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Sport et minorités sexuelles, une cohabitation encore difficile

David Testo dans le documentaire Franchir la ligne

Photo : ONF

Olivier Tremblay

Il y a huit ans, David Testo révélait son homosexualité. Pendant trop longtemps, il avait retenu un lourd fardeau sur ses épaules. Aujourd’hui, l’ancien joueur de soccer devenu instructeur de yoga assure qu’il est la meilleure version de sa propre personne. Mais visiblement, le monde du sport n’a pas tout à fait suivi le même cheminement.

Pour sortir du placard, selon Testo, il faut d’abord et avant tout « être à l’aise » de le faire dans son milieu. Celui du sport, où relativement peu d’athlètes de la communauté LGBTQ+ ont brisé le silence, ne s’y prêterait donc toujours pas?

C’est une des questions qu’explore le documentariste Paul Émile d’Entremont dans son film Franchir la ligne, présenté en première québécoise samedi au festival Image+Nation.

Le cinéaste suit notamment trois athlètes d’élite ouvertement homosexuels qui font figure de pionniers en Amérique du Nord : l’ancienne patineuse de vitesse Anastasia Bucsis, qui a participé aux Jeux olympiques à deux reprises, l’ex-hockeyeur Brock McGillis, qui a joué au niveau professionnel en Europe et qui assistera à la projection à Montréal, et Testo.

« Ce qui m’a frappé, c’est à quel point, pour les trois athlètes d’élite que j’ai suivis pendant quelques années, le placard et l’homophobie ont eu un impact sur leur santé mentale, souligne d’Entremont. On parle ici de dépression majeure, d’abus d’alcool, de toxicomanie et même, dans le cas de Brock, de tentatives de suicide. »

Testo dresse un constat semblable. Le documentaire lui a confirmé qu’il n’était « pas fou » de croire que son histoire avait été éprouvante.

« On se sent perdu. On se sent vulnérable. On se sent comme un moins que rien, affirme-t-il. On se sent exclu de ce grand mouvement qui nous passionne tellement. J’ai de la peine pour les athlètes qui souffrent à l’heure actuelle. »

Comme les gens pourront le voir dans le film, parfois, les apparences sont trompeuses.

David Testo, ancien joueur de l'Impact de Montréal

Soucieux de l’impression qu’il donnerait dans l’intimité d’un vestiaire, Testo s’est imposé une pression indue lorsque ses coéquipiers au niveau universitaire ont commencé à apprendre qu’il était homosexuel. Cela s’est traduit par des problèmes d’alcool et de drogue par la suite.

Lorsque Testo est passé des Whitecaps de Vancouver à l’Impact, en 2007, c’est Nick De Santis qui a fait son acquisition. L’entraîneur-chef de l’époque se souvient qu’il ne s’est jamais inquiété de la façon dont le vestiaire accueillerait l’orientation sexuelle du nouveau joueur.

Un athlète en entrevue devant un fond noir

David Testo a révélé son homosexualité en 2011

Photo : ONF

La suite des choses lui a donné raison puisque c’est à Montréal que Testo a choisi de révéler son homosexualité après que le joueur eut appris qu’il ne serait pas de l’aventure en MLS après la saison 2011.

« C’est comme pour tout dans la vie : les gens gardent des choses en dedans pour différentes raisons. Et une fois qu’ils se sentent à l’aise et en confiance, ça sort, souligne De Santis. David a eu l’intelligence de prendre le temps nécessaire pour que les autres réagissent bien, mais il l’a fait pour lui, pas pour les autres […] Il s’est bien senti à Montréal dès la première journée, mais il était passé par tellement de choses difficiles auparavant qu’il lui a fallu du temps. »

Un ancien entraîneur en entrevue dans un parc

Nick De Santis

Photo : Radio-Canada

Désormais en affaires dans le secteur du yoga – notamment grâce à la belle-sœur de De Santis, entrepreneure dans le milieu –, Testo n’a plus joué au soccer professionnel après son annonce. Il espère cependant que son parcours fasse en sorte qu’un jour, l’Impact compte dans sa formation un joueur ouvertement homosexuel.

