•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Baseball à Montréal : l’idée d’une garde partagée des Rays se heurte à un mur

Kevin Kiermaier

Photo : Associated Press / Chris O'Meara

La Presse canadienne

Stephen Bronfman devra oublier l'idée d'une garde partagée pour le retour du baseball à Montréal. Du moins jusqu'en 2028.

Le maire de St. Petersburg en Floride, Rick Kriseman, a indiqué mercredi par communiqué qu'il refusait aux Rays de Tampa Bay la possibilité de négocier avec tout autre marché pour disputer une partie de leurs matchs locaux ailleurs qu'au Tropicana Field avant la fin du bail.

Il est valide jusqu'à la fin de la saison 2027.

Le maire a déclaré que « les deux parties ont convenu que la meilleure approche dans ce dossier était de respecter l'entente actuelle ».

« Afin de respecter la présente entente, si l'organisation des Rays désire pousser plus loin son concept d'équipe partagée avec Montréal, elle devra le faire en ayant en tête la saison 2028 ou plus tard », a précisé le maire.

Stuart Sternberg, le principal actionnaire des Rays, n'est pas tout à fait d'accord avec lui.

« Bien que nous soyons généralement d'accord avec le résumé que fait le maire Kriseman de nos conversations des derniers mois, nous souhaitons clarifier deux points, a indiqué Sternberg par communiqué. Premièrement, nous ne sommes pas d'accord sur le fait que ce soit la meilleure voie à suivre. Deuxièmement, nous avons demandé d'explorer le concept d'équipe partagée entre St. Petersburg et Montréal, ainsi qu'entre Tampa et Montréal.

Nous admettons que nous devons examiner nos options pour l'après-2027 et tout ce que ça comprend, mais nous croyons fermement que le concept de villes-soeurs doit être sérieusement pris en considération.

Stu Sternberg, propriétaire des Rays de Tampa Bay

Stephen Bronfman a réagi en début de soirée, mercredi, dans un court communiqué qu'a transmis aux médias le Groupe baseball Montréal.

« Nous demeurons résolument engagés à l’égard du concept des villes sœurs avec les Rays de Tampa Bay et de sa réalisation dans les meilleurs délais, a déclaré M. Bronfman. Notre groupe continue d’avoir un vif intérêt pour le concept innovant proposé. Nous ne ferons aucun autre commentaire pour le moment. »

Le baseball majeur, qui avait pourtant donné son aval à l'exploration de ce projet en juin dernier, n'a pas l'intention de commenter.

Les Rays ne veulent plus chercher dans la région

Par ailleurs, Kriseman a précisé que les Rays ont refusé son offre de renouveler la lettre d'entente qui leur avait permis de rechercher un nouveau domicile permanent dans la région de la baie de Tampa, y compris le comté de Hillsborough et le secteur métropolitain de Tampa.

« Je continue de croire que l'organisation des Rays réalisera que la région de la baie de Tampa, plus spécifiquement St. Pete, demeure le meilleur endroit pour jouer 81 jours par année et pour connaître du succès sur une longue période, a poursuivi Kriseman. L'émergence de St. Petersburg, particulièrement du quartier autour du Tropicana Field, laisse entrevoir un avenir radieux pour ce site. Un renforcement des droits de télévision et des revenus records partout dans le baseball majeur confortent davantage ma conviction. »

Sur Twitter, le maire en a ajouté.

Ma porte est toujours ouverte si les Rays veulent discuter d'un nouveau stade à St. Pete. Mais nous ne sommes pas une ville pour une équipe à temps partiel. Nous ne sommes pas une région pour une équipe à temps partiel. Nous sommes un marché des ligues majeures.

Rick Kriseman, maire de St. Petersburg

Le 25 juin dernier, Stuart Sternberg, actionnaire majoritaire des Rays, a présenté le projet de saison partagée avec Montréal, précisant qu'il ne voyait plus ses Rays disputer 81 rencontres à St. Petersburg. Le lendemain, on apprenait dans une conférence de presse tenue à Montréal que l'idée venait de Bronfman.

« Je veux être clair : il ne s'agit pas d'une sortie [de St. Petersburg], avait précisé Sternberg à l'époque. Cette idée ne m'a jamais traversé l'esprit. Ce n'est pas le premier pas vers une délocalisation vers Montréal. J'ai rejeté cette idée il y a plusieurs années et je continue à le faire aujourd'hui. Il ne s'agit pas non plus d'une stratégie de négociation. Il s'agit de trouver une façon pour les Rays de connaître du succès dans la région de Tampa Bay. Il s'agit pour Tampa Bay de garder son équipe et pour Montréal d'en obtenir une également.

