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Chronique

Retour du baseball à Montréal : le projet vient-il de mourir?

Plan rapproché de son visage

L’homme d'affaires Stephen Bronfman

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

BILLET - Avant même que la première pelletée de terre ait eu lieu aux abords du bassin Peel, c’est peut-être déjà la fin des haricots pour ceux qui espéraient le retour d’une équipe du baseball majeur à Montréal.

Dans une note adressée aux membres du conseil municipal de St. Petersburg, le maire Rick Kriseman a annoncé qu’il ne permettrait pas aux Rays de Tampa Bay d’explorer, avec Montréal, la possibilité d’établir une garde partagée de cette équipe de la MLB.

Les Rays ont un bail contraignant qui les oblige à disputer tous leurs matchs au Tropicana Field jusqu’à la fin de la saison 2027. Si le bail des Rays est aussi blindé qu’on le dit, leur propriétaire Stuart Sternberg est donc condamné à regarder jouer son équipe devant des sièges vides pendant encore huit ans.

Même s’ils ont compilé la cinquième fiche de la Ligue américaine et participé aux éliminatoires en 2019, les Rays de Tampa Bay ont bouclé la saison au 29e et avant-dernier rang de la MLB au chapitre des assistances.

En fait, depuis 2012, peu importe leurs performances sur le terrain, les Rays figurent chaque année parmi les deux équipes qui attirent le moins de spectateurs dans le baseball majeur.

Un joueur frappe une balle.

Jake Bauers, des Rays de Tampa Bay, s'élance pendant un match contre les Orioles de Baltimore.

Photo : Getty Images / Mike Ehrmann


Cette décision du maire Kriseman n’était absolument pas prévue.

En octobre dernier, après avoir participé aux consultations publiques sur l’avenir du secteur Bridge-Bonaventure (où il espère faire construire un nouveau stade), Stephen Bronfman avait affirmé, deux fois plutôt qu’une, que le maire de St. Petersburg était sur le point d’accorder à Stuart Sternberg la permission de développer le concept de garde partagée avec Montréal.

À compter du moment où cette permission allait être donnée aux Rays, M. Bronfman estimait que son groupe allait être en mesure de terminer la construction d’un nouveau stade vers 2023.

L’homme d’affaires montréalais soutenait par ailleurs que Stuart Sternberg n’entrevoyait aucune difficulté à faire de même dans la région de Tampa. Pourtant, au cours de la dernière décennie, Sternberg s’est avéré incapable d’obtenir les appuis politiques et le financement public qu’il estimait nécessaires à la construction d’un stade pour son équipe. Et même si les Rays prévoyaient alors disputer tous leurs matchs dans la région de Tampa.

Outre Bronfman, Sternberg et leur entourage respectif, il est extrêmement difficile de trouver des intervenants crédibles (dans le monde du sport professionnel ou parmi les experts en mise en marché du sport) qui croient que cette idée de garde partagée soit réalisable ou viable.

Pourtant, ce projet s’incruste dans l’air depuis un an. Au point où l’on se demande si Stephen Bronfman et ses associés ont les moyens ou l’intention d’opter pour le seul modèle d’affaires existant présentement sur le continent nord-américain : acquérir une équipe de la MLB et l’établir à temps complet à Montréal.

Disons les choses comme elles sont : malgré les études de marché extrêmement optimistes commandées par le groupe montréalais au cours des dernières années, rapatrier une équipe de la MLB à Montréal constitue un immense risque financier. Les Marlins de la Floride, la moins rentable franchise de la MLB, se sont vendus il y a deux ans pour 1,2 milliard. À Montréal, il faudra en plus construire un stade...


En juin dernier, dans une conférence de presse minutieusement préparée, Stuart Sternberg avait lancé un cri du coeur à la communauté de la baie de Tampa. Il avait fait valoir que l’économie locale n’était pas suffisamment robuste pour soutenir une équipe de la MLB à temps plein et que pour maintenir les Rays dans la région, la dernière planche de salut s’avérait le projet de garde partagée que lui avait proposé Stephen Bronfman.

Le lendemain, flanqué de Pierre Boivin (son président et chef de la direction de Claridge), M. Bronfman avait tenu sa propre conférence de presse à Montréal. Entre les lignes, on avait clairement senti que le groupe montréalais tentait de pousser son pied dans la porte de la MLB le plus rapidement possible.

La possibilité d’une expansion semblait désormais reportée à la semaine des quatre jeudis et un rapide déménagement des Rays était impossible.

« En tant que ville et en tant que promoteurs, on doit regarder toutes les options. Des fois, un je l’ai vaut mieux que deux je l’aurai », avait insisté Pierre Boivin.

« En même temps, les risques sont coupés en deux (si on partage une équipe entre deux villes). C’est intéressant comme investisseur aussi. On a quelque chose (les Rays) qui est bien géré. On a une équipe déjà bien implantée dans la ligue et très professionnelle. Et on a l’opportunité de les amener ici et de faire quelque chose de très chaleureux et de très montréalais », avait pour sa part plaidé M. Bronfman.

« Ça réconforte peut-être aussi le baseball majeur. Je ne dirais pas que tout le monde au sein du groupe de propriétaires de la MLB a conservé un très bon goût de la précédente aventure de Montréal dans le baseball majeur [...] On veut très bien faire les choses. On veut faire les choses de manière durable pour que cette équipe subsiste pendant des générations », avait-il pris le soin d’ajouter.


Pour toutes les parties en cause, la rebuffade du maire de St. Petersburg change donc complètement la donne.

Stephen Bronfman travaille sur ce projet depuis sept ans et, pour plusieurs raisons, il est impatient que ça aboutisse. Notamment parce que son stade est censé devenir le pôle d’attraction majeur d’un projet immobilier de plusieurs milliards de dollars (le développement du quartier Bridge-Bonaventure).

Le bassin Peel

Le groupe de Stephen Bronfman souhaite qu'un stade de baseball soit construit sur le site du bassin Peel.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Or, la décision du maire Kriseman reporte le projet de Stephen Bronfman en plus d’avoir des répercussions jusque dans le développement des environs du bassin Peel. Par exemple, y aménagera-t-on une station du REM juste au cas où on obtiendrait une équipe dans huit ans?

Par ailleurs, en 2027, il n’y aura probablement plus de projet de garde partagée sur la table.

Stuart Sternberg sera alors âgé de 68 ans. Il sera libéré de son bail et entièrement libre de déménager son équipe là où il le voudra. Mais surtout, sous la supervision de la MLB, il sera aussi libre de la vendre au plus offrant.

Montréal fera alors face à la féroce concurrence de milliardaires désireux d’implanter une équipe de la MLB à Nashville, à Portland, à Charlotte, à San Antonio ou à Orlando.

Si le groupe de Bronfman embrasse déjà le concept de garde partagée afin de minimiser son risque financier, il risque de ne plus être dans la course quand cette folle surenchère sera survenue.

C’est en plein ce genre de scénario que Pierre Boivin avait en tête lorsqu’il disait : « Des fois, un je l’ai vaut mieux que deux je l’aurai. »

En forçant les Rays de Tampa Bay à passer les huit prochaines années dans leur stade vide, le maire Rick Kriseman vient peut-être de faire en sorte que Montréal n’obtienne rien du tout.

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