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chronique

Entre bonnes intentions et résultats… l’équité salariale à petits pas

Des joueuses en jaune se rassemblent pour célébrer un but.

Les Australiennes célèbrent un but marqué contre la Norvège lors d'un match de la Coupe du monde de 2019, disputé à Nice en France

Photo : Getty Images / Martin Rose

Marie-José Turcotte

BILLET - Les Matildas viennent d’obtenir l’équité salariale avec les Socceroos. De quoi parle-t-on? Des équipes de soccer australiennes féminine et masculine.

La semaine dernière, chez nous, l’Association professionnelle des joueuses de hockey (PWHPA) a reçu un appui de taille. La compagnie Budweiser a lancé une campagne sur les réseaux sociaux, sur la chanson Good Old Hockey Game. On y voit des hommes et des femmes du milieu du hockey chanter à « relais » les paroles de cette chanson des années 70.

Le but est de soutenir les meilleures joueuses de hockey du monde. Elles ne demandent qu’une chose, soit d’être reconnues pour ce qu’elles sont, des professionnelles, et être payées en conséquence.

Été 2019, Coupe du monde de soccer, en France. Quelle est l’histoire qui retient le plus l’attention? L’« equal pay » des Américaines, qui est devenu un cri de ralliement dans les stades. Les Américaines accusent U.S. soccer de discrimination. Elles maintiennent que l’équipe nationale n’est pas traitée de façon équitable par rapport à celle des hommes. La médiation est au point mort et un procès est prévu en mai 2020.

Megan Rapinoe célèbre avec ses coéquipières.

Le différend entre les Américaines et leur fédération se règlera par un procès.

Photo : AFP/Getty Images / FRANCK FIFE

Pour l’instant, les Australiennes ont réussi là où les Américaines se battent toujours.

Je pourrais vous donner beaucoup d’autres exemples. Les revendications viennent de partout et elles ont toutes le même but, un traitement équitable.

Évidemment, toutes ces réclamations sont dans l’air depuis belle lurette. Mais pour moi, la Coupe du monde de soccer l’été dernier a marqué un tournant dans la progression du sport au féminin. Pourquoi? Parce qu’on a senti un engouement et même une reconnaissance.

L’intérêt a été plus grand que jamais. Un milliard de téléspectateurs sur la planète ont suivi ces femmes, du jamais vu. Les cotes d’écoute ont explosé dans plusieurs pays tout au long du tournoi. Un exemple : pour la finale entre les États-Unis et les Pays-Bas, les chiffres sont astronomiques. Aux Pays-Bas, de tous les gens devant leur téléviseur à ce moment-là, 88 % ont suivi la Coupe du monde. C’est très fort!

Malgré tout, on est encore très loin de l’égalité. Mais on sent une volonté plus grande que jamais pour tendre vers le respect.

En même temps, il y a d’un côté les demandes et de l’autre, la réalité. La FIFA a beaucoup insisté sur le fait que pour la Coupe du monde de 2019, elle a doublé la bourse totale remise aux équipes, qui est passée de 15 à 30 millions de dollars américains. Wow!

Donc, 30 millions pour les femmes en 2019. Et combien pour les hommes pour la Coupe de 2018? 400 millions. Les Français ont obtenu 38 millions pour leur victoire. Donc, plus d’argent pour l’équipe gagnante que pour l’ensemble des équipes féminines l’été dernier. « Equal pay »?

Ce montant sera encore doublé en 2023 pour passer à 60 millions. Cela est très bien! Sauf que le nombre d’équipes va aussi augmenter de 24 à 32. Dans les faits, il n’y a pas vraiment plus d’argent pour chacune des formations.

Le nombre

Dans la vie, comme le disait feu Michel Brunet, professeur d’histoire à l’Université de Montréal, il y a trois choses : premièrement le nombre, deuxièmement le nombre et troisièmement... le nombre.

Selon les chiffres les plus récents de la Fédération internationale de football (FIFA), qui datent tout de même d’une dizaine d’années, il y a 265 millions de joueurs dans le monde, dont 26 millions sont des femmes. Est-ce que l’on peut dire que ceci explique cela? Justement, un des objectifs de la FIFA, c’est de doubler le nombre de joueuses dans le monde pour atteindre les 60 millions en 2026.

C’est bien vrai que plus les femmes investiront le monde sportif, plus il y aura de possibilités. Plus les habiletés techniques et le niveau tactique augmenteront, et plus il y aura d’espoir de voir des ligues professionnelles bien organisées et rentables.

Il y a un parallèle à faire avec les Jeux olympiques. Si aujourd’hui la représentation hommes-femmes est presque à égalité, la lutte a été très longue et ardue. Les Jeux offrent un accès à de la compétition de très haut niveau. Mais c’est encore un des rares endroits où les femmes peuvent exprimer leurs talents athlétiques et obtenir de la visibilité.

La FIFA a la possibilité aujourd’hui de contribuer au changement. Le 9 octobre 2018, son président, Gianni Infantino, a présenté « la stratégie pour le football féminin », avec des objectifs à atteindre d’ici 2026. En gros, on veut mettre l’accent sur le développement, explorer de nouvelles sources de revenus, assurer une meilleure visibilité, augmenter le nombre de femmes dans les comités exécutifs de chaque fédération et bonifier le nombre de compétitions internationales.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, en conférence de presse, répond à une question d'un journaliste.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino

Photo : Reuters / Jorge Adorno

Tout ça est fantastique, il faudra suivre maintenant l’évolution. Une chose est sûre : le mouvement est enclenché et l’Australie nous donne l’exemple d’une démarche intéressante.

En plus de l’équité pour les Matildas et les Socceroos, ses équipes nationales, l’Australie a aussi mis de l’avant au printemps des contrats de travail qui garantissent le même salaire minimum aux joueurs et joueuses professionnels.

Beaucoup de joueuses pour la moitié du salaire de Messi

Pour l’équité salariale, voici quelques chiffres pour alimenter la réflexion.

Forbes a publié en 2018, à la suite de son Global Sports Salaries Survey 2017, des chiffres qui donnent le tournis. ONU Femmes, en juin dernier, en a relayé une image qui frappe.

Pour un Lionel Messi, qui en salaire et commandites a récolté en un an 84 millions de dollars américains, il faut pour arriver à la moitié, 42,6 millions, additionner le salaire de 1693 joueuses qui appartiennent aux sept meilleures ligues de soccer du monde.

Un joueur sur le terrain regarde dans les tribunes.

Lionel Messi

Photo : Getty Images / JOSEP LAGO

Hum, l’équité ce n’est pas pour demain.

Les efforts de la part d’hommes et de femmes sont nombreux en ce moment, partout sur la planète. Le sport au féminin est en mode revendication. C’est sûr qu’il faut travailler chacun au niveau local. Mais les grands organismes comme la FIFA, qui ont des moyens faramineux, doivent en faire encore davantage.

Un pas dans la bonne direction vient d’être fait. La FIFA a annoncé le 24 octobre qu’elle double la mise pour le développement du soccer féminin. Pour la période 2019-2023, l’aide passe de 500 millions à 1 milliard de dollars. L’équivalent de 250 millions par année… pour l’ensemble de l’univers! 

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