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chronique

En démissionnant, Bill Peters a réglé bien des problèmes

Il regarde le jeu.

Bill Peters

Photo : The Associated Press / Karl B DeBlaker

Martin Leclerc

BILLET - Au bout du compte, ni les Flames de Calgary ni la LNH n’auront eu à se positionner quant aux allégations de racisme et d’abus physique formulées à l’endroit de l’entraîneur Bill Peters. Ce dénouement, le moins que l’on puisse dire, fait parfaitement leur affaire.

En remettant sa démission vendredi matin, Bill Peters a scellé l’un des épisodes les plus embarrassants de l’histoire de la LNH. Alors que le monde du hockey semble s’engager dans un sentier inconnu (avec une première vague de dénonciations rappelant les débuts du mouvement #MeToo), la décision de Peters évite à la LNH d’établir un précédent avec un cas complexe.

Les dirigeants de la ligue préservent ainsi toutes leurs options. Et ils évitent peut-être que d’autres personnes soient entachées par cette affaire.

En annonçant le retrait volontaire de Bill Peters en conférence de presse, le DG des Flames Brad Treliving a d’ailleurs refusé de dire si ce dénouement était le fruit d’une négociation. Il y a donc fort à parier que c’est ce qui s’est produit.

***

Bill Peters dirigeait les Flames depuis la saison dernière. En 2018-2019, il avait d’ailleurs mené cette équipe à une récolte de 107 points, ce qui constituait son meilleur résultat des 30 dernières années.

Sa vie a basculé lundi soir pendant qu’il dirigeait les Flames à Pittsburgh. Par la bande, Peters a alors été éclaboussé par le récent congédiement de Mike Babcock par les Maple Leafs de Toronto. Peters a été l’adjoint de Babcock avec les Red Wings de Détroit pendant plusieurs saisons.

Au moment où plusieurs anciens joueurs de la LNH vilipendaient Babcock dans les médias et sur les réseaux sociaux pour son manque d’égard et sa façon abusive de diriger ses joueurs, Akim Aliu a rappelé l’ancienne association professionnelle des deux entraîneurs. Et l’ancien joueur de la LNH a révélé que Bill Peters lui avait plusieurs fois proféré des insultes racistes, en 2009-2010, alors qu’il était son entraîneur à Rockford, dans la Ligue américaine, au sein du club-école des Blackhawks de Chicago.

Treliving a immédiatement annoncé la tenue d’une enquête et Peters a été écarté de l’entourage des Flames.

Dès le lendemain, la version d’Aliu a été corroborée par plusieurs de ses anciens coéquipiers de Rockford. Et le même jour, un autre ancien joueur de Peters, Michal Jordan, a révélé que l’entraîneur lui avait asséné un coup de pied et avait donné un coup de poing derrière la tête d’un de ses coéquipiers, en 2015-2016, lorsqu’il dirigeait les Hurricanes de la Caroline.

Ces nouvelles allégations ont été confirmées par l’actuel entraîneur des Hurricanes, Rod Brind’Amour, qui était l’adjoint de Bill Peters à l’époque. Selon Brind’Amour, le DG des Hurricanes, Ron Francis, avait été mis au courant de l’affaire par les joueurs et il était tout de suite intervenu pour que les agressions physiques de son entraîneur cessent.

N’empêche, quelques semaines après ces gestes inacceptables et cette saison tumultueuse, Bill Peters menait le Canada à la médaille d’or au Championnat du monde. Et en rentrant au pays, Ron Francis offrait à Peters une prolongation de contrat de deux ans!

En juillet 2016, le communiqué des Hurricanes disait ceci : « Bill est un talentueux jeune entraîneur de la LNH. Nous sommes heureux de son engagement avec les Hurricanes et du fait qu’il assumera un rôle majeur pour aider notre équipe à poursuivre sa progression. » On croit rêver.

Visiblement, Ron Francis, un membre du Temple de la renommée du hockey, n’avait pas jugé bon de prévenir Hockey Canada des événements survenus au sein de son organisation. Et il a estimé peu important le fait que ses joueurs se soient fait frapper par leur entraîneur. Tellement, qu’il n’en a jamais glissé mot à son patron de l’époque, selon l’ex-propriétaire Peter Karmanos!