« Il s'agit d'une association permanente. D'un engagement pour plusieurs générations envers les deux communautés [...] Aujourd'hui s'amorcent des discussions, une exploration et une collaboration. »

Le 1er novembre, le bureau du maire de St. Petersburg a confirmé avoir reçu une demande officielle de la part des Rays pour explorer d'autres marchés. Un peu plus d'un mois plus tard, cette avenue est donc à oublier pour au moins les neuf prochaines saisons.

En juin, Pierre Boivin, président et chef de la direction de Claridge, la firme d'investissements de la famille Bronfman, avait déclaré que le Groupe de Montréal de Bronfman devrait attendre que les Rays obtiennent la permission de la Ville de St. Petersburg avant d'aller de l'avant.

« Une fois qu'ils l'auront obtenue, nous commencerons à échanger des informations et à faire les vérifications d'usage. Nous avons fait beaucoup de travail sur le marché de Montréal. De leur côté, ils ont fait beaucoup de travail au niveau des stades. Les deux groupes peuvent apprendre beaucoup l'un de l'autre. »

Prochaine étape?

Comme le Groupe de Montréal se fait avare de commentaires, il est impossible de dire si ce pas de recul dans ce dossier retarde ou non son projet d'acquisition des terrains au bassin Peel, où il souhaite bâtir son stade de baseball de 32 000 places.

En mai, Bronfman avait précisé que le promoteur immobilier Devimco se porterait acquéreur du terrain avec Claridge, société d'investissements détenue par Bronfman, comme partenaire financier et de développement du site de quelque 950 000 pieds carrés appartenant à la Société immobilière du Canada. En novembre, La Presse rapportait que Claridge s'intéresse à 350 000 pieds carrés supplémentaires appartenant à Loto-Québec.

Au début du mois d'octobre, Bronfman est venu présenter son projet de développement du quartier, où il souhaite construire ce stade, devant l'Office de consultation publique de Montréal. Le rapport de ces audiences devrait être publié au début de 2020, a fait savoir la porte-parole de l'organisme. Bronfman a notamment reçu l'appui de Tourisme Montréal au cours de ces audiences. L'organisme public voit le retour du baseball comme l'un des trois points centraux de la revitalisation du secteur Bridge-Wellington, situé dans le quartier Griffintown.

En 2019, les Rays n'ont attiré en moyenne que 14 734 spectateurs par match, l'avant-dernière moyenne du baseball majeur. Ils ont attiré la plus faible foule de leur histoire, 5786 spectateurs, contre les Blue Jays de Toronto en septembre. L'équipe a terminé dernière au chapitre des assistances de 2012 à 2017, et 29e au cours des deux dernières campagnes.

Elle cherche à se doter d'un nouveau domicile depuis 12 ans maintenant.

Baseball Québec se réjouit

Maxime Lamarche, directeur général de Baseball Québec, voit quant à lui cette nouvelle d'un bon œil.

« Les titres dans les médias sociaux peuvent faire peur un peu, "pas de baseball à Montréal avant 2028"… Pour nous, les amateurs de balle, c’est un bon signe, souligne Lamarche. On sait comment Sternberg est tanné de la situation. Donc, voir la Municipalité tenir la ligne dure, c'est un peu positif pour nous. Ça nous envoie le message qu’ils vont pouvoir entreprendre des négociations pour sortir du bail et peut-être s’en venir à Montréal plus vite.

« On sait que la Ville a un gros projet immobilier dans ce secteur-là et que M. Sternberg a des parts dans ce projet-là. Tout le monde voudrait que le stade soit détruit pour faire place au projet, ajoute le DG de Baseball Québec. Je présume que les prochaines étapes seront encore une négociation entre le propriétaire de l’équipe et la Ville pour voir comment ils peuvent sortir du bail. »

Si les Rays veulent rompre le bail, ils devront payer des pénalités qui s'élèvent à 3 millions de dollars par saison, de 2020 à 2022. Pour les quatre années suivantes, c'est 2 millions qui devraient être versés. On parle donc d'une somme globale de 17 millions si le bail était rompu l'an prochain. Il s'agit d'un montant dérisoire quand on considère que le retour du baseball à Montréal coûtera plus de 1 milliard de dollars.

« Est-ce que ce sera par un échange des parts de Sternberg ou en payant des pénalités? Mais il n’y a rien de logique pour un propriétaire de dire que "pendant les sept prochaines années, je vais regarder mon équipe en débandade, avoir des assistances à coup de 8000 ou 9000 spectateurs", estime Maxime Lamarche. Se rendre à 2028, c’est beaucoup trop loin. En 2020, on peut s’attendre à voir beaucoup de négociations pour que chacun puisse partir de son bord. Dans le baseball amateur, ça ferait grandement notre bonheur. »

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Baseball

Sports