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chronique

Kim Boutin, la championne en quête d’équilibre

Elle lève un doigt au ciel après avoir franchi la ligne d'arrivée.

Kim Boutin

Photo : Patinage de vitesse Canada

Marie-José Turcotte

BILLET - Faire le choix d’une vie d’athlète de haut niveau, c’est par définition opter pour une intensité qui se marie bien mal avec l’équilibre. Kim Boutin a traversé une période trouble, qui l’a obligée à se questionner sur ses ambitions, sur ses besoins.

« Je n’ai jamais vu ma vie d’athlète comme un sacrifice, mais l’été dernier, oui. Il y a certains sacrifices que je n’étais plus capable de faire, alors je me suis demandé si j’avais encore envie de patiner. »

De toute évidence, oui!  Quand je vois Kim patiner cette saison, je vois une personne « nouvelle ». Je vois de l'aisance, du plaisir, un contrôle autant de la technique que des émotions... des prises de décisions impeccables. Bref, c'est magnifique à voir.

« Je ne suis pas la Kim 2.0. J’ai encore de la misère. Tous les jours, je me pose des questions. Comment je peux être meilleure, comment je peux progresser. En ce moment, la chose qui me rend la plus fière c’est ma façon de patiner, pas les résultats. Je réalise que si je me concentre sur le patin, ma technique, ça m’aide à être meilleure, parce que je me concentre sur les bonnes choses. »

Et ça fonctionne. Kim a un début de saison exceptionnel. Jusqu’à maintenant (début décembre), elle est montée sur le podium à chacune de ses courses. Le plus impressionnant est le 500 m : trois Coupes du monde, trois 500 m, un record du monde et trois médailles d’or. Impossible de faire mieux sur le plan des résultats!

Le plus ironique dans tout ça, c’est que jusqu’à récemment, Kim avait peur de la vitesse... Faut le faire. Le 500 m, c’est un sprint, donc de la vitesse pure.

« Ce qui a changé, c’est le travail de l’été dernier, sur l’aspect technique. Avant, je ralentissais dans les virages, j’avais peur. Tout simplement en ramenant mieux ma jambe gauche dans les virages, je garde mon inclinaison et je perds beaucoup moins de vitesse », ajoute-t-elle.

Ah! Les détails! Léonard de Vinci disait : « Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail. »

À ce niveau-là, chaque petit changement est le résultat d’une immense somme de travail. Parce que oui, ce sont les détails qui font la différence. Mais pour y arriver, ça prend beaucoup d’ouverture.

Avec ses trois médailles, Kim a été la vedette canadienne des Jeux olympiques de Pyeongchang à l’hiver 2018. Pourtant, son retour a été très difficile. Encore en mai dernier, elle était perdue et loin d’être sûre de son avenir de sportive.

« Mes besoins ont changé. J’avais le goût tout simplement de trouver un nouvel équilibre. Comme de me donner le droit de voir ma famille le vendredi soir et de prendre un verre de vin. Je veux pouvoir me le permettre sans culpabiliser, mais c’est encore difficile pour moi. Je veux être capable d’accepter que si un soir je me couche plus tard pour voir ma famille, c’est correct. Ça fait partie de mon équilibre. Et surtout, pour moi, c’est plus payant en fin de compte, même si je suis fatiguée à court terme. »

Trouver la satisfaction dans la vie de tous les jours, tout en étant la meilleure du monde, c’est un dur combat.

Au quotidien, les mêmes gestes sont répétés des milliers de fois, jusqu’à ce qu’un mouvement devienne fluide. Jusqu’à ce que, dans le cas de Kim, ses patins, ses lames deviennent le prolongement de son corps, qu’ils ne fassent plus qu’un.

Bien sûr, dans la répétition, il y a toujours la lassitude qui guette. Mais il y a aussi un plaisir à savoir que si l’on fait bien les choses, on va peut-être pouvoir gruger une fraction de seconde sur la concurrence.

Elle brandit l'enseigne qui indique son record du monde.

Kim Boutin

Photo : Associated Press / Rick Bowmer

Comme c’est arrivé à Kim, à la première Coupe du monde de la saison, à Salt Lake City. Elle est devenue la première femme de la planète, à franchir le 500 m sous les 42 secondes. Du coup, elle a battu le record du monde. On peut concevoir la satisfaction. On peut aussi imaginer la volonté de faire encore mieux. Ce qui veut dire que, par extension, la quête d’équilibre devient toujours plus difficile. La vie monacale, ce n’est pas donné à tout le monde!

Entre le printemps 2018, où Kim se cherchait, où tout était psychologiquement difficile, et maintenant où tout lui réussit sur un anneau glacé, que s’est-il donc passé?