Dans le monde du travail « normal », un cadre supérieur se ferait virer sur le coup pour un tel manque de jugement. Or, Francis est aujourd’hui le directeur général de la future équipe de Seattle, un joyau de 600 millions dont la LNH prépare la naissance avec fébrilité.

À force de fouiller cette histoire, on a sans doute conclu qu’il était préférable de refermer ce couvercle au plus sacrant.

***

Revenons à Bill Peters et à Brad Treliving, et imaginons un peu le cauchemar légal.

Peut-on congédier (et imposer une peine de mort professionnelle) à un entraîneur pour une faute professionnelle commise 10 ans auparavant au sein d’une autre ligue (l'AHL) et d’une autre organisation (les Blackhawks de Chicago)?

Peut-on congédier un entraîneur pour des abus physiques survenus quelques années plus tôt chez son employeur précédent (les Hurricanes), alors que cet employeur a jugé l’affaire tellement bénigne qu’il lui a offert un autre contrat?

Mercredi soir, Bill Peters avait fait circuler une lettre d’excuses fort bien ficelée d’un point de vue légal. Elle était adressée au directeur général des Flames et campait parfaitement le cadre d’un éventuel procès.

Peters reconnaissait avoir tenu des propos inacceptables à Rockford. Il établissait qu’il s’agissait d’un événement isolé survenu il y a une décennie, et pour lequel il s’était rapidement excusé. Il exprimait des remords et se disait solidaire de la démarche d’enquête entreprise par les Flames.

Cette lettre ne contenait pas un seul mot au sujet des événements survenus avec les Hurricanes. Ni Peters ni la LNH n’avaient intérêt à rappeler cet épisode.

À un certain moment, les Flames et la LNH ont peut-être eu fortement envie de congédier Bill Peters sur-le-champ. Mais n’oublions pas le contexte. Twitter et les autres réseaux sociaux étaient devenus une espèce de boîte de Pandore.

En créant un précédent sur un cas légalement aussi vaseux, la LNH était susceptible de s’attacher les mains pour l’avenir. Les vestiaires de la LNH ne sont pas des salons de thé. À n’importe quel moment, il est désormais possible de voir un ancien membre de la ligue sortir sur la place publique pour dénoncer des cas d’abus ou de discrimination dont il a été témoin ou victime.

En apposant sa signature au bas d’une lettre de démission, Bill Peters a magiquement fait disparaître tous ces problèmes.

« Le dossier est clos », a tranché Brad Treliving, qui n’a pas voulu dire s’il aurait fini par congédier Bill Peters.

***

Sauf qu’au contraire, le dossier n’est pas clos. La discussion fait à peine commencer.

Les dénonciations de la dernière semaine ont eu l’effet d’une bombe dans la LNH. Des relations de travail ou des rapports d’autorité qui étaient encore tacitement tolérés il y a 10 jours sont désormais considérés comme inacceptables et dépassés.

Mike Babcock, l’entraîneur le mieux payé de sa profession, est tombé en disgrâce pour la façon irrespectueuse dont il traitait certains de ses joueurs. Après deux petits tweets, Bill Peters a probablement vu sa carrière prendre fin.

Les joueurs de la nouvelle génération ne sont pas plus faibles que leurs prédécesseurs, comme le déplorent certains amateurs sur les réseaux sociaux. Au contraire, ils sont plus forts.

Ils respectent l’autorité, mais ils exigent le respect. Ils veulent travailler dans un esprit de collaboration. Ils croient donc que le rôle de leur entraîneur n’est pas de les fouetter ou de les écraser, mais plutôt de leur fournir les connaissances et les outils nécessaires pour maximiser leur talent et leur rendement.

Les entraîneurs qui souhaitent survivre dans la LNH devront en prendre bonne note.

Le monde du sport n’est pas une espèce de bulle existant en marge de la société. Au contraire, il n’est que le reflet de ce que l’on voit dans la société. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

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