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chronique

Au Québec, la voie qui mène à la LNH n’est pas celle qu’on pense

Un joueur de profil au banc de son équipe

Patrice Bergeron, des Bruins de Boston

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Martin Leclerc

BILLET - Votre fils figure parmi les meilleurs hockeyeurs de 15 ou 16 ans au Québec? Vous devriez peut-être lire ceci...

Depuis la semaine dernière, des entraîneurs de haut niveau s’échangent des statistiques ahurissantes concernant le parcours emprunté par les 37 hockeyeurs québécois qui détiennent des postes permanents dans la LNH. Ces chiffres portent à réflexion parce qu’on pourrait les résumer ainsi : notre système de développement fait fausse route.

Le hockey est un sport à développement tardif. Il est scientifiquement démontré que les athlètes qui pratiquent ce sport complètent leur parcours de développement bien après l’âge de 20 ans.

Au Québec, la structure intégrée de développement commence à déterminer les hockeyeurs « d’élite » à compter de la catégorie pee-wee (11-12 ans).

Et à partir de là, le cheminement des hockeyeurs de haut niveau semble tout tracé d’avance : ils passeront ensuite au niveau bantam AAA (13-14 ans) et joueront ensuite dans la Ligue midget AAA à 15 ans. Puis, au terme de cette saison au midget AAA, ils seront sélectionnés très tôt au repêchage par une équipe de la LHJMQ et se joindront au circuit junior majeur dès l’âge de 16 ans. À 18 ans, ils seront alors repêchés par une équipe de la LNH.

Le problème, comme le montre le tableau ci-dessus, c’est que la très grande majorité des Québécois qui se sont établis dans la LNH n’ont pas emprunté cette route! Pourquoi? Parce que le hockey est un sport à développement tardif et que nous précipitons inutilement le processus de développement des jeunes.

Constats :

  • 18 des 37 joueurs n’ont pas joué dans la Ligue de hockey midget AAA à l’âge de 15 ans (48,6 %);
  • 25 des 37 joueurs n’ont pas joué dans la LHJMQ à 16 ans (69,4 %);
  • 25 des 37 joueurs n’ont pas été des choix de premier tour dans la LHJMQ (69,4 %);
  • 24 des 37 joueurs n’ont pas été des choix de premier tour dans la LNH (64,9 %);
  • 33 des 37 joueurs ont joué dans la LHJMQ, et 4 dans la NCAA.

Ces données ont été compilées par Dominic Ricard. Ce dernier, un homme de hockey respecté, a longtemps été directeur général des Voltigeurs de Drummondville dans la LHJMQ. Très engagé au sein de la Ligue de développement préparatoire scolaire avec le Collège Saint-Bernard, Ricard supervise aussi (avec André Ruel) le développement des clients québécois du département hockey de la prestigieuse Creative Artists Agency, que dirige l’agent québécois Pat Brisson.

Deux de ces statistiques retiennent particulièrement l’attention :

  • Près de la moitié (48,6 %) des Québécois qui détiennent des postes permanents dans la LNH n’ont pas joué dans la Ligue midget AAA à l’âge de 15 ans. Ils ne figuraient donc pas parmi les meilleurs de leur groupe d’âge.
  • Une vaste majorité des Québécois qui occupent un poste de partant dans la LNH (69,4 %) n’ont pas joué dans la LHJMQ à 16 ans. Eux non plus ne figuraient donc pas parmi les meilleurs du groupe d’âge.

« Ces chiffres tendent à démontrer qu’on fait fausse route en identifiant des joueurs d’élite à 12 ans et en leur traçant une pyramide intégrée qui les amènera vers le haut. On fait fausse route parce que le développement ne fonctionne pas de cette façon », estime Dominic Ricard.

La preuve, c’est que des joueurs de 15 et 16 ans qui ne figuraient pas parmi les meilleurs de leur groupe d’âge se retrouvent six ans plus tard parmi l’élite mondiale et laissent dans leur sillage des hockeyeurs qui avaient pourtant accès à un meilleur niveau de jeu.


Entre 2004-2005 et 2014-2015, environ 450 joueurs de 16 ans, donc considérés comme particulièrement talentueux, ont joué dans la LHJMQ. La très grande majorité d’entre eux étaient Québécois. Pourtant, seulement 12 d’entre eux sont partants dans la LNH.

Pendant que tous ces talentueux joueurs de 16 ans étaient utilisés de façon limitée dans la LHJMQ et faisaient face à une compétition beaucoup plus féroce, d’autres joueurs du même âge jouaient plutôt dans la Ligue midget AAA, où ils bénéficiaient d’un temps de jeu et de responsabilités accrues. Incroyablement, ce modèle, très peu prisé par les hockeyeurs d’élite et leur entourage, a mené deux fois plus de joueurs (24) jusqu’à la LNH!

« Pour donner quelques exemples, Jonathan Marchesseault, Yanni Gourde, Cédric Paquette, Mathieu Joseph, Patrice Bergeron et Anthony Mantha ne jouaient pas dans la Ligue midget AAA à l’âge de 15 ans. Et ils n’ont pas joué dans la LHJMQ à 16 ans. Et aucun d’entre eux n’a été choisi en première ronde dans la LHJMQ, loin de là », ajoute Dominic Ricard.

Il crie après avoir marqué un but.

Jonathan Marchessault

Photo : Getty Images / Ethan Miller

Cela nous ramène directement à ma chronique de la semaine dernière. Ce texte traitait du concept de « compétition significative » en comparant les parcours de Jesperi Kotkaniemi et de Nick Suzuki depuis le mois de septembre 2018.

Au cours de la dernière année, Kotkaniemi a été placé en « mode survie » dans la LNH à l’âge de 18 ans pendant que Suzuki a été renvoyé dans les rangs juniors, où il a dominé et campé un rôle de leader. Un an plus tard, Suzuki a nettement dépassé le Finlandais dans la hiérarchie du CH.


Il y a quelques années, la LHJMQ a formé un comité chargé de se pencher sur la qualité du développement de ses joueurs. On voulait ainsi établir les meilleures méthodes à adopter pour permettre à un plus grand nombre de joueurs issus de la LHJMQ d’atteindre la LNH.

À la lumière des statistiques présentées ci-haut, une conclusion évidente s’impose : le simple fait de cesser d’utiliser des joueurs de 16 ans dans la LHJMQ constituerait un énorme pas en avant. Ces joueurs seraient placés dans leur zone de développement optimale. En plus, une telle mesure permettrait à ces joueurs-étudiants de terminer leur cinquième secondaire avant de faire face au difficile calendrier de compétition du junior majeur. Cela faciliterait grandement la poursuite et la réussite de leurs études.

L’autre mesure, plus draconienne, nécessiterait que Hockey Québec repense sa fameuse structure intégrée et déploie tous les efforts imaginables pour permettre au plus grand nombre de joueurs possible de profiter des meilleures conditions d’encadrement. (Le hockey scolaire, qui offre désormais une option à la structure civile de HQ, corrige déjà une bonne partie de cette anomalie.)

« Si des joueurs de 15-16 ans qui ne figuraient par parmi les meilleurs de leur groupe d’âge accèdent à l’élite mondiale en quelques années, pourquoi un enfant de 10 ans évoluant dans l’atome B ne pourrait-il pas un jour accéder au bantam AAA.

« Ça se fait en théorie. Mais la structure actuelle rend cette progression presque impossible. Parce qu’une fois qu’un enfant est catégorisé parmi les moins bons, on ne lui offre presque plus de temps d’entraînement, ses entraîneurs s’en occupent moins et il finit par décrocher », dit Dominic Ricard.

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