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Dans la tête de Marie-Eve Dicaire

Ils sourient à la caméra.

Jean-François Ménard (au centre) flanqué de Mikaël Kingsbury et de Marie-Eve Dicaire au lancement de son livre.

Photo : Courtoisie - Marie-Eve Dicaire Twitter

Jean-François Chabot

En s’associant à Jean-François Ménard pour s’occuper de sa préparation mentale, Marie-Eve Dicaire s’est inscrite dans une mouvance de plus en plus présente dans l'entourage des athlètes de haut niveau.

La championne des super-mi-moyennes de l'IBF a recours depuis mars 2018 aux services de ce diplômé en psychologie sportive de l’Université d’Ottawa.

« La première chose qu’elle m’a dite était qu’elle voulait devenir championne du monde », se souvient Ménard, en entrevue avec Radio-Canada Sports.

Il rentrait tout juste de Pyeongchang, où il avait accompagné plusieurs de ses clients aux Jeux olympiques d’hiver.

En plus de Marie-Eve Dicaire, son calepin prend des allures de Temple de la renommée avec des noms aussi prestigieux que Mikaël Kingsbury (ski acrobatique), les patineurs artistiques Scott Moir et Tessa Virtue, Maxence Parrot (surf des neiges) Derek Drouin et Damian Warner (athlétisme), Antoine Valois-Fortier (judo), Laurent Duvernay-Tardif (football) et quelques joueurs de la LNH, qui demeurent sous le sceau du secret professionnel.

Marie-Eve Dicaire est toutefois à part des autres, selon l'expert.

Marie-Eve est une athlète unique. J’ai rarement côtoyé une athlète avec autant de détermination, d’énergie et de volonté à vouloir se pousser. À l’entraînement, c’est une machine qui n’arrête pas. C’est plus une athlète qu’il faut retenir pour éviter qu’elle se brûle ou qu’elle se blesse.

Jean-François Ménard, préparateur mental

Respirer pour calmer le jeu

En décrivant Dicaire comme une jeune femme extrêmement brillante et très forte mentalement, il parle tout même des petites choses qu’elle a dû rapidement améliorer.

Elle se déplace dans le ring à l'entraînement.

Marie-Ève Dicaire

Photo : Twitter/Marie-Ève Dicaire / Robert Lévesque

Une des choses que l’on a vraiment bien faites ensemble a été de la rendre plus consciente de ce qui se passe durant ses entraînements et de la rendre plus attentive aux détails. La boxe, c’est beaucoup une question d’actions et de réactions. Il faut vraiment porter attention à ce qui se passe devant nous et s’adapter rapidement au changement.

Jean-François Ménard

Pour ce spécialiste, il est primordial que Dicaire puisse porter attention et réagir à ce que son adversaire lui présente, à ce qu’elle voit devant elle et à ce qu’elle ressent à ce moment précis.

Pour atteindre cet objectif, il a incité la boxeuse à mieux utiliser les pauses entre les rounds.

« Un combat se déroule très vite. C’est deux minutes par round chez les femmes, avec des pauses d’une minute entre chacun des rounds. Ce sont des occasions en or pour apprendre de ce qui vient d’arriver et t’adapter pour le prochain round », explique-t-il.

Pour Jean-François Ménard, il était aussi important que Dicaire puisse porter attention à ce que son entraîneur Stéphane Harnois lui dit entre les rounds.

Ils ont beaucoup travaillé là-dessus. Il y a des choses que l’entraîneur voit et que Marie-Eve ne voit pas.

Je lui ai demandé si, au moment où elle retournait dans son coin à la fin d’un round et que son cœur battait à 185 battements/minute et que ça roulait à 100 milles à l’heure dans sa tête, elle écoutait vraiment Stéphane quand il parle. Dans les premières rencontres que l’on a eues, j’ai vu dans ses yeux qu’elle avait l’air de se dire : "Oh my god! Je ne suis pas sûre que je l’écoute tant que ça!"

Jean-François Ménard

Pour y remédier, l’accent a été mis sur sa respiration, ce qui permet à Dicaire de se calmer. Bien au fait de la chose, Harnois va la laisser respirer avant d’y aller de ses observations et de ses recommandations.