« Je ne me mettais plus au défi. Je faisais le minimum pour conserver ma place de meneuse. J’avais un conflit intérieur, je voulais être mise au défi. Mais en même temps ,je voulais garder ma place. Se faire défier, ça peut vouloir dire échouer, et je n’étais pas prête à ça.

« J’accusais le programme d’entraînement, on fait toujours la même chose. Au début, tu ne veux pas croire que c’est toi le problème. Je voulais aller voir ailleurs. »

Elle est devant la Néerlandaise Suzanne Schulting.

Kim Boutin

Photo : Alex Goodlett/ISU

Qu'a-t-elle fait au début de l’été? Elle a décidé d’aller dans la contrée de sa grande rivale, Suzanne Schulting, aux Pays-Bas.

« Je voulais voir si le patin m’allumait encore. Là-bas, c’est très différent de chez nous. Ils font beaucoup de vitesse, ils s’entraînent en permanence sur glace avec les gars. Mais moi, la vitesse, c’est ma peur. Alors, j’étais constamment dans une situation inconfortable.

« J’avais tellement peur, que j’ai voulu revenir plus tôt. Quand j’ai su qu’il y aurait un entraînement de relais mixte le samedi, j’ai voulu changer mon billet d’avion pour le vendredi. J’étais tellement angoissée à l’idée de faire de la vitesse, que je voulais juste partir. »

« Finalement, je suis restée. J’ai fait l’entraînement, mais je ne comprenais pas mes réactions. Pour essayer de saisir ce qui m’arrivait, j’ai beaucoup écrit. En revenant à Montréal, j’ai dit à mon entraîneur (Frédéric Blackburn) que je voulais prendre une semaine de congé pour démêler tout ce que j’avais vécu. »

« Le dimanche suivant, juste avant mon retour avec l’équipe à Montréal, j’ai éclaté en sanglots. Je me suis mise dans une situation très difficile, j’ai affronté toutes mes peurs aux Pays-Bas. C’était très angoissant. Mais ça m’a fait réaliser que ça faisait tellement longtemps que je ne m’étais pas mise au défi. Que si je n'avançais plus, c’est parce que j’avais choisi le confort. J’ai compris que j’étais très bien ici. Que ce n’était pas notre système qui n’était pas correct, mais que c’était moi qui ne m’étais pas adaptée à une nouvelle situation. »

Avec son entraîneur Frédéric Blackburn, ils ont mis de l’avant des solutions. Kim s’entraîne maintenant une ou deux fois semaine avec les gars. Elle doit faire face à plus de défis, plus de vitesse, une situation moins confortable. Et en plus, ça lui permet de bénéficier d’un autre regard, celui de Sébastien Cros, entraîneur de l’équipe masculine. Cette situation lui convient et lui a redonné du plaisir.

Pour l’aspect psychologique, comme tous les membres de l’équipe canadienne, Kim travaille avec le préparateur mental Fabien Abejean. Mais elle voit aussi régulièrement une psychologue, à l’extérieur du monde du sport.

« J’aime avoir une personne neutre. Le moi est plus important que la patineuse. »

Encore la recherche d’équilibre, et c’est tellement important. Combien d’athlètes ont pris leur retraite et ont dû traverser des moments extrêmement difficiles parce qu’ils étaient totalement devenus ce qu’ils faisaient et non plus ce qu’ils étaient? Ne pas perdre contact avec soi-même...

« Ce que la psy m’a le plus apporté c’est de mieux gérer mes émotions. De les voir venir et de ne pas me laisser chambouler. De relativiser les événements, qui peuvent potentiellement me déranger. De mettre mes limites. Elle m’a beaucoup aidé à ce niveau-là. »

J’ai toujours aimé plaire, j’ai toujours voulu être remarquée par mon entraîneur, avoir son attention. Avoir l’attention des personnes influentes dans mon domaine. Elle m’aide à comprendre que mon cheminement. Les défis que je me lance, c’est pour moi, pas pour plaire aux autres. Le résultat, c’est que mes émotions prennent moins de place et je suis plus sereine.

Kim Boutin

Kim Boutin aurait pu mettre un terme à sa carrière d’athlète. Mais elle avait l’impression de ne pas être allée au bout de ses possibilités.

« J’ai toujours voulu gagner, mais avant je ne le disais pas. Maintenant, je l’assume. Je veux être championne du monde. Ma volonté de performer est super forte. Je reconsidère chaque jour où je suis rendue comme athlète. Mais ce que je sais maintenant, c’est qu’il vaut mieux parfois s’offrir un petit plaisir plutôt que d’être frustrée. »

Santé!

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