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Pourquoi les Alouettes et l’Impact changent-ils si souvent d’entraîneur?

Il montre une écharpe aux couleurs de l'Impact.

Thierry Henry

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Félix St-Aubin

Les Alouettes et l’Impact figurent parmi les organisations sportives nord-américaines qui ont changé d'entraîneur le plus souvent depuis 2012. Pourquoi ces deux équipes de Montréal ont-elles la mèche courte? Deux spécialistes en management du sport se prononcent.

La valse des entraîneurs s’est poursuivie à Montréal en 2019. Khari Jones a d’abord remplacé Mike Sherman ce printemps aux commandes des Alouettes, puis a obtenu une prolongation de contrat la semaine dernière, tandis que Thierry Henry a hérité du poste laissé vacant à la suite du congédiement de Rémi Garde.

Depuis sept ans, pas moins de huit entraîneurs se sont relayés à la barre des Alouettes, un sommet dans les cinq sports majeurs – et six circuits (LCF, LNH, MLB, MLS, NBA et NFL) – en Amérique du Nord que l'équipe partage avec les Earthquakes de San José.

L’Impact suit avec sept changements d’instructeurs, le même nombre que les Oilers d’Edmonton, les Suns de Phoenix et les Kings de Sacramento.

Outre le « manque de résultats », comment expliquer un tel roulement?

« Il y a quelque chose au niveau structurel qui a évolué dans l’industrie du sport professionnel qui met plus à risque la position d’entraîneur, mentionne d’emblée le professeur agrégé Éric Brunelle, de HEC Montréal.

Les entraîneurs des Alouettes depuis 2012 :

  1. Marc Trestman (2012)
  2. Dan Hawkins (2013)
  3. Jim Popp (2013, 2015 et 2016)
  4. Tom Higgins (2014 et 2015)
  5. Jacques Chapdelaine (2016 et 2017)
  6. Kavis Reed (2017)
  7. Mike Sherman (2018)
  8. Khari Jones (2019)
Il regarde le jeu de la ligne de côté.

Marc Trestman

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Les entraîneurs de l'Impact depuis 2012 :

  1. Jesse Marsch (2012)
  2. Marco Schällibaum (2013)
  3. Frank Klopas (2014 et 2015)
  4. Mauro Biello (2015, 2016 et 2017)
  5. Rémi Garde (2018 et 2019)
  6. Wilmer Cabrera (2019)
  7. Thierry Henry (2020)
Il crie et frappe son poing droit dans sa main gauche.

Jesse Marsch

Photo : Getty Images / Mike Stobe

« Très souvent, et c’est le cas de l’Impact et des Alouettes, ce qui a manqué n’était pas nécessairement l’entraîneur, c’est la direction où l’on veut s’en aller, fait valoir le professeur titulaire Frank Pons, de l’Université Laval.

« Ça pose des questions sur la manière dont fonctionne l’organisation, d’abord en ce qui concerne le recrutement, parce que si on ne garde pas ses coachs, il y a plusieurs raisons à cela. Est-ce qu’on engage la personne que l’on souhaite avoir ou est-ce qu’on y va par solution d’urgence? Il peut y avoir une erreur dans la distribution des rôles. »

Dans l’ombre du Canadien, et encore

Les Alouettes et l’Impact se produisent à Montréal, un marché qui n'est pas toujours facile pour ses équipes sportives. Mais ça n'explique pas tout.

« La pression des équipes professionnelles est très forte pour performer, affirme Éric Brunelle. Comme le poste d’entraîneur est plus à risque, je pense que le public y est pour quelque chose. Mais je ne suis pas prêt à dire que Montréal a quelque chose qui est différent d’ailleurs. »

Et qu'en est-il de la mainmise du Canadien sur le paysage sportif montréalais? Force-t-elle ses deux concurrents à appuyer hâtivement sur le bouton panique en ce qui a trait aux changements d'instructeurs?

