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Quel impact sur les athlètes dans une NCAA ouverte à leur rémunération?

Des joueurs courent.

Le logo de la NCAA sur un court de basketball

Photo : Getty Images / Mike Ehrmann

Alexandre Coupal

Fin octobre, la NCAA a ouvert la porte à la possibilité que ses athlètes-étudiants reçoivent de l’argent en échange de l'utilisation de leur nom et de leur image, ce à quoi elle s'était toujours opposée.

L’organisme qui régit le sport universitaire aux États-Unis a annoncé cette intention sans toutefois donner le moindre détail sur son application, ajoutant qu’elle allait maintenant étudier les possibilités.

Bien que cette petite révolution concerne principalement les étudiants américains, et plus précisément ceux qui font partie de programmes masculins de football et de basketball, elle a de la résonance de ce côté-ci de la frontière. D’abord, plusieurs athlètes canadiens choisissent de poursuivre leur parcours scolaire et sportif aux États-Unis. Ensuite, certains d’entre eux auraient pu ou pourraient engranger des revenus durant cette période.

Un certain alignement des astres était nécessaire, mais le cas de Marie-Philip Poulin illustre cette réalité. Au début de l’année 2010, aux Jeux olympiques de Vancouver, elle est devenue une grande vedette au pays en marquant les deux seuls buts dans le match final pour aider le Canada à gagner la médaille d’or. L’automne suivant, elle commençait un baccalauréat à l’Université de Boston, écartant du même coup toute possibilité de commandites.

Elles célèbrent le deuxième but de Poulin en finale aux Jeux olympiques de Vancouver.

Meghan Agosta et Marie-Philip Poulin

Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

« Ce ne sont pas des sommes négligeables qu’elle a laissées sur la table. Mais en même temps, elle est allée chercher son éducation, son diplôme universitaire et elle a pu se développer sur une des meilleures plateformes pour son sport à elle. Donc je pense pas qu’elle regrette, mais c’est sûr qu’elle aurait aimé faire les deux », explique son agente Émilie Castonguay, qui n’était pas sa conseillère à l’époque, puisque les athlètes universitaires aux États-Unis n’ont pas le droit d’avoir d’agent.

En rétrospective, Marie-Philip Poulin a choisi de se passer d'une certaine somme d’argent pour poursuivre son développement sportif et personnel. Dans ce cas précis, les options de pratique du hockey féminin de haut niveau sont très peu nombreuses. À vrai dire, la NCAA est unique dans sa catégorie.

Il reste que, dans le nouvel environnement économique que deviendra peut-être la NCAA, Poulin n’aurait rien eu à sacrifier. Et heureusement pour elle, le destin a voulu qu’elle se rappelle au bon souvenir de tous à Sotchi avec une autre performance extraordinaire pour aider le Canada à remporter l’or olympique. Cela lui a permis de redevenir l'une des préférées des annonceurs au moment où se terminait sa formation universitaire.

Du concret

Dans les cas d’une discipline comme le ski alpin, pour des athlètes qui sont de niveau du circuit de la Coupe du monde, les bourses sont attachées aux bons résultats. Est-ce que les athlètes qui fréquentent une université américaine doivent refuser leur chèque? Il est possible d’en arriver là.

Laurence St-Germain terminait l’an dernier un baccalauréat en science informatique à l’Université du Vermont. Elle pouvait utiliser ses gains en piste pour payer ses dépenses, mais il ne pouvait pas y avoir de surplus. St-Germain a connu une bonne saison l’an dernier. Mais heureusement pour son comptable, pas suffisamment pour qu’elle doive retourner de l’argent. Pour ce qui est des commanditaires par contre, c’est un non catégorique.

« Par exemple, avec mes skis, il fallait que je fasse attention, je n’avais pas le droit de les montrer sur le podium. Et je n’avais pas le droit d’avoir de contrat avec eux », dit-elle.

Elle sourit après sa descente.

Laurence St-Germain

Photo : Getty Images / Jonathan Nackstrand

L’année dernière, j’ai eu ma meilleure saison, j’aurais pu faire quand même de bons montants, surtout que c’est payé en euros. Et pour nous autres, c’est bon (rires).

Laurence St-Germain

Comme dans le cas de Poulin, elle referait le même choix quand elle constate à quel point son séjour à l’Université du Vermont a été satisfaisant, tant sur le plan scolaire que sportif. Cette année, elle commence un nouveau projet universitaire, cette fois au Canada. Elle a pris cette décision avant que la NCAA fléchisse sur la question des revenus. Aurait-elle recommencé un nouveau cycle de quatre ans dans la NCAA avec les anciennes règles?

« Ce serait difficile. Je ne sais pas. C’est sûr qu’avec la nouvelle, c’est plus intéressant », explique-t-elle.

Comment

Il manque encore des informations cruciales pour prendre ce genre de décision, puisqu’on ne sait rien de la manière dont la NCAA appliquera cette nouvelle façon de faire.

Joe Nocera est chroniqueur économique pour Bloomberg et s’intéresse au modèle économique de la NCAA depuis plusieurs années. En 2015, il a copublié un livre intitulé Indentured, qui retrace toute l’histoire des luttes qui ont été menées pour briser le monopole de l’organisme qui régit le sport universitaire aux États-Unis.

La NCAA a remporté toutes ces batailles juridiques en s’appuyant sur le principe de l’amateurisme, qui prétend maintenir une certaine pureté dans la pratique du sport scolaire. Mais à l’usure, les inégalités sont devenues limpides dans l’opinion publique américaine.

Certains entraîneurs font 9, 10, 11 millions de dollars. Il y a 20 ans, un entraîneur faisait peut-être 200 000 $. Aujourd’hui, Nick Saban gagne 11 millions avec l’Université de l’Alabama, des entraîneurs adjoints font 2 millions.

Joe Nocera, chroniqueur économique

C’est en raison de ce chemin parcouru dans l’imaginaire collectif que Nocera pense que la NCAA n'aura pas le choix d’ouvrir la porte aux commandites.

« Je vais vous dire exactement ce qui va arriver. La NCAA va tenter de retarder le processus, d’y attacher un paquet de règles, pour minimiser la valeur des gains que les athlètes peuvent faire. Mais ce qui est différent aujourd’hui en comparaison avec il y a une vingtaine d’années ou même une dizaine d’années, c’est que les législateurs et le Congrès savent que c’est ce que fera la NCAA et ne voudront pas les laisser implanter ces règles », prédit Nocera.

Du côté des athlètes-étudiants, bien sûr que l’on frôle le consensus.

Je pense que n’importe qui qui est passé par là souhaite que le règlement change.

Émilie Castonguay, agente de Marie-Philip Poulin

Ce qui ne veut pas dire que la tâche sera simple. « Je me demande comment ils vont établir des règles pour que ça reste égal, parce que ça peut monter vite, de la bisbille. Il y a quand même beaucoup d’argent en arrière de ça », dit pour sa part Laurence St-Germain.

La porte est ouverte, mais la suite du processus pourrait prendre beaucoup de temps. En raison du mépris qu’elle a manifesté depuis plusieurs décennies, la NCAA a souvent été qualifiée de diable. Et ce sont dans les détails de l'application de cette nouvelle ouverture qu’on verra ses réelles intentions. On sait où le diable se trouve habituellement.

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