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Comment les proches de Marie-Eve Dicaire vivent-ils ses combats? On leur a parlé

Elles sourient à pleines dents.

Marie-Eve Dicaire, flanquée de ses cousines jumelles Cathy (à gauche) et Caroline (à droite).

Photo : Courtoisie Marie-Eve Dicaire Facebook

Jean-François Chabot

Marie-Eve Dicaire a souvent vanté la valeur de son entourage professionnel dans son parcours vers le titre des super-mi-moyennes de l'IBF, qu'elle défendra samedi à Québec pour la troisième fois. Dans l’ombre, sa famille et ses proches jouent un rôle tout aussi important.

Sa mère Pierrette, ses cousines Cathy et Caroline, sa meilleure amie Anne et son copain Marc-André sont des alliés de la première heure. Ils vivent au rythme des angoisses et des triomphes que génère chacun de ses combats.

Si maman Pierrette est une chaude partisane, elle est toutefois incapable de regarder un combat de sa fille unique.

« Je ne suis pas capable. Déjà, à une semaine du combat, ça me stresse. La journée même du combat, c’est encore pire. Quand je vais rentrer au Centre Vidéotron, ça va augmenter. À partir de là, je ne suis pas très jasante », reconnaît d’abord Pierrette Dicaire en laissant parler son coeur de mère.

Quand Marie-Eve sort de son vestiaire, je m’avance vers elle. Elle me touche avec son gant. Elle me fait un clin d’œil. Elle s’en va dans le ring, tandis que moi, c’est automatique, je m’en vais aux toilettes. Je me bouche les oreilles. J’en shake. Mes lèvres en tremblent.

Pierrette Dicaire, mère de Marie-Eve

Tout au long du combat, elle échangera des messages textes avec les autres membres de la famille présents aux abords du ring. Ils lui feront ainsi savoir comment les choses se passent à la fin de chacun des rounds.

Celle qui travaille depuis 22 ans à titre d’inspectrice en alimentation au sein d’une entreprise de production de viandes et de charcuteries s’empresse de souligner qu’elle est à 100 % derrière le choix de carrière de sa fille et qu’elle sera toujours là pour elle.

Elle la tient par le cou et montre son poing droit.

Marie-Eve Dicaire avec sa maman Pierrette après la première défense de sa ceinture en mars 2019

Photo : Courtoisie Pierre Dicaire - Facebook

Par ici les cousines!

Cathy et Caroline sont les cousines les plus proches. Ni très sportives ni très physiques, les jumelles ont grandi en servant souvent de cobayes à Marie-Eve, de six ans leur aînée, et très encline au chamaillage.

Toutes les deux ressentent une immense fierté quand elles ont l’occasion d’assister à un combat de Marie-Eve.

Résidente de dernière année en médecine familiale à l’Université de Sherbrooke, Caroline n’hésite pas à parler d’un trait familial quand il est question de détermination chez les Dicaire.

« Ça va un peu avec la manière dont on a été élevées. Les parents ne nous ont pas tracé un chemin à l’avance. On a toujours fait des choix un peu plus difficiles qui demandaient un grand investissement et des sacrifices personnels », reconnaît celle qui se destine à un poste d’urgentologue.

Caroline se souvient à quel point elle et sa sœur jumelle voulaient émuler les faits et gestes de Marie-Eve. Elles voyaient en leur cousine un modèle à suivre. Par contre, il n’a jamais été question qu’elles suivent ses traces vers les sports de combat, que ce soit en karaté ou à la boxe.

« Oh non! On n’a vraiment pas le même caractère qu’elle, lance Caroline. Nous sommes vraiment plus sensibles et tranquilles. J’ai fait des entraînements avec Marie-Eve pour le plaisir, mais pas au point de vouloir me battre. »

Elle est partie de tellement loin. Dans la mi-vingtaine, elle n’avait encore jamais boxé et la voilà championne du monde.

Caroline Dicaire, cousine de Marie-Eve

La future médecin a des papillons dans le ventre quand elle pense aux risques auxquels la boxeuse fait face.

« C’est sûr que ça me stresse. Je suis quand même médecin. Je sais les impacts que ça peut avoir. D’un autre côté, je suis convaincue que c’est ce qu’elle aime faire. Je ne veux pas lui envoyer une énergie négative », ajoute-t-elle.