« Je suis sûr que oui. Et ce n’est pas juste le Canadien, c’est le Groupe CH, qui comprend evenko, Osheaga et Juste pour rire. La machine du Groupe CH, qui inclut évidemment le Canadien de Montréal, est un beau consortium », dit celui qui a mis sur pied le premier programme québécois d'études supérieures en gestion et management du sport.

« Le Canadien mange l'espace médiatique pendant la saison de hockey de manière très claire et a son lot de problèmes. Ça ne serait pas pénalisant pour lui de ne pas avoir de succès. Soyons réalistes, le Canadien n'a pas de succès depuis 1993 », ajoute Frank Pons.

L'air dépité, il croise les bras et regarde le sol derrière le banc.

Claude Julien

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Les Alouettes, pour leurs résultats, ont été en chute libre durant la période 2012-2019. La trajectoire de l’Impact, elle, s’apparente davantage à des montagnes russes.

Ce qui va attirer les gens vers le sport, c’est parce qu’ils cherchent à vivre une belle émotion, un moment avec lequel on va s’identifier avec l’équipe, se sentir un rouage important de l’équipe. On veut faire partie de ce succès. Du succès, pas de l’échec.

Éric Brunelle, professeur agrégé au département de management de HEC Montréal

Les insuccès ne font cependant pas foi de tout lorsqu’il est question de remplacer l’instructeur, comme l’explique le directeur de l’Observatoire international en management du sport.

« D’autres équipes sont en manque de résultats, mais ne changent pas d’entraîneur, note Frank Pons. Elles ont un plan clair, elles ont une personne en place qui est choisie pour ses qualités, incluant aussi une connaissance de ses défauts. Personne n’est parfait. »

« Ça vient un peu bousculer ce que j’enseigne dans mes cours, ce que les gens enseignent dans beaucoup de cours, en lien avec la gestion des organisations sportives, renchérit-il. On a un plan, mais il faut se donner le temps de le suivre. Malheureusement, dans le sport, ça n’arrive pas souvent. Et à Montréal, c’est sans doute l’endroit où ça arrive le moins souvent. »

Hausse de l’implication des propriétaires

Il n’est plus rare de voir un propriétaire s’immiscer dans les activités sportives de son équipe.

On peut penser aux Cowboys de Jerry Jones, aux Hurricanes de Tom Dundon, à l’Impact de Joey Saputo, aux Mavericks de Mark Cuban et aux Yankees de Hal Steinbrenner, pour les bonnes et les mauvaises raisons.

« On voit de plus en plus des propriétaires qui sont impliqués dans les activités sportives. Il y en a toujours eu, mais [maintenant] de plus en plus, avance Éric Brunelle.

« Par exemple, Joey Saputo qui débarque dans le vestiaire, il est en train en quelque sorte de court-circuiter la légitimité de son entraîneur. Mais en même temps, il donne un appui. C’est complexe comme situation parce que sans Joey Saputo, il n’y a pas d’Impact, pas d’équipe, pas de salaires qui se payent, rien. »

C’est un peu un danger parce qu’on devrait limiter la proximité entre le propriétaire et le volet sportif […] Le sport a une part d’incertitudes qu’il n’y a pas dans les affaires, très peu de gens investiraient des sommes aussi élevées dans un milieu aussi risqué s’ils n’avaient pas une passion. C’est positif parce qu’ils investissent dans une ville comme Montréal ou autre, mais en même temps c’est risqué parce que souvent ils mélangent les fonctions et font dérailler leur propre plan.

Frank Pons, professeur titulaire au département de marketing à l'Université Laval

Le propriétaire Geoff Molson fait quant à lui les choses différemment avec le Canadien, remarque Éric Brunelle.

« Ici à Montréal, avec le Canadien, Geoff Molson est très bon dans sa capacité de retenue. Il appuie Marc Bergevin, même si on le sait entre nous qu’il ne doit pas toujours être d’accord. Il fait confiance à son équipe sportive. Ça, c’est un modèle qui est quasiment d’une autre époque, on le voit de moins en moins. »

Ils sont debout pendant le repêchage.

Geoff Molson et Marc Bergevin

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

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