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chronique

Les Maple Leafs de Toronto passent au Shanaplan B

Deux hommes derrière un micro

Kyle Dubas et Brendan Shanahan

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Martin Leclerc

BILLET - En congédiant leur entraîneur Mike Babcock mercredi après-midi, les Maple Leafs de Toronto ont révélé une choquante vérité au monde du hockey : il est beaucoup plus facile d’orchestrer un plan pour perdre des matchs que pour en gagner.

Peu après son embauche à titre de président des Leafs au printemps 2014, Brendan Shanahan a vendu au conseil d’administration des Leafs un plan de reconstruction draconien conçu autour de trois axes : liquidation des vétérans, emmagasinage de choix de repêchage et plongeon au classement afin d’avoir accès aux meilleurs talents disponibles lors des séances de sélection.

Pour assurer le succès de cette démarche, Shanahan a embauché deux directeurs généraux adjoints, Mark Hunter et Kyle Dubas, qui étaient aux commandes de deux des plus prolifiques organisations de la Ligue junior de l’Ontario (London pour Hunter et Sault-Sainte-Marie dans le cas de Dubas).

Alors âgé de seulement 28 ans et féru de statistiques avancées, Kyle Dubas avait pour mandat de placer les Leafs à l’avant-garde en matière d’évaluation et de gestion de talent.

Puis, en 2015, pour assurer le succès de cette vaste opération de démolition/reconstruction, Shanahan a lui-même embauché Mike Babcock, qui a du même coup signé le plus généreux contrat de l’histoire pour un entraîneur : 50 millions de dollars pour 8 ans.

Cette stratégie était censée permettre aux Maple Leafs d’aspirer à la Coupe Stanley pendant 10 ans. La presse torontoise a crié au génie, allant même jusqu’à baptiser la démarche des Leafs du nom de Shanaplan.


Les Leafs ont coulé au classement en 2015, ce qui leur a permis de mettre la main sur Mitch Marner avec la quatrième sélection du repêchage.

Et en 2016, pour maximiser leurs chances d’obtenir le tout premier choix (Auston Matthews), les Leafs ont échangé leur capitaine, leur gardien numéro un et quatre autres joueurs à la date limite des échanges.

Pour remplacer ces vétérans, des jeunes ont été rappelés de leur club-école de la Ligue américaine. Et quand ces jeunes se sont mis à faire gagner l’équipe, on les a renvoyés dans la Ligue américaine! Au bout du compte, les Leafs ont obtenu Matthews.

Bref, le Shanaplan a été presque parfaitement exécuté.

En 2016-2017, après la sélection de Matthews, les Leafs ont fait un spectaculaire bond de 26 points au classement. Après avoir amassé 95 points, ils se sont inclinés au premier tour devant les Capitals de Washington, qui venaient de remporter le trophée du Président.

Ils ont connu la meilleure saison de leur histoire en 2017-2018 (105 points), mais le nouveau format éliminatoire de la LNH a placé sur leur chemin les Bruins de Boston, qui avaient amassé 112 points. Toronto a été éliminé en sept matchs au premier tour.

Une autre récolte de 100 points a suivi l’an passé. Mais le même scénario s’est répété dans les séries : une élimination en sept matchs aux mains des Bruins dès le premier tour.

Cette saison, tout s’est écroulé.


Quand Babcock a été remercié mercredi en Arizona, son équipe n’avait amassé que 22 points en 23 matchs et sa participation aux séries éliminatoires était très sérieusement menacée.

Au cours des 59 prochaines rencontres, les Leafs devront amasser quelque 76 points pour participer au tournoi printanier. On parle d’une moyenne de succès de ,644.

Or, depuis le 24 décembre 2018, les Leafs n’ont remporté que 30 victoires en 68 matchs (30-28-10), ce qui leur vaut une médiocre moyenne de succès de ,514. Depuis cette date, leur défense se situe au 28e rang dans la LNH.

L’ancien entraîneur-chef Maple Leafs donne des directives.

Mike Babcock

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le successeur de Babcock, Sheldon Keefe, vient donc d’hériter d’un mandat herculéen. Les Leafs ne devront pas seulement s’améliorer sous sa gouverne, ils devront figurer parmi les trois ou quatre meilleures formations de la ligue, alors qu’ils font partie de la meilleure division de la LNH.


La crise qui frappe les Maple Leafs se tramait depuis longtemps.

Malgré la réputation et la feuille de route de Babcock, depuis le déploiement du Shanaplan, Toronto n’a jamais été capable de se doter d’une structure défensive lui permettant d’aspirer à la Coupe. Ses gardiens ont constamment figuré parmi les plus sollicités de la ligue.