Contrairement à sa tante Pierrette, Caroline se dit incapable de regarder ailleurs qu’en direction du ring. « Il y aura toujours l’un de nous quatre qui criera "Go Marie". Même quand elle semble être en difficulté, je reste concentrée en me disant : "Attends de voir la suite." »

Cathy est avocate spécialisée en droit de la construction. Comme sa sœur jumelle, elle voue une admiration sans borne pour sa cousine championne du monde.

« Je ne suis pas surprise de son choix de carrière. Marie-Eve a toujours baigné dans les sports de combat. Elle a quitté ses études en technique policière pour ouvrir son école de karaté. Quand elle a bifurqué vers la boxe, je savais qu’elle irait jusqu’au bout », dit-elle.

Comme elle est de la famille, j’ai un petit sentiment protecteur que je n’aurais pas envers d’autres boxeurs. Ça commence les jours avant le combat lors de la conférence de presse où on voit ses adversaires. Certaines sont un peu arrogantes avec des attitudes de thug (brute). Je sais que ça fait partie du spectacle, mais attaquer personnellement ma cousine, ça vient me chercher.

Cathy Dicaire, cousine de Marie-Eve

« Quand elle monte sur le ring, il y a de l’excitation à la voir arriver avec toute la mise en scène. Ça devient moins drôle quand le combat commence. On la voit prendre des coups. J’ai l’impression qu’elle se fait frapper fort et que ça doit faire mal. »

Retenue par son boulot, Cathy ne pourra toutefois pas assister à la troisième défense de ceinture de championne de l'IBF de sa cousine contre la Vénézuélienne Ogleidis Suarez.

Dans le secret des dieux

Parmi ceux et celles qui côtoient Marie-Eve Dicaire de près, on retrouve sa meilleure amie Anne Tessier et celui qui partage son quotidien depuis environ cinq ans, son amoureux Marc-André Wilson.

Les liens sont vraiment tissés serrés dans le camp Dicaire. Anne est la conjointe de son entraîneur Stéphane Harnois, tandis que Marc-André n’est nul autre que son préparateur physique.

Selon Anne, leurs personnalités sont à l'opposé, mais elles partagent de nombreux intérêts communs.

Les deux serrent le poing droit.

Marie-Eve Dicaire et Anne Tessier lors d'une séance de déshydratation à la veille d'un combat

Photo : Courtoisie Anne Tessier - Facebook

« On s’équilibre moi et elle. Je suis pas mal plus calme. Je n’ai pas besoin constamment de nouveaux défis comme Marie-Eve. Je préfère être en arrière-plan que sous les réflecteurs. Mais nous aimons toutes deux rire, nous amuser, prendre la vie du bon côté. »

Puisque son conjoint Stéphane entraîne Marie-Eve, Anne ne ressent pas le même stress que les membres de la famille immédiate. Elle se pointe souvent au gymnase et est bien au fait de chaque détail de la préparation en vue d’un combat.

J’ai le feedback du coach à la maison. Je suis au courant de tout le travail et des efforts qu’ils y mettent. J’ai un petit stress de moins que les autres. Mais quand arrive le moment du combat, je reste une personne très émotive.

Anne Tessier, meilleure amie de Marie-Eve

Sans hésitation, Anne se décerne le titre de meneuse de claque no 1. Elle admet être du genre à crier plus fort que tout le monde durant les combats.

Anne va jusqu’à accompagner la championne dans ses heures de déshydratation à la veille et au matin de la pesée.

En observant le travail de son conjoint dans le coin de Marie-Eve Dicaire entre les rounds, elle sait rapidement si les choses se passent comme prévu.

Anne croit qu’elle joue aussi un petit rôle dans les succès de l'athlète.

Souvent, elle me dit que les petits dimanches que l’on passe ensemble à siroter un café et où l'on ne parle pas de boxe sont importants pour elle. Oui, je pense que je fais une différence dans sa préparation en lui permettant de penser à autre chose ou en organisant de petits week-ends de filles pour la sortir de sa routine de boxe.

Anne Tessier
Gros plan des deux visages.

Marie-Eve Dicaire et Marc-Andre Wilson

Photo : Courtoisie - Marie-Eve Dicaire Facebook

Marc-André Wilson porte à la fois les casquettes de conjoint et de préparateur physique. Il souligne d’un ton calme qu’il lui est parfois difficile de rester en équilibre sur la fine ligne qui sépare ses deux rôles.

