•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Je sens que je suis la fille à battre » - Kim Boutin 

La patineuse, vêtue d'une combinaison rouge et noire, pose la main sur la glace lors d'un virage.

Kim Boutin

Photo : The Associated Press / Rick Bowmer

Antoine Deshaies

Kim Boutin semble véritablement heureuse et bien dans sa peau.

Quelques mois après avoir songé à la retraite, pour imiter ses amis Samuel Girard et Kasandra Bradette, la patineuse de Sherbrooke est rentrée de la première Coupe du monde de la saison avec deux médailles d’or aux 1500 et 500 m, une de bronze au relais et un record du monde au 500 m.

« Souvent, quand je prends du temps pour réfléchir à pourquoi je fais les choses, je reviens toujours en force, confie Boutin à Radio-Canada Sports. Je sais que j’ai envie de me pousser pour être heureuse et épanouie. Je sens que je peux me défier pour devenir championne du monde. »

Lorsqu’on lui demande si elle se considère comme la fille à battre en ce moment en Coupe du monde, sa réponse est franche, directe.

« Oui, je sens que je suis la fille à battre, explique-t-elle. J’ai les outils pour me démarquer dans toutes les distances. Ce nouveau rôle m’oblige à travailler encore plus fort. Ça vient avec une certaine pression, mais j’en ai envie en ce moment. J’ai soif d’être la meilleure. »

À 24 ans, l'athlète est devenue la première de l’histoire de son sport à passer sous la barre des 42 secondes au 500 m, un objectif qu’elle s’était fixé avec son entraîneur, mais qu’elle devait réaliser d’ici 2022!

Son chrono de 41,936 s lui a permis d’éclipser la Britannique Elise Christie qui détenait la précédente marque mondiale de 42,335 s depuis 2016. Boutin a commencé à penser au record du monde après les qualifications du vendredi.

En fait, on a commencé à lui en parler.

« J’ai remarqué que j’étais la plus rapide, par beaucoup, et que j’étais assez proche du record avec un temps de 42,6. Le monde m’en parlait, mais je ne voulais pas trop y penser parce que, des fois, ça peut être contre-productif. En quarts de finale, après le premier tour, j’ai entendu mon entraîneur crier de continuer. Je savais que j’avais le rythme pour battre le record, donc j’ai continué jusqu’à la ligne. »

Elle patine devant la Néerlandaise Suzanne Schulting.

Kim Boutin

Photo : Alex Goodlett/ISU

À Salt Lake City, la combinaison de la qualité de la glace et de l’altitude, qui réduit la résistance de l’air, favorise les chronos rapides. Des huit records du monde en distances individuelles en courte piste, cinq y ont été établis.

L’aréna est si fréquemment le théâtre de records du monde, qu’un tableau indique en permanence les records réalisés sur sa glace ultrarapide.

Kim Boutin a maintenant sa place au tableau d’honneur.

« J’étais vraiment contente, mais après il fallait que je garde mon focus parce que j’avais encore deux courses à gagner contre des spécialistes du 500 m. J’ai dû me concentrer et c’était tout un défi quand même. »

D’anciens détenteurs du record saluent sa performance

Dans son ancienne vie, la ministre québécoise responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a détenu le même record du monde au 500 m.

En 1997, elle avait parcouru la distance en 44,867 s, devenant ainsi la première femme à franchir la barre des 45 secondes. Vingt-deux ans plus tard, Kim Boutin a été près de trois secondes plus rapide qu’elle.

« J’aurais été presque un demi-tour derrière elle », a écrit l’ancienne patineuse sur Twitter lundi matin, pour montrer le chemin parcouru depuis son record du monde.

François-Louis Tremblay, lui, a brièvement détenu la marque mondiale du 500 m chez les hommes en 2009. Il a battu deux fois le record la même journée, à Marquette, aux États-Unis. Mais les deux fois, le record a été amélioré dès la course suivante.

« J’ai fait partie des meilleurs du monde sur la distance pendant huit ans et je pense qu’en tout, j’ai détenu le record environ quatre minutes, explique Tremblay à Radio-Canada Sports. Le plus important, c’est que j’ai gagné la finale. »

Sans vouloir minimiser l’importance du record de Boutin, François-Louis Tremblay rappelle que le patinage de vitesse sur courte piste est d’abord un sport de positionnement plutôt que de chronos.

Il rappelle qu’il est arrivé souvent que le record mondial ne soit pas nécessairement détenu par un spécialiste de la distance. Il suffit parfois d’être à la bonne place au bon moment. Par exemple, dans l’aspiration d’un patineur qui a un départ explosif.

Les records du monde arrivent donc parfois en cadeau et très rarement en finale des courses. Tout le contraire des records en athlétisme. Boutin a d’ailleurs réussi le sien en quarts de finale.

« Les finales, ce n’est pas la place pour réussir des records, dit Tremblay. En finale, l’important, c’est de protéger ton positionnement avec des sorties de virages serrées pour éviter les dépassements par l’intérieur. »

Kim Boutin, elle, a réussi son record en menant la course du premier au dernier coup de patin.

« Son record et ses deux médailles confirment surtout sa grande forme du moment, ajoute le quintuple médaillé olympique. Il y a très peu de faille dans ses courses et son patinage en ce moment. J’exagère un peu, mais ses qualifications ressemblaient à des échauffements tellement elle domine. La perception des adversaires va changer. Maintenant, elle sera la cible des autres patineuses. Quand elle va tenter une action en course, tout le monde va réagir. »

Une rivalité saine avec Suzanne Schulting

François-Louis Tremblay estime que Boutin a tout ce qu’il faut pour devenir championne du monde en mars prochain en Corée du Sud.

L’an dernier, la Sherbrookoise a pris le 3e rang du classement général derrière sa rivale néerlandaise Suzanne Schulting. Boutin s’est d’ailleurs rendue aux Pays-Bas cet été pour s’entraîner pendant une semaine avec sa grande rivale.

Cette semaine en Europe lui a ouvert les yeux.

« C’est vraiment sain notre rivalité qui est aussi une complicité, explique Boutin. Je trouve ça beau. Notre sport évolue tellement. On sait les deux pourquoi on fait ça. On sait que si l’autre nous bat, c’est qu’on doit devenir meilleure et c’est vraiment sain. »

Schulting a 22 ans, deux de moins que Boutin. Les deux rivales pourraient s’affronter encore longtemps.

Elles pourraient le faire de nouveau dès ce week-end, à l’aréna Maurice-Richard de Montréal, pour la deuxième étape de la Coupe du monde.

Patinage de vitesse

Sports