La relation de Babcock avec ses joueurs, notamment avec Auston Matthews, s’est aussi constamment détériorée. L’entraîneur avait vécu un peu la même chose à Détroit.

Par ailleurs, l’équipe de direction des Leafs s’est considérablement affaiblie au cours des dernières années.

Au printemps 2018, Brendan Shanahan a respecté son Shanaplan à la lettre. Il a retiré le poste de DG au vétéran Lou Lamoriello. Ce dernier, alors âgé de 75 ans, avait été nommé en 2015 pour assurer une douce mise en place de la nouvelle équipe de direction. Shanahan a ensuite confié les commandes à Kyle Dubas, qui représentait à ses yeux l’avenir de l’organisation.

Déçus, Mark Hunter et Lamoriello ont immédiatement quitté l’organisation.

Mike Babcock, qui avait une confiance aveugle en Lamoriello, s’est retrouvé à travailler pour un DG qui ne l’avait pas choisi et avec qui il n’avait pas (philosophiquement) d’atomes crochus.

Inexpérimenté, Dubas a fait un coup d’éclat en récoltant John Tavares sur le marché de l’autonomie pour 7 ans et pour un montant de 77 millions de dollars. Tout de suite après, le jeune DG s’est retrouvé coincé sous le plafond salarial avec les renégociations de contrats presque simultanées de William Nylander, d'Auston Matthews et de Mitch Marner.

Les trois jeunes vedettes ont obtenu des contrats plus avantageux que ceux offerts dans le reste du marché.

En fin de compte, il a fallu faire des compromis budgétaires. Et Babcock, un entraîneur résolument défensif, s’est retrouvé avec les mêmes joueurs offensifs, mais moins bien entourés.

Deux hommes pensifs, debout, en complet

Brendan Shanahan et Mike Babcock au repêchage de la LNH le 22 juin 2019 à Vancouver

Photo : Getty Images / Bruce Bennett


Kyle Dubas joue donc très gros avec le renvoi de Mike Babcock et la nomination de Sheldon Keefe.

Les masques vont tomber et on verra enfin si l’entraîneur déchu était pieds et poings liés. Ou si, au contraire, c’était le jeune DG qui avait raison et qui était aux prises avec un entraîneur de la vieille école incapable d’utiliser à bon escient les paramètres statistiques qu’on lui fournissait.

Ensemble, Dubas et Keefe ont connu de remarquables succès dans la Ligue junior de l’Ontario et dans la Ligue américaine.

Dès l’arrivée de Keefe à Sault-Sainte-Marie en 2012, l’équipe était rapidement passée d’un taux de possession de rondelle de 47 % à 57 % juste parce que l’entraîneur exploitait mieux les données soumises par Dubas.

« Ça ne donne rien de compiler des données si toute l’organisation ne les utilise pas et si tout le monde, sans exception, n’adhère pas à ce processus », a déjà expliqué Dubas.

À ses deux saisons complètes derrière le banc d’une équipe junior, Sheldon Keefe s’est façonné une hallucinante fiche de 98-29-9 et a participé à cinq tours éliminatoires. Ensuite, en un peu plus de quatre saisons à la tête des Marlies dans la Ligue américaine, il a présenté une fiche de 199-89-31. Il a aussi participé à 12 tours des séries et a remporté une Coupe Calder.

Pour souligner l’embauche de Sheldon Keefe par les Leafs, l'AHL a souligné que sa moyenne de succès de ,672 est la plus élevée de l’histoire de la ligue pour les entraîneurs ayant dirigé 200 matchs et plus. Ce n’est pas rien!


D’ici la fin de la saison, il vaudra donc la peine de suivre de près ce qui se passera à Toronto. D’autant plus que cela pourrait avoir un effet direct sur le sort du Canadien.

Ce qui vient de se produire dans la Ville Reine est le résultat d’un conflit générationnel arbitré par un président ayant une profonde connaissance des valeurs de la vieille école, mais un fort penchant pour la modernité. Durant le lock-out de 2004-2005, c’est Shanahan qui a orchestré la réflexion ayant mené à l’adoption d’une foule de nouvelles règles qui ont relancé la LNH.

Quand même, pendant que Dubas se débat à Toronto pour démontrer la validité de son approche statistique, Lou Lamoriello, maintenant âgé de 77 ans, connaît de retentissants succès avec les Islanders de New York avec une formation défensive qui est le parfait contraire de celle des Leafs.

Si Sheldon Keefe rate son coup derrière le banc des Leafs, Kyle Dubas sera le prochain à être congédié. Et de la prometteuse équipe chargée de déployer le Shanaplan il y a cinq ans, il ne restera plus que... Brendan Shanahan.

La vie du côté des Maple Leafs de Toronto ferait un sapré bon téléroman.

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