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chronique

Naomi Osaka : l'identité au pays des Jeux de Tokyo

Elle célèbre sa victoire en demi-finales.

Naomi Osaka à Melbourne

Photo : The Associated Press / Andy Brownbill

Marie-José Turcotte

BILLET - Japonaise ou Américaine? Telle était la question à laquelle la joueuse de tennis Naomi Osaka devait répondre.

Pourquoi? Parce que Naomi, née en 1997 à Osaka, d’une mère japonaise, Tamaki Osaka, et d’un père d’origine haïtienne, Léonard François, avait la double nationalité américaine et japonaise. Selon la loi nippone, une personne qui a plus d’un passeport doit en choisir un seul avant ses 22 ans.

C’est l’âge que Naomi Osaka a eu le 16 octobre dernier. Elle a pris sa décision, elle sera Japonaise! Une nouvelle qui est passée sous le radar ici, mais qui a suscité beaucoup d’intérêt au pays du Soleil levant.

Est-ce qu'elle deviendra un porte-étendard des hafu? Ce mot japonais est tiré de l’anglais half (moitié) pour désigner les personnes à moitié japonaises. Pour l’instant, les enfants qui naissent d’une union mixte représentent 2 % de la population.

Le Japon est un archipel et, tout au cours de son histoire, ce pays s’est battu pour préserver son identité et sa cohésion. Encore aujourd’hui, le Japon est assez homogène.

« À mon avis, on définit généralement un Japonais comme étant une personne née d’un père japonais et d’une mère japonaise, qui parle parfaitement le japonais et qui agit comme un Japonais. »

C’est le constat à l'All Nippon News Network, en janvier dernier, de Naoko Hashimoto qui fait des recherches sur l’identité nationale à l’Université du Sussex, en Angleterre.

Elle tient le trophée des Internationaux des États-Unis sur le terrain.

Naomi Osaka

Photo : Getty Images / Julian Finney

Les perceptions bougent, la nouvelle génération serait plus ouverte. Tout de même, si Naomi Osaka s’est retrouvée aux États-Unis à partir de l’âge de 3 ans, c’est que son grand-père avait accusé sa mère de déshonorer la famille parce qu’elle était mariée à un Noir. Aujourd’hui, grand-papa est très fier de sa petite Naomi.

Si Naomi Osaka n’était pas devenue une championne, quelle aurait été la réaction de son aïeul?

Parce que si je comprends correctement, les hafu sont bien acceptés lorsqu’ils réussissent. Mais pour un hafu ordinaire, la vie serait encore difficile aujourd’hui et l’intimidation serait chose commune. Il y a même un terme, zannen hafu (moitié décevante), pour désigner ceux qui ne répondent pas aux attentes.

Megumi Nishikura, elle-même hafu et coréalisatrice du film Hafu a déclaré à The Economist en février : « Avoir une personne comme Naomi Osaka qui représente le Japon sur la scène internationale aurait été impensable il y a à peine quelques décennies. »

Et quelle représentation! La joueuse, en raison de son héritage interculturel, fait le bonheur des commanditaires. Son image et ses succès, bien sûr, permettent d’aller chercher un très large public. Depuis sa victoire en janvier aux Internationaux d’Australie, elle a fait sauter la banque.

Selon le magazine Forbes, qui tient un palmarès des athlètes les mieux rémunérés, elle est au 2e rang des sportives qui ont amassé le plus de revenus entre juin 2018 et juin 2019, derrière Serena Williams. Pendant cette période, elle a gagné 24,3 millions de dollars américains. Elle est seulement la quatrième athlète féminine de l’histoire à engranger 20 millions en un an. Les trois autres sont Serena Williams, Maria Sharapova et Li Na, toutes des joueuses de tennis.

Naomi Osaka est devenue la première Japonaise à remporter un tournoi du grand chelem, les Internationaux des États-Unis à l’été 2018. Elle est aussi devenue la première asiatique à détenir le 1er rang mondial. Avec ce sport qui se développe et devient immensément populaire en Asie, si ses succès se poursuivent, elle deviendra fort probablement l’athlète la plus riche de la planète. Elle est une des personnalités fortes du Japon à l’étranger et sera un des visages imposants des prochains Jeux olympiques qui se tiendront à Tokyo l’été prochain.

Elle frappe un coup droit.

Naomi Osaka

Photo : USA Today Sports

Est-ce qu’elle a conscience qu’en prenant la nationalité japonaise, elle devient une figure de proue de la diversité dans un monde homogène, qu’elle contribue à l’acceptabilité des hafu?

« Je ne pense pas vraiment au fait que je sois un mélange de trois différentes origines […] J’ai joué au tennis toute ma vie et c’est le monde dans lequel j’ai grandi. Donc, je ne peux pas dire que j’ai subi des brimades. Mais si je peux aider d’une manière ou d’une autre, je suis partante », a-t-elle dit à la télévision publique belge RTBF en marge de sa victoire aux Internationaux d’Australie à la fin janvier.

C’est bien vrai que lorsque l’on est occupé à vivre sa vie, on a rarement conscience de l’influence que l’on peut avoir. Mais cette jeune femme, qu’elle le veuille ou non, donne du Japon une image nettement nouvelle, différente. En échange, en cette ère de mondialisation, le Japon y gagne une reconnaissance d’ouverture et de tolérance.

À coup de raquette, Naomi Osaka gagne sa vie, mais elle contribue aussi à briser des préjugés. Elle ne fait pas l’unanimité, elle demeure hafu. Et comme elle a grandi aux États-Unis, elle ne parle pas parfaitement japonais, ce qui pour certains est une hérésie. Mais dans son cas, on peut dire qu’à travers le sport, elle fait œuvre utile.

Naomi ne changera pas le monde. Mais simplement en étant Naomi, elle est porteuse d’espoir dans le pays de ses aïeux. Imaginez un peu l’impact, si jamais elle gagne la médaille d’or du tennis, l’été prochain aux Jeux de Tokyo...

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