•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Le Canadien est-il trop petit?

Ils tentent de faire l'accolade au capitaine Shea Weber, nettement plus grand.

Brendan Gallagher (11) et Victor Mete (53) sont deux des huit joueurs du Canadien mesurant 5 pi 10 po ou moins.

Photo : Reuters / USA Today Sports

Martin Leclerc

BILLET - La semaine dernière, au moment où le Canadien venait de perdre un huitième match de suite et que la marmite commençait à dangereusement bouillir, Pierre, un lecteur, m’a envoyé un courriel très intéressant. À son avis, le principal handicap du CH s’avère le trop grand nombre de petits joueurs qu’on retrouve au sein de sa formation.

Le CH, rappelons-le, lutte cette saison pour éviter une quatrième exclusion des séries éliminatoires en cinq ans.

« Ça prend des joueurs solides, forts et rapides à toutes les positions. Sinon, c'est impossible de s'imposer et de dicter l'allure des rencontres. Impossible de doser ses efforts, impossible de fermer le territoire, impossible de protéger le gardien, impossible de gagner à un contre un, impossible de faire plus qu'un tour en séries si tu parviens à t'y rendre », écrivait Pierre.

Selon ce dernier, le CH ne parviendra jamais à bâtir une équipe gagnante sans changer sa philosophie au repêchage et si Trevor Timmins persiste à jeter son dévolu des petits joueurs spectaculaires, le dernier en lice étant Cole Caufield au repêchage de juin dernier.

***

En juin dernier, suite à la décision du CH de miser sur Caufield, j’avais justement publié cette chronique, qui démontrait clairement que l’organisation montréalaise est celle qui recrute et utilise le plus de joueurs mesurant 5 pi 10 po (1,78 m) et moins.

Pour le meilleur et pour le pire, il n’y a vraiment pas de préjugés défavorables envers les petits joueurs à Montréal.

Ces derniers jours, les propos de Pierre m’ont toutefois donné envie de revisiter la question en m’attardant à la recette des équipes qui remportent la Coupe Stanley.

Beaucoup de gens ont l’impression que la LNH est désormais un circuit où la vitesse prédomine et que, de ce fait, la taille des joueurs n’est plus un facteur déterminant quand les dirigeants d’équipes composent leur formation.

Or, ce n’est pas ce que les chiffres disent. Parmi les 780 patineurs qui ont disputé au moins une rencontre dans la LNH cette saison, seulement 83 (10,6 %) mesuraient 5 pi 10 po et moins. Le hockey professionnel est donc encore, nettement, un sport réservé aux joueurs de grande taille.

En moyenne, les équipes de la LNH ont utilisé 26 patineurs cette saison, mais seulement 2,76 d’entre eux mesuraient 5 pi 10 po et moins.

Le CH, de son côté, a utilisé pas moins de 8 joueurs de 5 pi 10 po et moins depuis le début du calendrier (Brendan Gallagher, Tomas Tatar, Victor Mete, Max Domi, Paul Byron, Jordan Weal, Matthew Peca et Charles Hudon). C’est plus que n’importe quelle autre organisation de la LNH et près de 10 % de tous les petits joueurs de la ligue.

***

Revenons maintenant aux arguments de Pierre. A-t-il raison lorsqu’il plaide que le Canadien amoindrit ses chances de succès en s’éloignant autant de la tendance observée à travers la LNH?

Pour approfondir cette question, j’ai opté pour une méthodologie différente de celle utilisée dans ma chronique de juin dernier.

L’été passé, j’avais uniquement répertorié le nombre de joueurs 5 pi 10 po et moins ayant disputé au moins 30 matchs au cours d’une saison depuis 2009-2010. Cette fois, histoire de mieux cerner les biais et les tendances des organisations, j’ai plutôt compilé le nombre total de matchs disputés par des « petits » joueurs ainsi que le nombre total de joueurs de 5 pi 10 po et moins utilisés par chaque équipe au cours des 10 dernières saisons.

En moyenne, depuis la saison 2009-2010, ça donne ceci :

  • Les équipes de la LNH ont utilisé 14,47 joueurs de 5 pi 10 po et moins, pour une moyenne de 1237 matchs disputés.
  • Les gagnants de la Coupe Stanley ont utilisé en moyenne 11,67 joueurs de 5 pi 10 po et moins, pour une moyenne de 932,33 matchs disputés.
  • Le Canadien a utilisé 25 joueurs de 5 pi 10 po et moins, pour un total de 2630 matchs(!) disputés.

***

Au cours des dix dernières années, six équipes différentes ont remporté la Coupe Stanley : Chicago (trois fois), Pittsburgh (deux fois), Los Angeles (deux fois), Boston, Washington et Saint Louis.

La moitié de ces Coupes ont été soulevées par des équipes qui, ça saute aux yeux, évitent généralement les petits joueurs.

Les Kings n’ont fait disputer que 81 matchs à 6 joueurs de 5 pi 10 po et moins au cours de la dernière décennie. Ils viennent au dernier rang de la LNH à ce chapitre. Les Capitals (308 matchs, 9 joueurs) et les Penguins (621 matchs, 14 joueurs) se situent aussi très loin de la moyenne de la ligue.

Les Blackhawks de Chicago, pour leur part, ont permis à 11 joueurs de 5 pi 10 po et moins de disputer 1362 matchs depuis 10 ans. Ils surpassent un peu la moyenne de la LNH, mais plus de la moitié de ces 1362 matchs (741) ont été disputés par un seul joueur: Patrick Kane, qui est un futur membre du Temple de la renommée.

De leur côté, les Bruins (17 joueurs, total de 1974 matchs) sont les gagnants de la Coupe Stanley qui se sont le plus éloignés de la moyenne et qui ont eu recours au plus grand nombre de petits joueurs depuis 2009. Mais le cas des Bruins ressemble à celui des Blackhawks : 1121 de ces 1974 matchs ont été disputées par seulement deux joueurs : Brad Marchand (un attaquant étoile de premier trio) et Torey Krug, un indélogeable membre de leurs quatre premiers défenseurs.

Quant aux Blues, ils ne misaient que sur 2 joueurs de 5 pi 10 po et moins le printemps dernier lorsqu’ils ont remporté la Coupe : Jayden Schwartz (leur meilleur marqueur des séries) et Robby Fabbri. Et Fabbri disputait moins d’un match sur deux...

***

Au bout du compte, les observations de Pierre sont assez justes.

Elles doivent être nuancées parce que quelques-une des organisations qui discriminent le moins les petits joueurs (Tampa Bay, 16 joueurs, 2350 matchs; Nashville, 25 joueurs, 1970 matchs) et Philadelphie, 12 joueurs, 1797 matchs) ont participé à la finale de la Coupe Stanley depuis 10 ans.

Mais au bout du compte, les équipes qui soulèvent la Coupe Stanley utilisent en général beaucoup moins de joueurs de petite taille que les autres organisations de la LNH. Et quand elles le font, c’est parce que ces petits joueurs sont particulièrement dominants au sein de leur formation.

Le Canadien va certainement à l’encontre de cette tendance.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Hockey

Sports