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chronique

Lance Stroll a-t-il véritablement sa place en F1?

Il enfile sa combinaison.

Lance Stroll dans le garage Racing Point

Photo : Racing Point / Glenn Dunbar

Martin Leclerc

BILLET - Après trois saisons, Lance Stroll n’est toujours pas parvenu à démontrer qu’il mérite un volant en F1.

Le Championnat du monde de formule 1 a pris fin dimanche dernier avec la présentation, à Abou Dhabi, de la 21e épreuve du calendrier. Lewis Hamilton, qui a remporté le titre des pilotes avec une déconcertante facilité au volant de sa monoplace Mercedes, a profité de l’occasion pour décrocher sa 11e victoire de la saison et la 84e de sa carrière.

Déjà, toutes les écuries préparent la saison 2020. Les deux autres équipes d’élite, Ferrari et Red Bull, cherchent la recette qui leur permettra de combler l’écart qui les sépare de Mercedes. Les autres équipes, plus réalistes, se battent pour éventuellement s’emparer du titre de « best of the rest [meilleure des autres] », comme on dit dans les paddocks.

Dans cette féroce bataille du peloton, que seuls les connaisseurs apprécient pleinement, chaque lutte et chaque point de classement peut faire la différence. Course après course, les pilotes de ces écuries se battent donc comme des enragés pour terminer parmi les 10 premiers et grappiller les maigres points de classement qui leur sont accessibles.

***

Cette saison, c’est McLaren qui a obtenu le titre de meilleure écurie du reste du plateau en récoltant 145 points. Renault (91), Toro Rosso (85) et Racing Point (73) étaient aussi de cette lutte effrénée qui, pourtant, ne menait qu’au pied du podium.

Quand on regarde la saison qu’a connue le Québécois Lance Stroll avec Racing Point, on comprend rapidement pourquoi cette écurie ne s’est pas montrée plus compétitive. Il vient de connaître une saison très difficile, pour ne pas dire gênante.

En F1, les pilotes sont avant tout évalués par rapport au rendement de leur coéquipier puisque seuls les porte-couleurs d’une même équipe possèdent des monoplaces identiques.

Ces confrontations directes entre coéquipiers constituent la base à partir de laquelle on établit la hiérarchie au sein du championnat. Les transferts qui surviennent d’année en année et les nouveaux duos de coéquipiers qui se forment permettent d’enrichir ces comparaisons et de déterminer, au bout du compte, les pilotes qui tirent le maximum de leur monoplace ou qui surpassent même (parfois) le potentiel de l’équipement mis à leur disposition.

***

Cette saison, Lance Stroll s’est incliné au compte de 18 à 3 en qualifications devant son coéquipier mexicain Sergio Pérez. Pour un pilote qui, comme Stroll, en était à sa troisième saison au sein du cirque, il s’agit d’une magistrale raclée.

Au classement, Pérez a par ailleurs amassé 52 points contre seulement 21 pour Stroll. Il n’est pas difficile d’imaginer le bond au classement qu’aurait fait Racing Point si son pilote canadien avait pleinement exploité le potentiel de sa monoplace.

Cet écart considérable parle très fort. D’autant plus que Pérez, bien qu’il soit plus expérimenté, n’est pas considéré comme un pilote d’élite au sein du plateau.

En 2018, avec Racing Point Force India, Sergio Pérez avait vu son jeune coéquipier français Esteban Ocon le devancer 15 fois en 21 séances de qualifications.

Même s’il était le plus rapide des deux, Ocon a toutefois été viré à la fin de 2018 parce que le père de Lance Stroll, Lawrence, s’était porté acquéreur de l'écurie. Pérez jouissant de l’appui financier d’un milliardaire mexicain, on a tassé Ocon pour faire une place au fils Stroll.

De son côté, en 2018, Lance Stroll pilotait pour Williams, dont la monoplace était une véritable poubelle. Le coéquipier du Canadien était alors le Russe Sergey Sirotkin, dont le palmarès ne comptait que 4 victoires en 83 courses disputées au sein de championnats inférieurs.

Pour les dirigeants de Williams, malheureusement, la plus grande qualité de Sirotkin était le considérable appui financier dont il bénéficiait de la part d’un commanditaire russe.

Eh bien, contre ce pilote de deuxième ou troisième classe, Stroll a trouvé le moyen de s’incliner 13 à 8 en qualifications!

En 2017 à sa saison recrue, Lance Stroll avait baissé pavillon par 17 à 2 en qualifications contre Felipe Massa, un valeureux vétéran, en fin de carrière, qui avait ralenti.

J’avais alors publié cette chronique comparant la première saison de Stroll avec les premières saisons de Jacques et de Gilles Villeneuve.

Les Villeneuve avaient eu besoin d’une saison d’adaptation avant de dominer ou de faire jeu égal avec leurs coéquipiers en qualifications. La conclusion de ce texte voulait qu’on fasse preuve de patience et qu’on attende de voir si une progression allait suivre dans le cas de Stroll. D’autant plus qu’il avait obtenu quelques résultats intéressants en course en 2017.

Or, Stroll a fait face à un coéquipier médiocre en 2018 et à un pilote correct en 2019. Et en qualifications, au cours de ces deux saisons, le score total est de 31 à 11 en faveur de ses coéquipiers.

C’est plus que mauvais.

***

Le magazine Autosport est en quelque sorte la bible du sport automobile dans le monde. Depuis maintenant 11 ans, après chaque grand prix, Autosport publie un bulletin des pilotes.

Durant mes sept saisons passées à couvrir la F1, comme bien d’autres habitués des paddocks, j’aimais bien me livrer à cet exercice.

L’expert chargé d’établir ce relevé à Autosport, Ben Anderson, décerne une note à chaque pilote en tenant compte du potentiel de sa monoplace et de son rendement (en course et en qualifications) durant le week-end, notamment par rapport à son coéquipier.

Après chaque grand prix, le magazine invite ses lecteurs, un public de connaisseurs, à se livrer au même exercice.

Cette saison, Sergio Perez a obtenu la 4e note du plateau d’après le magazine, et la 9e selon le public. Il faut rendre à César ce qui revient à César : Pérez a connu une très bonne saison. Mais s'il avait été secondé, disons, par Esteban Ocon (qui ne pilotait même pas en F1 en 2019), il aurait probablement eu l’air moins génial.

Par ailleurs, l’expert d’Autosport et les lecteurs de cette publication britannique se sont entendus sur une chose : les deux ont estimé que Lance Stroll ne méritait pas mieux que le 19e rang parmi les 20 pilotes du plateau de la saison 2019.

Ce sont aussi des chiffres qui parlent très fort.

Tout ceci nous amène aux questions qui tuent.

Si le père de Lance Stroll ne possédait pas l’écurie Racing Point, le pilote québécois aurait-il encore un volant en F1 ou sa carrière serait-elle déjà terminée?

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