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Le rêve olympique brisé des basketteuses canadiennes

Elle dribble le ballon.

Michelle Plouffe est classée 11e joueuse mondiale par la FIBA, l'équipe canadienne est 2e.

Photo : FIBA

Olivier Paradis-Lemieux

Michelle Plouffe se dit encore dévastée. Vendredi dernier, son rêve olympique s’est écroulé, même si son équipe est classée 2e du monde en basketball 3 contre 3. Le Canada a perdu sa chance de se qualifier pour Tokyo parce que la discipline n’est que trop peu pratiquée au pays.

« Quand je me suis réveillée, savoir que ça s’était produit était encore comme si je venais de recevoir un coup de poing dans le ventre », confie la basketteuse canadienne, jointe samedi à Lyon, où elle poursuit sa saison avec son équipe professionnelle, championne de France.

Membre de l’équipe canadienne à Londres et à Rio en basketball 5 contre 5, Michelle Plouffe a senti après les derniers Championnats du monde l’an dernier qu’elle était arrivée en bout de course avec le programme national.

« J’étais prête à passer à autre chose », explique simplement l’ailière de 27 ans.

Mais le 3 contre 3, une version urbaine du basketball qui fera son entrée aux Jeux olympiques à Tokyo, l’a séduite dans la foulée de sa décision.

« Je connaissais Steve Sir, qui est comme moi d’Edmonton et qui se consacrait au basketball 3 contre 3. Je trouvais que c’était un jeu excitant, vraiment intense et vraiment plaisant. J’ai réalisé que le Canada n’avait pas d’équipe féminine à ce moment, et je me suis dit, est-ce qu’on pourrait la créer? Alors je me suis lancée à fond dans l’aventure. »

Autour d’un noyau formé d’elle et de sa sœur Katherine, qui joue également professionnellement en France, et de Paige Crozon, complétée en fonction des tournois par Catherine Traer, Mariah Nunes et Brittany Johnson, l’équipe canadienne s’est imposée en quelques mois cet été comme une prétendante sérieuse à une médaille d’or olympique.

Elles célèbrent leur victoire sur le podium.

Les Canadiennes Katherine Plouffe (4e au monde), Michelle Plouffe (11e), Mariah Nunes (91e) et Paige Crozon (7e) après leur victoire à Prague.

Photo : Twitter/Basketball Canada

Une progression fulgurante, sans soutien de Canada Basketball

Pour une équipe qui n’existait que sur papier en mai dernier, ses résultats ont été exceptionnels : quatre victoires en sept étapes de la Série mondiale, une compétition créée de toutes pièces cette année par la Fédération internationale de basketball (FIBA) en prévision des Jeux olympiques, dont la finale a eu lieu… à Edmonton.

Mais vendredi, la FIBA a dévoilé lors d'un événement au Japon les 20 nations retenues pour le tournoi de qualification olympique. Du côté féminin, le Canada n’y figure pas.

Les basketteuses canadiennes sont exclues des JO parce qu’en tant que nation, en prenant en compte les 100 meilleures joueuses au pays, le Canada n’est que 26e du monde. Les hommes y seront, le pays étant 18e selon un classement créé par la même méthodologie, qui fait figure d’exception dans le monde olympique.

« On avait entendu [en août] que notre qualification se jouerait sur une accumulation de tous ceux qui pratiquent le sport au Canada. Mais ce faisant, on savait que ce serait vraiment dur de se qualifier parce qu’on était la seule équipe qui joue au pays », avoue Michelle Plouffe.

On s'est dit que si on gagnait le reste des tournois et que nous prouvions que nous étions l'une des meilleures équipes au monde, comment ne pourraient-ils pas nous prendre au tournoi de qualification? C'était peut-être naïf de notre part, mais en tant que compétiteur, c'était logique.

Michelle Plouffe

Avant leur parcours au succès foudroyant sur la scène internationale cet été – elles n’ont commencé le 3 contre 3 qu’en juin dernier, rappelons-le – les basketteuses canadiennes étaient dans les bas-fonds du classement de la FIBA. Grâce à leurs succès rapides et répétés, elles ont presque réussi, avec six joueuses qui se sont hissées dans le top 250 de la FIBA, dont 3 dans le top 15, à qualifier à elles seules le pays parmi les 20 premières nations.

Tout ça, sans l’appui de la Fédération nationale de basketball, qui leur a avoué, au début de leur aventure il y a six mois, « n’avoir aucun plan pour le 3 contre 3 ».

Au début de l’été, nous avons parlé à Canada Basketball, mais ils nous ont dit qu’ils n’avaient rien pour le 3 contre 3. Pas de plan. Pas de fonds. Rien qu’ils pouvaient nous donner directement. C’est pour ça que nous étions autofinancées.

Michelle Plouffe

« Nous avons fait passer le Canada du 100e au 26e rang mondial. On n’aurait pas pu faire davantage, souligne-t-elle. Bien d’autres pays ont établi une stratégie quand il a été annoncé que le 3 contre 3 allait être aux Olympiques. Canada Basketball a choisi de ne pas le faire. Alors, nous avons pris sur nos épaules d’intégrer ce monde, et d’essayer de qualifier le Canada. »

La seule aide extérieure est venue des promoteurs de la Série mondiale, qui ont tenu deux événements au pays, l’un à Edmonton, l’autre à Montréal. Une poignée d’équipes féminines se sont présentées aux qualifications, trop peu pour aider à la récolte de points si précieux pour la qualification au tournoi préolympique.

