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chronique

Le métier d’entraîneur, de Wayne Gretzky à Thierry Henry

Il regarde vers les tribunes.

Thierry Henry

Photo : Getty Images / AFP/Oscar Del Pozo

Martin Leclerc

BILLET – On ne s’improvise pas entraîneur. On le devient.

Être entraîneur est une profession extrêmement complexe qui requiert une forte dose de leadership et de passion, des talents de communicateur, de planificateur, de psychologue, d’évaluateur ainsi qu’un impressionnant bagage de connaissances techniques et tactiques.

Aussi, peu importe le talent ou le palmarès qu’on a pu avoir en tant qu’athlète, il n’existe pas vraiment de raccourci lorsqu’on décide de devenir entraîneur. La maîtrise simultanée des notions évoquées plus haut nécessite un long apprentissage qui se fait majoritairement sur le terrain en ayant recours à la bonne vieille méthode d’essais-erreurs.

Enfin, la profession d’entraîneur est particulièrement exigeante parce que le processus de formation n’a, pour ainsi dire, jamais de fin. Le milieu du sport est tellement compétitif et tellement bien financé que des innovations surgissent constamment et qu’il faut obligatoirement savoir s’y adapter pour éviter d’être largué.


Pour toutes ces raisons, Sean Burke s’est couvert de ridicule ces derniers jours en proposant à Wayne Gretzky d’agir à titre d’entraîneur de l’équipe canadienne qui participera au tournoi de la Coupe Spengler, en Suisse, durant la période des Fêtes.

La Coupe Spengler est le plus vieux tournoi de hockey sur invitation dans le monde. Sa tradition remonte à 1923. Les équipes qui y participent sont composées de joueurs qui évoluent en Europe. Historiquement, la formation canadienne rassemble une majorité de joueurs qui portent les couleurs d’équipes professionnelles suisses. Le calibre de jeu y est relevé et, si Hockey Canada se donne la peine d’y déléguer une équipe chaque année, ça signifie que cette compétition est jugée comme importante.

Il y a plus de 2000 entraîneurs canadiens qui gagnent durement leur vie à diriger des équipes de hockey en Amérique du Nord et un peu partout dans le monde. Et dans cette vaste banque de candidats, spectaculairement, Sean Burke n’a pas trouvé de candidat plus valable que Wayne Gretzky, qui n’a pas été entraîneur depuis 10 ans et qui est totalement déconnecté du hockey européen!

Burke, qui est à l’emploi du Canadien, était donc prêt à confier l’équipe nationale à un entraîneur qui aurait été déphasé derrière le banc et qui n’aurait à peu près rien su de ses joueurs ni de ses adversaires. Grosse perspective de succès!

À part son nom, que diable Gretzky aurait-il pu apporter à cette équipe?

On retrouve en Suisse des Canadiens comme Christian Dubé, Patrick Émond et Jeff Tomlinson, qui dirigent des équipes du championnat de ce pays et qui en connaissent bien les rouages et les joueurs. Il y a aussi au Canada des entraîneurs qualifiés qui sont en congé comme Guy Boucher (qui a remporté la Coupe Spengler il y a quelques années) ou Craig McTavish, qui est suffisamment passionné par le métier pour s’être expatrié en Russie en début de saison afin d’y diriger une équipe de la KHL.

Un entraîneur l'air songeur derrière le banc de son équipe

Wayne Gretzky derrière le banc des Coyotes le 7 avril 2009

Photo : Getty Images / Christian Petersen

Bref, Sean Burke aurait pu contacter de nombreux entraîneurs de carrière pour mener la formation canadienne. En fait, la liste est tellement longue qu’il n’aurait jamais dû se rendre jusqu’à Wayne Gretzky, qui a compilé une fiche de 143-161-24 en quatre saisons derrière le banc des Coyotes de Phoenix entre 2005 et 2009.

Celui que l’on surnommait la Merveille, faut-il le rappeler, n’avait jamais fait ses classes comme entraîneur avant d’aboutir derrière le banc d’une équipe de la LNH.

Heureusement, Gretzky a décliné l’invitation de Burke. Cette expérience aurait pu s’avérer très embarrassante pour lui et pour l’équipe canadienne.


Tout cela nous amène à la nomination de Thierry Henry à titre d’entraîneur-chef de l’Impact de Montréal.

Cette annonce fait la manchette à Montréal et partout dans le monde en raison de l’imposante stature qu’Henry a acquise à titre de joueur.

Thierry Henry est une vedette planétaire. Il est l’un des meilleurs attaquants de tous les temps. Il a porté les couleurs de la France avec panache dans quatre Coupes du monde et il a été l’une des plus grandes vedettes de l’histoire des Gunners d’Arsenal dans la Premier League.

Cette embauche est un superbe coup de marketing de l’Impact. Mais pour toutes les raisons évoquées plus haut, il faut se rappeler que Thierry Henry est un entraîneur en début de carrière.

Par contre, le cheminement du nouvel entraîneur du Bleu-blanc-noir depuis qu’il a raccroché ses souliers à crampons témoigne d’une passion certaine pour sa nouvelle profession et d’une très lucide évaluation de sa complexité.

Après sa retraite en 2014, Henry a commencé par entraîner les jeunes de l’académie d’Arsenal. Il a ensuite pris un poste d’adjoint avec l’équipe nationale de Belgique (dirigée par Roberto Martinez) qui a terminé 3e à la Coupe du monde de 2018.

Puis, en octobre 2018, il a vécu sa première expérience d’entraîneur-chef en prenant les commandes de l’AS Monaco, qui connaissait une saison très difficile et qui venait de congédier son entraîneur. Thierry Henry n’a donc pas peur de se retrousser les manches et de relever des défis. Sa démarche illustre aussi qu’il est minutieux et qu’il comprend parfaitement qu’il doit faire ses classes.

Dans cet environnement difficile à Monaco, il n’a toutefois dirigé que 20 matchs et n’a remporté que 5 victoires avant d’être congédié à son tour. On ne lui a pas laissé suffisamment de temps pour bâtir quoi que ce soit.


C’est donc cet entraîneur, avec ce bagage à la fois extraordinaire et limité, qui arrive à Montréal, où l’on retrouve le plus vaste cimetière d’entraîneurs de l’ensemble du sport professionnel nord-américain, toutes disciplines confondues.

Incroyablement, Thierry Henry deviendra le septième entraîneur (en comptant l’intérim de Wilmer Cabrera) à diriger cette équipe depuis qu’elle a accédé à la MLS en 2012.

À elle seule, cette réalité témoigne du fait que la principale déficience de cette organisation se situe bien loin du terrain et des lignes de côté. Le onze montréalais appartient à un propriétaire qui navigue à courte vue et qui est incapable d’instaurer une stabilité et une culture claire au sein de son organisation.

La stabilité, faut-il le rappeler, est le plus grand facteur de succès dans le sport professionnel.

Au point où nous en sommes, il ne reste plus qu’une chose à souhaiter : que le cirque cesse et que l’Impact commence enfin à faire du soccer sérieusement, en cessant de couper des têtes pour tout recommencer à zéro à tout bout de champ.

Thierry Henry a été choisi pour diriger l’équipe et son profil de carrière est extrêmement prometteur. Qu’on vive avec et qu’on le laisse travailler. Pour une fois.

Est-ce trop demander?

Un entraîneur gesticule pendant un match.

Thierry Henry

Photo : Getty Images / AFP/Valery Hache

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