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chronique

Faire des sandwichs pour tout le monde

Il tiennent le trophée de finaliste à la Coupe Davis.

Le capitaine canadien Frank Dancevic, Denis Shapovalov et Félix Auger-Aliassime

Photo : Reuters / Sergio Perez

Marie-José Turcotte

BILLET - « Quand on est né pour un petit pain, on ne peut pas faire des sandwichs pour tout le monde. » Cette phrase du groupe humoristique Paul et Paul, de la fin des années 1970, m’a toujours fait sourire.

Quand Louis Borfiga, le grand responsable du développement de l’élite est arrivé à Tennis Canada, la première chose qu’il a voulu changer, c’est cette mentalité... Pourquoi se satisfaire d’un petit pain quand on peut se procurer toute la baguette? Traduction : pourquoi se contenter d’un bon match lorsque la victoire est possible?

Ça peut paraître ésotérique comme ça, avoir confiance, croire à tous les possibles. Mais dans la réalité, c’est le résultat de cette attitude que nous avons vu avec le tennis canadien en 2019.

Elle tient le trophée de championne des Internationaux des États-Unis au sommet du Rockefeller Center à New York.

Bianca Andreescu affiche une reluisante fiche de 44 victoires contre 4 défaites cette saison.

Photo : Getty Images / Mike Stobe

Bianca Andreescu est devenue la première du pays à remporter un tournoi du grand chelem, les Internationaux des États-Unis. Nos garçons se sont inscrits dans l’histoire la fin de semaine dernière.

Jamais les Canadiens n’avaient atteint la finale de la Coupe Davis. L’année se termine avec quatre joueurs de chez nous dans le top 31 : Bianca Andreescu, 5e mondiale, Denis Shapovalov, 15e, Félix Auger-Aliassime, 21e et Milos Raonic, 31e.

Ce n’est rien de moins qu’exceptionnel! Ça prend une dizaine d’années pour former un champion. Et en ce moment, on en a quatre en même temps. On connaît maintenant la structure canadienne, avec ses centres d'entraînement nationaux et régionaux. Mais ça, ce n’est pas très original. Ça existe un peu partout.

Alors, pourquoi ça fonctionne si bien au Canada, au point où plein de gens dans le monde du tennis posent la question? Voyons, qu’est-ce que vous faites pour que ça marche de même?

Excellente question, à laquelle, vous aurez compris, il n’y a pas qu’une seule réponse.

Pour Martin Laurendeau, entraîneur à Tennis Canada, il y a eu au départ un peu de chance. « Je crois que la première année au centre national d'entraînement, il y a eu Milos [Raonic] qui est venu, il y a eu Eugenie [Bouchard] qui est venue dans le programme.

« Et en l'espace d'une année et demie ou deux ans, ils se sont retrouvés dans les deuxièmes semaines de grand chelem, dans les quarts de finale, demi-finales, finales. Donc, ça a bien parti le programme et ça a fait croire aux gens que oui, c'est possible de développer des champions à la maison. Oui, on peut aller se parfaire à l'étranger, mais ce n'est pas nécessaire, alors ça aide beaucoup », dit-il.

Il frappe un coup droit.

Milos Raonic

Photo : The Associated Press / Martial Trezzini

Bien sûr, le talent d’Eugenie et de Milos a grandement favorisé la suite. Mais si le système n’avait pas été efficient, nos deux jeunesses n’auraient sûrement pas atteint le même niveau.

J’aime beaucoup la philosophie de Louis Borfiga, le vice-président au développement de l’élite à Tennis Canada. Depuis ses débuts à Montréal, il énonce dans des mots simples ce qu’il vise. Il a toujours dit : « Il faut être humble dans le succès, mais vraiment ambitieux au niveau de la performance ». Je pense que cette philosophie a fait beaucoup d'adeptes à Tennis Canada.

Comme le disait mon père : « Les mots sont extraordinaires, mais ils sont encore plus puissants quand ils se transforment en actions. »

Tennis Canada a le bonheur d’avoir les moyens de ses ambitions. Donc, la patience est une option. Pour Louis Borfiga, pour atteindre, l’excellence ça prend une équipe qui croit à une vision et de très bons entraîneurs.

« Il y a des formateurs qui ont des visions plus à court terme qui veulent gagner tout de suite. Quand un entraîneur prend un joueur, un enfant de 14 ans, l'important, c'est d'avoir une vision pour le futur et travailler la technique en prévision ce qui va se passer à 18, 19, 20 ans.

