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« La Russie est allée trop loin » - Richard Pound

Le drapeau russe aux Jeux olympiques

Le drapeau russe aux Jeux olympiques

Photo : Reuters / Karolos Grohmann

Radio-Canada

L'Agence mondiale antidopage (AMA) décidera lundi si elle prononce les plus lourdes sanctions de son histoire, pour punir la Russie d'avoir persisté dans la triche en falsifiant des données qu'elle lui réclamait.

« Je crois que cette fois, le CIO en a assez, la Russie est allée trop loin », affirme à l'AFP l'avocat canadien Richard Pound, qui a été le premier président de l'AMA entre 1999 et 2007.

D'après lui, les sanctions à prévoir sont équilibrées, car elles n'empêchent pas des athlètes russes de concourir sous drapeau neutre, comme aux Jeux d'hiver de 2018 en Corée du Sud, où des sanctions avaient déjà été prises.

L'avocat canadien parle durant une rencontre de presse.

Richard Pound

Photo : Radio-Canada

C'est une véritable mise au ban du sport international qui attend la Russie, si le comité exécutif de l'AMA, qui se réunit à Lausanne, suit la recommandation de son comité de révision de la conformité (CRC).

Pas de drapeau, d'hymne ou d'officiel russe aux Jeux olympiques ou à tout championnat du monde pendant quatre ans, interdiction d'accueillir ces compétitions sur son sol, sélection d'athlètes neutres.

La Russie pourra faire appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), qui aura probablement le dernier mot.

Ces sanctions sans précédent seraient le dernier épisode d'une saga qui dure depuis cinq ans, depuis les premières révélations sur un système de dopage institutionnel, dirigé entre 2011 et 2015 depuis le ministère des Sports avec la participation directe du service secret FSB, selon plusieurs rapports d'enquête.

La remise par Moscou de milliers de données brutes de contrôles, stockées dans les serveurs de l'ancien laboratoire de Moscou, sous la garde du puissant Comité d'enquête de Russie, était en effet une condition stricte posée par l'AMA pour lever, fin 2018, la précédente suspension de l'Agence russe antidopage (RUSADA).

L'AMA espérait ainsi lever le voile sur des contrôles positifs restés sans suite, ouvrir des procédures disciplinaires contre des sportifs et clore l'affaire une fois pour toutes. Mais les experts informatiques ont notamment découvert que « des centaines » de résultats suspects avaient été effacés, pour certains entre décembre 2018 et janvier 2019, juste avant la remise des données.

Cette nouvelle accusation et la persistance du problème russe pourraient convaincre une majorité des 12 membres du comité exécutif de l'AMA d'user de la manière forte et de suivre le CRC mot pour mot. Dans l'autre hypothèse, l'AMA peut renvoyer la recommandation au CRC pour qu'il l'amende.

Sous l'impulsion de Vladimir Poutine, la Russie a fait du sport une véritable vitrine diplomatique, accueillant les Jeux olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi et la Coupe du monde de soccer en 2018.

Adversaire ou partenaire?

Si le scandale de dopage a entamé son prestige, le pays reste un « partenaire important » des fédérations internationales, en accueillant nombre de compétitions peu rentables, explique un acteur européen de l'antidopage, sous couvert d'anonymat.

Or, le comité exécutif de l'AMA est constitué pour moitié de représentants du mouvement olympique, face à autant de représentants des États.

Le président du CIO, Thomas Bach, a garanti que d'éventuelles suspensions s'imposeraient de façon obligatoire. « Mais j'espère que l'AMA sera claire sur les événements auxquels cette décision fera référence et pour quelles raisons elle s'applique ou non », a-t-il précisé.

D'ici là, le président du Comité olympique russe (ROC), Stanislav Pozdniakov, fait partie samedi des invités du Sommet olympique, prévu de longue date sous l'égide du CIO, toujours à Lausanne.

À Moscou, les autorités et les instances sportives soufflent le chaud et le froid, à l'image du premier ministre russe, Dmitri Medvedev, qui a reconnu que son pays avait « un problème avec le dopage ».

Mais « les autres pays ne sont-ils pas aussi coupables », a-t-il aussi demandé, alors que le ministre des Sports Pavel Kolobkov a réfuté les accusations de l'AMA à plusieurs reprises.

Le président du ROC a promis de « tout faire » pour que la Russie soit aux Jeux olympiques de 2020, à Tokyo, et a assuré qu'il ne pouvait y avoir « aucune discussion sur une participation sous drapeau neutre ».

Avec les informations de Agence France-Presse

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