Selon ce qu’avance Ménard, ça permet au système nerveux de se calmer. La boxeuse peut donc assimiler rapidement les informations.

« On le voit souvent dans ses combats. Elle passe d’un round qui est bien à un round extraordinaire, fait-il observer. Et quand ça arrive, je sais que c’est parce qu’elle a bien utilisé le moment de pause. »

Une boxeuse ceinture à l'épaule sourit à côté de son entraîneur.

Marie-Ève Dicaire et Stéphane Harnois

Photo : Instagram : Marie-Ève Dicaire

L’effet entonnoir

À l’approche de la date du 23 novembre, jour de la prochaine défense de sa ceinture contre la Vénézuélienne Ogleidis Suarez (29-3-1, 13 K.-O.), Marie-Eve Dicaire (16-0) va entrer dans ce que Jean-François Ménard appelle « l’effet entonnoir ».

Au début du camp d’entraînement, on aborde les choses de manière plus générale. On parle de concentration, de confiance en soi. On s’assure qu’elle ne se brûle pas à l’entraînement. À partir de maintenant, c’est beaucoup plus axé sur l’adversaire. À quoi doit-elle s’attendre? Comment doit-elle réagir? On appelle ça faire de la visualisation GPS, parce qu’à la manière d’un GPS qui s’adapte à une route barrée, Marie-Eve doit trouver des solutions de façon automatique.

Jean-François Ménard

Pour Ménard, cette manière de faire se développe autant dans l’arène que dans la tête. C’est pourquoi, au fur et à mesure qu'elle s’approchera du soir du combat, son travail mental deviendra de plus en plus pointu.

Cela se fera dans les demandes médiatiques de plus en plus nombreuses d’ici au 23 novembre.

La victoire faisant foi de tout, Ménard n’aura le sentiment du devoir accompli que si Marie-Eve conserve sa couronne mondiale.

« Je suis moi aussi un obsédé de la victoire, dit-il. Je ne prépare pas mes athlètes pour finir deuxième. Marie-Eve le sait. Elle boxe pour gagner. Je suis satisfait quand l’athlète est satisfait. »

Pour lui, la préparation mentale n'a surtout rien à voir avec l'hypnose. « Je suis plus qu'un motivateur. Ce que j'offre, c'est la science au service du cerveau des sportifs. »

Parcours atypique

Qui est donc ce Jean-François Ménard, à qui tant de grandes vedettes du sport confient leurs secrets et leurs aspirations les plus profondes?

Il n’avait que 25 ans quand une première porte professionnelle s’est ouverte.

Le Cirque du Soleil lui a offert de travailler à la préparation mentale de ses acrobates et des vedettes de ses différents spectacles. Il a alors choisi d’abandonner ses études de doctorat pour aller directement sur le terrain.

Je me passionnais pour le sport depuis l’âge de 6 ans. Je n’ai jamais fait partie de l’élite, mais j’étais bon dans plusieurs sports. Par contre, je n’avais pas beaucoup d’atomes crochus avec les clowns (rires).

Jean-François Ménard

Cette expérience l'a amené à travailler un peu partout sur la planète, tant avec des Russes, des Chinois ou des Australiens. Cela l’a bien préparé pour faire face aux exigences du milieu sportif de haut niveau.

En 2013, il a quitté le Cirque du Soleil et fondé sa propre entreprise, Kambio Performance. Jean-François Ménard insiste pour dire que « cambio » en espagnol veut dire « changement ».

« J’avais déjà beaucoup de demandes de la part d’athlètes pendant que je travaillais au Cirque. C’est à ce moment que j’ai rencontré Dominick Gauthier, responsable de B2dix. Ils ont commencé à me confier quelques athlètes élite et olympiques. Ont suivi les athlètes professionnels, joueurs de hockey, de football, des boxeurs. »

Depuis près de cinq ans, Jean-François Ménard a élargi son champ d’expertise pour inclure des professionnels de tous les milieux, qu’il s’agisse de médecins, de gens d’affaires ou de gestionnaires d’entreprise.

Il vient de publier, en collaboration avec la journaliste Marie Malchelosse, un ouvrage aux Éditions de l'Homme intitulé L’olympien au bureau, dans lequel il transpose ses méthodes de préparation mentale des sportifs au monde du travail.

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