Elles célèbrent leur victoire avec le drapeau du Canada.

Paige Crozon, Michelle Plouffe, Catherine Traer et Katherine Plouffe

Photo : Gracieuseté de FIBA

Et encore, si les Canadiennes avaient obtenu un meilleur classement que les hommes, ce sont eux qui auraient vu leur rêve olympique être brisé. La FIBA a créé différentes règles pour favoriser l’émergence d’un maximum de pays dans cette discipline récente, créée de toutes pièces au début de la décennie sur la scène internationale. Comme celle qu’une même nation ne pouvait se qualifier pour le tournoi préolympique que dans un genre à la fois (sauf si les deux font partie du top 6 mondial).

Le calendrier de la FIBA a aussi joué en leur défaveur. Trois places (sur huit équipes qui seront à Tokyo) étaient attribuées aux nations figurant sur le podium de la Coupe du monde, qui avait lieu du 18 au 23 juin.

L’équipe canadienne n’a joué son premier match dans la Série mondiale que le 14 juin.

« Nous n’avions même pas d’équipe avant! C’était plutôt difficile de convaincre la FIBA de nous faire une place sans fédération qui nous appuyait, même pour un tournoi de qualification. Tous les autres pays avaient une fédération qui les dirigeait, mais nous devions faire tout nous-mêmes », dit Plouffe, dont la saison professionnelle a pris fin à la fin mai quand Lyon ASVEL a gagné la finale de la Ligue féminine française.

Si la Coupe du monde avait été à la fin de la saison de la Série mondiale de 3 contre 3, plutôt qu’au début, l’équipe canadienne aurait eu de très fortes chances de se qualifier directement pour les Jeux olympiques, plutôt que de voir les règles alambiquées de la FIBA se retourner contre elle.

Michelle Plouffe ne regrette pas pour autant de s’être lancée dans l’aventure du 3 contre 3.

Mes coéquipières et moi avons tout laissé sur le terrain. Nous avons joué aussi ardemment qu’on a pu. On a tout mis en veilleuse cet été pour tenter de se qualifier. Nous avons amené de la visibilité au sport. Nous avons créé plein d’amateurs de 3 contre 3 au pays. Je pense qu’on a fait croître le sport.

Michelle Plouffe

« Si on avait eu conscience de tous ces tracas administratifs, j’aurais probablement eu plus de discussions avec différentes personnes au début de l’été, mais je ne m’en mords pas les doigts parce que nous avons eu l’occasion de faire quelque chose de plutôt spécial, assure-t-elle.

« Nous avons voyagé un peu partout autour du monde et nous avons battu toutes ces équipes qui seront aux Olympiques. »

De l’argent pour les hommes, rien pour les femmes

Sans aide financière de leur fédération, l’aventure a été coûteuse pour les basketteuses canadiennes.

Surtout que contrairement au circuit masculin, la Série mondiale féminine de 3 c. 3 n’offrait pas de bourses aux équipes participantes.

Il y a quelques semaines, Michelle Plouffe a fait le calcul et a diffusé les résultats sur les réseaux sociaux.

L’inégalité entre les hommes et les femmes, dans ce sport bourgeonnant, a frappé l’imaginaire et a fait scandale dans le petit monde du basketball canadien.

Si elles avaient eu accès aux mêmes bourses que les hommes lors de la même Série mondiale, en fonction de leurs résultats, elles auraient touché 187 000 $.

À la place, elles ont reçu un grand total de zéro dollar... Et encourues des dépenses d’environ 50 000 $ pour prendre part à 7 des 15 manches de la compétition.

« Ça nous a ouvert les yeux de faire les calculs, ce qui est une chose, vous savez, que je ne recommande pas parce que c’est vraiment frustrant, dit-elle en riant. Tout le monde a dû payer pour jouer. Mais pour nous, c’était plus difficile à avaler comme on n’avait aucun appui de la fédération. »

Dans la foulée de sa publication, la FIBA l’a contactée pour lui assurer que la Série mondiale ne serait plus jamais tenue sans que des prix ne soient remis aux joueuses. À suivre l'été prochain, si le circuit féminin connaît une deuxième saison.

Michelle Plouffe ne ferme pas la porte à l'idée de retourner un jour sur un terrain de 3 contre 3, un sport dont elle vante les vertus malgré l’amertume des derniers jours.

« C’est un sport totalement différent du cinq contre cinq. C’est encore plus physique avec moins de fautes qui sont appelées. Ça se joue à un rythme d’enfer. C’est la chose la plus difficile que j’ai faite de ma vie. C’est un sport à haute intensité. Et je pense que c’est un sport qui est vraiment bon pour le développement des jeunes parce qu’il y a juste trois joueurs en même temps sur le terrain. On ne peut pas se cacher. Tout le monde touche au ballon et est impliqué », dit-elle avant d'ajouter qu'elle sent qu’en jouant autant cet été son jeu avait pris du coffre.

Quant au premier tournoi olympique, qui aura lieu l’été prochain à Tokyo, elle assure qu’elle le regardera.

« Ce n’est pas que notre équipe qui avait ce rêve de participer aux Jeux. Toutes ces femmes l’avaient. Bravo à celles qui y seront. Je suis contente pour elles... pour certaines plus que pour d’autres! »

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