Je serais tellement content d’appuyer ce joueur-là et son équipe!

David Testo

Testo, qui s’était à peu près retiré de la vie publique depuis 2011, s’est replongé dans de douloureux souvenirs pour le documentaire. Dorénavant établi à Vancouver, l’homme de 38 ans est retourné à son école secondaire, en Caroline du Nord, pour le tournage.

On l’y voit, en quelques secondes, revivre le meilleur et le pire de son passage à l’école : il revoit sa plaque de joueur de la saison 1998-1999 en Caroline du Nord, puis il se souvient d’avoir lui-même intimidé un autre élève homosexuel en souhaitant détourner l’attention de lui.

À l’inverse, le documentaire présente le contre-exemple d’une école secondaire de Moncton qui a pris toutes sortes de mesures pour contrer l’intimidation, ce qui a généré des retombées positives jusque dans son équipe de football.

Au moment du tournage, un joueur et un entraîneur adjoint étaient ouvertement bisexuels. On s’efforce de sortir de l’hétéronormativité.

Y a-t-il là des pistes de solution pour le sport d’élite? Paul Émile d’Entremont, qui avait étudié d’autres enjeux de la communauté LGBTQ+ dans un précédent documentaire, en 2012, souligne les efforts de sensibilisation aux questions de sexualité qu’ont entrepris certaines ligues professionnelles, notamment par l’intermédiaire de l’initiative You Can Play qui lutte contre l’homophobie.

Il croit qu’une grande vedette de la LNH qui révélerait son homosexualité pourrait abattre bien des tabous. Mais certains indices suggèrent que c’est dans des milieux comme l’école secondaire que la réalité des sportifs à grand potentiel changera vraiment.

« Une chose que je n’ai pas vraiment dite dans le documentaire, c’est qu’il y a beaucoup de jeunes athlètes gais, lesbiennes, trans ou bisexuels qui abandonnent le sport complètement même s’ils ont du talent et la motivation parce que c’est juste trop difficile, indique le cinéaste. Ils abandonnent, abandonnent, abandonnent, et c’est l’une des raisons pour lesquelles, je crois, il n’y en a pas énormément parmi les athlètes d’élite, professionnels ou olympiques. »

D’Entremont soulève également l’hypothèse du vase clos que représenterait le sport de compétition, au sein duquel les athlètes ne côtoient souvent que d’autres athlètes, avec les répercussions que cela peut engendrer sur les mentalités.

Il se souvient notamment d’une conférence qu’a prononcée Brock McGillis devant les joueurs des Sea Dogs de Saint-Jean de la LHJMQ au cours du tournage. Certains membres de l’équipe, raconte le documentariste, ont confié à McGillis qu’il était la première personne homosexuelle qu’ils rencontraient.

« C’est pour ça que le travail que fait Brock est tellement important, ajoute-t-il. Brock est un ancien joueur de hockey, il parle leur langue, il se comporte comme un joueur de hockey, il a l’air d’un joueur de hockey. Quand il s’adresse à des athlètes, il a vraiment leur attention. Les gens l’écoutent. »

Un athlète en entrevue

L'ancien gardien Brock McGillis est en croisade contre l'homophobie au hockey

Photo : ONF

McGillis, comme Bucsis et Testo, a voulu parler ouvertement de son homosexualité pour que les athlètes d’une minorité sexuelle n’aient plus, à l’avenir, à souffrir comme eux. Pour qu’ils soient « à l’aise », dans les mots de l’ancien joueur de soccer. Encore faut-il que leur milieu y soit propice.

« Et d’ici là, soutient Testo, nous devons nous efforcer de rendre ce milieu aussi sain que possible. »

(Avec les informations de Jean-François Poirier)

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