sport de la culture et de l’éducation, le franc-jeu, la valeur éducative du bon exemple, la responsabilité sociale et l’application des principes éthiques fondamentaux universels. Malheureusement, toutefois, ces idéaux sont défendus par des pleutres comme le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach.

Pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué, c’était lundi le jour de la marmotte.

Réunis dans un hôtel cinq étoiles de Lausanne, les membres du comité exécutif de l’Agence mondiale antidopage (AMA) ont annoncé que la Russie serait exclue des grandes compétitions internationales, dont les Jeux olympiques de Tokyo l’été prochain et les ceux d'hiver à Pékin en 2022, en raison de son mépris généralisé – et institutionnalisé – des règles antidopage qui assurent l’intégrité du sport.

C’était le jour de la marmotte parce qu’il s’agissait exactement de la même annonce faite par Thomas Bach à l’aube des Jeux d’hiver de Pyeongchang. La manchette disait que la Russie allait être exclue des Jeux, mais quelques semaines plus tard, 165 athlètes russes sont tout de même débarqués en Corée du Sud avec leurs entraîneurs, soigneurs et médecins habituels.

Et au lieu de forcer ces athlètes à concourir sous les couleurs du drapeau olympique (comme c’est habituellement le cas quand un pays est exclu des Jeux), comme des paillassons, Thomas Bach et ses sbires ont permis aux Russes de participer aux compétitions sous le vocable d’« athlètes olympiques de Russie » en portant des couleurs rappelant celles de la défunte Union soviétique.

Bref, comme je le mentionnais dans une chronique à l’époque, les bonnets blancs allaient être interdits à Pyeongchang, et seuls les blancs bonnets allaient être tolérés. Grosse sanction!

Bref, aux Jeux de Pyeongchang, le gouvernement russe n’a jamais été puni pour avoir adopté la plus méprisante et la plus obscène conduite jamais observée dans le monde du sport. Et incroyablement, c’est la même sanction que nous a annoncée l’AMA lundi matin.

Des joueurs s'enlacent pendant l'hymne national russe.

Les athlètes olympiques de Russie ont remporté la médaillé d'or en hockey masculin aux Jeux de Pyeongchang

Photo : Getty Images


Pour ceux qui n’avaient pas suivi cette désolante histoire, un rappel :