« C’est difficile de ne pas franchir cette ligne à cause de la proximité, dit-il. À la maison, on parle de boxe, mais très peu d’elle. Ça me permet de rester le plus objectif possible. »

Wilson reste tout de même bien conscient des risques auxquels se soumet sa copine.

Il peut tout le temps se produire plein de choses. Contrairement à un sport collectif, à la boxe, tu es tout seul. J’ai encore de petits papillons, mais je pense que je les contrôle bien. Je suis de nature assez calme. Il le faut.

Marc-André Wilson, conjoint et préparateur physique de Marie-Eve Dicaire

Le gros du travail de Marc-André Wilson était déjà fait à un peu plus d’une semaine de l’affrontement annoncé face à Ogleidis Suarez.

« La semaine avant le combat, je ne la vois presque pas, explique-t-il. Tout est entre les mains de Stéphane Harnois. C’est une semaine médiatique avec tout plein d’événements. Elle a un horaire rodé au quart de tour. »

En plus de la championne du monde, Wilson a aussi pour clients les boxeurs colombiens Eleider Alvarez et Oscar Rivas, les joueurs de hockey Xavier Ouellet (Rocket de Laval) et Vincent Desharnais (Condors de Bakersfield), les joueurs de football Frédéric Plesius et Félix Faubert-Lussier, des Alouettes de Montréal, le patineur artistique Nicolas Nadeau, de même que des joueurs de tennis et de golf.

Mauvaise perdante

Si Marie-Eve Dicaire s’est bâti une réputation de battante et de gagnante, ses proches vous diront aussi que ces grandes qualités s’accompagnent d’un travers qui fait d’elle quelqu’un qui déteste perdre.

Qu’il s’agisse d’une partie de cartes, d’une course à pied ou d’un jeu de société, Marie-Eve veut absolument en sortir gagnante.

Ma sœur, Marie-Eve et moi étions à La Ronde. Nous sommes allées jouer dans les arcades. Au jeu des marmottes qu’il faut taper avec un marteau en mousse, j’ai gagné (rires). Encore aujourd’hui, elle dit que c’était parce que son marteau ne cognait pas bien, que la machine était défectueuse ou que je lui avais volé la victoire.

Cathy Dicaire

Caroline parle de ce trait de caractère comme étant l’essence même de la personnalité de la championne.

« Elle est tellement intense dans n’importe quoi. On était en voyage et on faisait des jeux sur la plage. C’était sûr qu’il était hors de question qu’elle perde. Mais quand elle perd pour des niaiseries de ce genre, elle est mauvaise perdante! Elle boude. Elle n’est plus parlable (rires)! »

Son amie Anne affirme travailler fort avec elle pour qu’elle arrive à faire quelque chose juste pour s’amuser sans être à la recherche de la performance optimale.

« Quand on fait de la raquette ou une randonnée en plein air, Marie-Eve va courir à côté de moi au lieu de marcher. Elle est intense dans tout ce qu’elle fait. Elle commence à peine à prendre le temps d’apprécier le paysage », raconte-t-elle.

Ses proches s’accordent pour dire qu'elle réagirait durement dans l’éventualité d’une première défaite dans l’arène.

Si ça arrive, ça ne sera pas drôle. Marie-Eve est vraiment orgueilleuse. On risque de ne pas l'entendre parler pendant quelques jours. Peut-être que sa mère pourra lui tirer quelques mots. Mais elle ne restera pas assise à se morfondre longtemps. Elle a déjà connu des échecs dans sa vie, mais elle a toujours rebondi.

Caroline Dicaire

Son petit ami Marc-André avoue que la nature très compétitive de Marie-Eve lui a causé quelques maux de tête au début de leur relation professionnelle.

« On a appris à travailler avec ça. Au début, elle n’était pas de bonne humeur et elle boudait si elle n’arrivait pas à rencontrer les critères. Les interventions de son préparateur mental, Jean-François Ménard, l’ont beaucoup aidée. Elle apprend à être un peu plus sélective sur ce sur quoi elle doit être compétitive », conclut-il.

À n’en pas douter, samedi soir, Marie-Eve Dicaire voudra encore gagner.

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