« Mais il faut avoir une sacrée confiance en soi quand on est entraîneur pour dire non, mon joueur ne va probablement pas gagner pendant un an », a-t-il déclaré.

Mais pour moi, c’est ce que j'appelle les grands formateurs, c’est ceux qui voient ce qui va se passer plus tard. Pas tout de suite. Former le jeu du jeune pour l'avenir tout en lui apprenant à gagner, mais former pour l'avenir. Ça, c'est important.

Louis Borfiga, vice-président au développement de l'élite à Tennis Canada

Donc, être capable de travailler aujourd’hui en sachant que les grandes performances viendront plus tard. Avoir une structure, mais en même temps, faire preuve d’ouverture. « Ce qui fait notre force, c’est notre flexibilité », raconte Martin Laurendeau.

« Y'en a pour qui venir au Centre national d'entraînement, c'est la bonne formule. Il y en a d'autres, comme Shapovalov, qui ont décidé de ne pas venir. Shapo avait une bonne formule à la maison. À partir de là, on se dit : "OK, comment est-ce qu'on peut l’appuyer, l'aider au maximum?" Puis, on essaie de mettre toute notre expertise avec des vétérans menés par Louis Borfiga, qui est vraiment super. Il a réussi à aller chercher les bons coachs, les bons entourages, pour maximiser les chances de l'athlète de s'épanouir au maximum. »

« On va chercher à l'occasion quelques entraîneurs d'expérience comme Nathalie Tauziat, avec les filles, comme Frédéric Fontang, qui est avec Félix (Auger-Aliassime). Donc, d'anciens bons joueurs qui ont beaucoup de connaissances, qui viennent appuyer nos programmes, transmettre leur expérience. »

Il effectuait son retour au jeu lors du premier match de la finale en Coupe Davis contre Roberto Bautista Agut.

Félix Auger-Aliassime

Photo : Reuters / Sergio Perez

Tauziat, Fontang et d’autres comme Guillaume Marx qui sont à Tennis Canada sont français. C'est un mélange de connaissances européennes jumelé avec l’expertise canadienne. Ce mélange des genres semble bien mener au succès.

Puis, il y a les détails, qui font la différence. Dès son arrivée, Louis Borfiga a insisté sur la nécessité d’avoir des terrains de terre battue.

« La terre battue est une surface vraiment idéale pour former des jeunes parce qu'on peut acquérir diverses qualités : la patience, l'endurance. Mais aussi les échanges sont plus longs, donc ça demande beaucoup plus d'efforts... La terre battue, à mon avis, c'est un des éléments de la réussite », a-t-il dit.

De la surface sur laquelle on s’exerce, aux entraîneurs, à l’équipe, à la vision à long terme, on a trouvé une méthode qui fonctionne, adapté aux besoins de nos athlètes. Est-ce que ce système fait l’unanimité? Sûrement pas. Quand on entre dans une structure, il faut en accepter les bons côtés, mais aussi les aspects qui peuvent être plus contraignants.

Ce programme pour développer l’élite, mis sur pied il y a une douzaine d’années par Louis Borfiga, est complexe et repose sur des valeurs qui donnent des résultats. À voir les réactions et l’exubérance de M. Borfiga à Madrid, pendant la Coupe Davis, on se rend bien compte de sa fierté. Et il a raison. Personne n’avait envisagé une telle réussite il y a une décennie.

Depuis la mise en place du système canadien, il y a eu Milos Raonic, Eugenie Bouchard et Vasek Pospisil. On a maintenant la deuxième génération avec Denis Shapovalov, Félix Auger-Aliassime et Bianca Andreescu. Une cuvée d’exception.

Le bassin de joueurs de tennis au Canada est plutôt minime. Est-ce que l’on pourra continuer à produire des joueurs de ce niveau à ce rythme-là? Ce sera très difficile. Oui, le système est là et il fait ses preuves.

Par leurs actions Denis, Félix et Bianca encouragent les jeunes à tendre vers l’excellence. Leurs exploits permettent d’alimenter le rêve.

Comme le dit le proverbe, ça prend un village pour élever un enfant. Je vais me permettre de paraphraser et d’écrire, ça prend un village pour former un champion. Et si toutes les conditions ne sont pas réunies, ça se complique.

En tout cas, sachez que Tennis Canada est prêt à faire des sandwichs pour tout le monde.

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