  • En 2015, l’ex-directeur du laboratoire de l’Agence russe antidopage à Moscou, Grigory Rodchenkov, a révélé que le gouvernement russe avait orchestré un vaste système de dopage avant les Jeux d’hiver de Sotchi. Craignant pour sa sécurité, il a fui vers les États-Unis en 2016 après que deux de ses anciens collègues de l’Agence russe furent décédés, à 11 jours d’intervalle, de crises cardiaques suspectes.
  • Selon Rodchenkov, durant les Jeux de Sotchi, les services secrets russes s’immisçaient dans le laboratoire de l’AMA pour voler les échantillons d’urine d’athlètes russes dopés pour les remplacer par des échantillons propres.
  • L’AMA a tout de suite confié à l’avocat canadien Richard McLaren le mandat d’enquêter sur ces allégations.
  • Le rapport McLaren a été publié le 18 juillet 2016, peu de temps avant les Jeux de Rio. L’enquête confirmait que le ministère des Sports de la Russie avait élaboré un système de tricherie permettant de contourner les contrôles antidopage de l’AMA. Plus de 1000 athlètes russes pratiquant 30 sports, dont une vingtaine dans des disciplines olympiques d’été, avaient été impliqués dans ce stratagème.
  • Le CIO et son président Thomas Bach, qui étaient pourtant censés défendre les valeurs olympiques, s'en sont alors lavé les mains, arguant que la responsabilité d’exclure ou non des athlètes russes revenait aux fédérations sportives. La Fédération internationale d’athlétisme a été l’une des seules à avoir assez de courage pour rayer les Russes du programme de Rio.
  • Le CIO et Bach ont ensuite commandé leur propre enquête, le rapport Schmid, qui a eu pour effet d’atténuer le rapport McLaren, en disculpant totalement le gouvernement et les services secrets russes.
  • Aux Jeux de Pyeongchang, les Russes ont supposément été bannis, mais ils y ont tout de même participé. En coulisses, Thomas Bach a déployé beaucoup d’efforts sur deux dossiers : a) attaquer Dick Pound (membre canadien du CIO) qui l’avait accusé de faire preuve de mollesse et de négocier les valeurs olympiques avec des tricheurs; et b) faire en sorte que la Russie puisse déployer son drapeau aux cérémonies de clôture et être réadmise en grande pompe dans la famille olympique.
  • Pourtant, les Russes n’avaient jamais reconnu leur culpabilité et n’avaient jamais affiché le moindre remords. Leur agence antidopage n’était toujours pas jugée conforme aux standards de l’AMA, et Vladimir Poutine refusait toujours de rendre à l’AMA les échantillons d’urine et les données informatiques de Sotchi susceptibles d’en révéler encore plus sur l’étendue du système de dopage russe. Malgré son immoralité et son arrogance, la Russie a finalement été réadmise au sein du mouvement olympique quatre jours après les Jeux de Pyeongchang.
  • Après Pyeongchang, l’AMA était le dernier rempart censé protéger les athlètes propres. Pour son président, sir Craig Reedie, il n’était pas question de rouvrir la porte aux Russes ni de reconnaître la validité de leur agence antidopage : a) tant que la Russie n’aurait pas publiquement accepté les conclusions du rapport McLaren; et b) si toutes les données informatiques et tous les échantillons colligés aux Jeux de Sotchi n’avaient pas été remis à l’AMA avant le 31 décembre 2018.
  • Mais la Russie n’a pas bougé, et l’AMA s’est alors mise à négocier avec elle-même et à faire preuve du même aplaventrisme que le CIO. La reconnaissance du rapport McLaren n’était plus nécessaire (donc disculpation des dirigeants politiques russes) et la Russie, quatre ans après les Jeux de Sotchi, pouvait désormais rendre les échantillons d’urine et les données informatiques quand ça lui conviendrait.
  • Quand les Russes ont finalement rendu les échantillons d’urine et les données informatiques à l’AMA, il s’est avéré que les données informatiques avaient été trafiquées et que quelques centaines de fichiers d’athlètes dopés avaient été effacés ou modifiés. Bref, les Russes n’ont jamais cessé d’ajouter des insultes aux nombreuses et graves injures qu’ils avaient commises à l’endroit du CIO et des athlètes qui compétitionnent proprement, dans le respect des valeurs olympiques.

Ça fait près de six ans que cette invraisemblable saga se poursuit et que le CIO et l’AMA se font malmener comme des mauviettes par un pays qui, à l’évidence, n’en a rien à cirer des valeurs et de la charte olympique.

Lundi, l’AMA et de nombreux observateurs ont défendu la supposée suspension imposée à la Russie en arguant qu’on ne peut empêcher des athlètes propres (russes) de participer aux Jeux olympiques. Il s’agit encore une fois d’une position bonasse qui balaie sous le tapis des actions intolérables qui ont nié aux athlètes de tous les autres pays leur droit fondamental de participer à des Jeux propres.

Pire encore, les récentes actions de la Russie démontrent que ce fondamental droit au franc-jeu que réclament les athlètes du monde entier est encore menacé, et que les valeurs fondamentales du mouvement olympique sont complètement méprisées par le gouvernement et le Comité olympique russes.

En infligeant des sentences bonbon comme celle de lundi, le CIO (dont 5 membres siègent au comité exécutif de l’AMA) et l’AMA semblent oublier qu’au départ, le gouvernement de Poutine s’est lancé dans ce programme de dopage institutionnalisé à des fins de propagande, pour faire de minables gains politiques.

La seule manière de punir ce gouvernement aurait donc consisté à lui faire payer un prix politique équivalent à sa malhonnêteté, en excluant tous les athlètes russes des sites de compétition pendant quatre ans et en le privant justement de cet outil de propagande.

Parce que le CIO est dirigé par des gens comme Thomas Bach, la Russie n’a à peu près jamais été inquiétée depuis que Grigory Rodchenkov s’est mis à table. Au contraire, le mouvement olympique n’a jamais cessé de perdre de la crédibilité.

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