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chronique

Félix, Denis, Milos, Vasek... et les blessures

Leurs poings se frappent.

Vasek Pospisil encouragé par le capitaine Frank Dancevic durant son match face à Fabio Fognini.

Photo : Getty Images / Alex Pantling

Marie-José Turcotte

BILLET - « L’éternité, c’est long, surtout vers la fin », disait Woody Allen. Et j’imagine que c’est l’impression que doivent avoir, en cette fin de novembre, les joueurs de tennis qui disputent la Coupe Davis à Madrid.

Pourquoi? Parce que leur saison n’en finit plus. Officiellement, cette Coupe met un terme à l’année, alors que tout a commencé début janvier. Avec le temps, les périodes de répit ont fondu comme neige au soleil comme le dit si bien le cliché. Avec un calendrier aussi chargé, doit-on s’étonner du nombre élevé de blessures?

Prenons l’exemple de nos jeunes Canadiens qui épatent sur la scène internationale. Milos Raonic a déclaré forfait pour cette Coupe Davis, blessé au dos… encore blessé, devrais-je écrire.

Pour défendre les couleurs du Canada, il y a Denis Shapovalov qui va très bien, Félix-Auger Aliassime qui, touché à une cheville, a raté récemment deux tournois et qui, pour le premier match, a cédé sa place à Vasek Pospisil opéré pour une hernie discale en janvier et qui retrouve tranquillement la forme, et Brayden Schnur qui remplace Raonic.

Et je ne vous parle que des Canadiens. Parce que je pourrais vous nommer tous les meilleurs qui ont dû soit déclarer forfait, faire une pause pour guérir ou être opérés au cours de l’année. La surcharge est réelle et elle est au coeur des préoccupations des joueurs depuis plusieurs années.

Milos Raonic

Milos Raonic

Photo : The Associated Press / Martial Trezzini

Milos Raonic disait au New York Times en octobre 2017 : « Donnez-nous la possibilité de jouer tous les tournois obligatoires sur une période de sept mois. De cette façon, nous aurions des moments plus tranquilles. Nous pourrions nous concentrer sur notre santé et sur l’amélioration de notre forme physique et notre jeu. Pour ça, ça prend du temps et du repos. »

Tous les spécialistes de la santé vous le diront : sans repos, il n’y a pas de récupération et les athlètes s’exposent aux blessures et à une stagnation de la performance.

« Bien sûr, la médecine nous offre plusieurs outils pour calmer la douleur. Mais tout ça fonctionne à court terme, pour finir un match, terminer un tournoi, affirme Denis Fortier, physiothérapeute, chroniqueur et auteur.

« Mais s’il n’y a pas de repos, si on ne diminue pas la charge de travail, c’est impossible de se rétablir. Je comprends qu’à ce niveau-là, la priorité, c’est le spectacle. Je ne dis pas que ce n’est pas inspirant. Mais d’un point de vue physiologique, ce n’est pas logique. Leur santé n’est pas toujours une priorité. »

Le numéro un mondial Rafael Nadal est tout à fait d’accord. Blessé à une jambe aux Internationaux d’Australie, en 2018, il avait dû abandonner en quarts de finale et avait dit à l’Express :

« Ceux qui dirigent le circuit devraient s'interroger sur ce qui est en train de se passer. Trop de joueurs se blessent, il faut faire quelque chose... Ils devraient au moins se demander si tout est fait pour la santé des joueurs. »

Il est étendu au sol sur le bord du terrain.

Rafael Nadal reçoit des soins à une jambe pendant son duel contre Marin Cilic aux Internationaux d'Australie en 2018.

Photo : Getty Images / Michael Dodge

Le tennis est devenu un sport immensément exigeant. Avec l’évolution du matériel et la préparation physique qui est beaucoup plus pointue, l’intensité du jeu ne cesse d’augmenter. Il n’y a plus vraiment de saison morte pour récupérer.

Les meilleurs joueurs passent en moyenne 35 semaines par année sur la route, jouent plusieurs matchs par semaine et changent régulièrement de continent, donc de fuseaux horaires. En plus, et c’est assez unique, ils doivent jouer sur trois surfaces : la terre battue, le gazon et les surfaces dures. Selon des statistiques compilées par les organisateurs de la Coupe Davis, 75 % des blessures surviennent sur surface dure.

« Si on continue à jouer sur ces surfaces très dures, je ne sais pas ce que vont devenir nos vies à l'avenir », poursuivait Nadal à l’Express en janvier 2018.

Denis Fortier lui donne raison.

« Quand ces joueurs vont quitter le sport, leurs blessures ne vont pas partir à la retraite. Quand les athlètes de haut niveau cessent leurs activités, on voit de nombreux cas de douleurs chroniques, d’arthrose. S’ils ont subi des chirurgies, ce qui est régulièrement le cas, ils ont des tissus cicatriciels, ce qui souvent nuit au bon fonctionnement d’une partie de leur corps. »

Le tennis est un sport magnifique. Rafael Nadal, Novak Djokovic et Roger Federer sont des athlètes d’exception. Ils dominent ce sport depuis une décennie. Ils ont été blessés, opérés, convalescents. Mais ils sont toujours revenus aussi forts, sinon plus forts. Ils ont chaque fois ajouté des titres prestigieux et des tournois du grand chelem à leur collection. Suffisamment pour nous faire croire qu’ils sont surhumains.

« Il faudra un jour avoir une réflexion sur l’utilisation de la médecine qui sert à toujours repousser les limites de la performance. Ce n’est pas du dopage, mais ce soutien médical a son pendant négatif. Il laisse des séquelles à long terme », remarquait Denis Fortier.

La foule l'applaudit.

Félix Auger-Aliassime lors de la Coupe Rogers à Montréal

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Revenons à nos Canadiens remplis de promesses. Bien sûr, ils ont déjà tous fait connaissance avec la douleur et les blessures. Ils ont aussi commencé leur long apprentissage de la patience, qui doit aller de pair.

Sans même le vouloir, par leur succès, ils encouragent d’autres jeunes à rêver, à se pousser. Si Félix, Denis, Milos sont bien entourés, bien suivis, ce n’est pas le cas de ceux qui commencent.

Si l’exemple de la performance vient d’en haut, l’exemple de la responsabilité doit aussi venir d’en haut.

De ce point de vue, c’est encourageant de réaliser que les trois meilleurs de la planète s'impliquent au sein du conseil des joueurs de l’ATP. Federer et Nadal y ont rejoint, l’été dernier, Djokovic. Le Serbe est le président de ce conseil. Bien sûr, ils ont plusieurs préoccupations comme une meilleure rémunération pour un plus grand nombre de joueurs. Mais les questions de la santé, du calendrier, de la charge de travail ne peuvent qu’être à leur ordre du jour.

Nadal, Djokovic et Federer ont déjà leurs noms inscrits en lettres grasses et majuscules dans l’histoire du tennis. Ce serait bien que leurs patronymes soient aussi synonymes, bien sûr, de performance d’exception, mais dans le respect des limites de l’être humain.

Parce que oui, « l’éternité, c’est long,  surtout vers la fin ». Vaudrait mieux qu’ils aient la conscience tranquille!

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