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Isabelle Leclaire, l’entraîneuse humaniste des Carabins

Elle se penche derrière le banc pour parler à ses joueuses pendant un match.

Isabelle Leclaire est l'entraîneuse de l'équipe de hockey des Carabins de l'Université de Montréal.

Photo : Courtoisie / Carabins de l'Université de Montréal / James Hajjar

Antoine Deshaies

Avant même que la fête de l’Halloween ne soit reportée, la soirée de vendredi s’annonçait déjà fort animée à l’aréna du CEPSUM de l’Université de Montréal.

Les Carabins et les Stingers de Concordia ont rendez-vous pour le premier rang de l'Association québécoise de hockey féminin.

Les deux équipes montrent une fiche immaculée de trois gains et aucun revers depuis le début de la jeune saison.

Pour Isabelle Leclaire, l’entraîneuse des Carabins depuis la fondation de l’équipe il y a 10 ans, la victoire est bien sûr importante, mais elle ne fait pas foi de tout.

« Le plus important dans mon travail, c’est l’aspect humain, indique-t-elle à Radio-Canada Sports. Mon but, c’est d’aider les jeunes femmes que je dirige à atteindre leur plein potentiel. Et c’est pourquoi il est primordial d’entretenir de bonnes relations avec elles. Cela dit, le sport et les victoires, c’est le moteur qui nous amène à travailler et à grandir ensemble. »

« Elle pense toujours à l’être humain en premier, ajoute Mélodie Daoust, qui l’assiste en parallèle de sa carrière de joueuse. Elle veut le bien de tout le monde et elle est vraiment à l’écoute de ses assistantes. Elle nous fait confiance et elle est très ouverte à nos commentaires. »

Elle observe le jeu.

Mélodie Daoust derrière le banc des Carabins de l'Université de Montréal

Photo : Carabins de l'Université de Montréal / James Hajjar

Avant de travailler à ses côtés, Mélodie Daoust a affronté à plusieurs reprises Isabelle Leclaire. Elle aurait pu jouer à l’Université de Montréal, mais elle s’était déjà engagée avec les Martlets de l’Université McGill quand les Carabins lui ont fait une offre.

Déjà, en tant que rivale, Daoust éprouvait un profond respect pour celle qui est aujourd’hui sa mentore.

« Je la respectais déjà beaucoup comme entraîneuse, mais aussi comme personne, confie Daoust. Elle a toujours démontré beaucoup de classe. »

Elle montre beaucoup de classe et accumule les succès. En 10 saisons à peine avec les Carabins, elle a remporté deux titres nationaux et quatre titres provinciaux. De 2012 à 2016, elle a mené son équipe à cinq podiums consécutifs au Championnat canadien.

L’ancienne gardienne de but a aussi été nommée trois fois entraîneuse de l’année, dont en 2018 et 2019. Mais année après année, sa plus grande récompense, c’est de voir ses joueuses adopter la bonne attitude quand ça se corse sur la patinoire.

« Les changements de rythme sont tellement rapides au hockey. De voir que le dernier but encaissé n’affecte pas le moral de mes joueuses, c’est une petite victoire chaque fois, explique Leclaire. C’est humain d’avoir une baisse d’énergie quand on encaisse, mais quand on arrive à éviter ce relâchement, quand on arrive à rester droites et fortes, c’est une grande satisfaction pour moi. »

Liberté aux joueuses et communication précise

C’est devenu un cliché pour les entraîneurs du monde du sport, mais la porte d’Isabelle Leclaire est toujours ouverte pour ses joueuses ou ses collègues. Le sofa dans son bureau a été le théâtre de nombreuses discussions et confessions au fil des années.

Parmi les joueuses qui se le sont en quelque sorte approprié, il y a Kim Deschênes, dont le chandail vient d’être retiré par le programme des Carabins. Arrivée à Montréal à 18 ans, de sa petite ville de 5000 habitants au Nouveau-Brunswick, la jeune joueuse a trouvé un phare dans sa nouvelle vie.

« Isabelle a grandement facilité mon intégration en me mettant en contact avec les bonnes personnes, dit Deschênes, qui travaille aujourd’hui dans le monde de l'immobilier. On s’est rapidement fait confiance. Elle n’est plus mon entraîneuse, mais je la considère comme une amie malgré notre différence d’âge. »

« Des fois, je l’entends dire que je suis un peu sa grande soeur et ça me touche beaucoup parce que je n’aurais jamais pensé ça, réplique Leclaire. C’est une amie, oui, mais je sens encore un peu le respect de la joueuse envers l’entraîneuse. »

La précision de la langue de Leclaire détonne parfois dans le milieu du hockey, où les anglicismes sont bien souvent en power play, comme on dit. Ses mots sont précis, ses directives toujours claires.

Elle regarde devant elle et est entourée par une joueuse et une assistante.

Isabelle Leclaire, l'entraîneuse des Carabins de l'Université de Montréal

Photo : Courtoisie : Carabins / James Hajjar

« J’admire beaucoup sa façon de parler avec les athlètes et les médias, mentionne Mélodie Daoust. Je m’inspire beaucoup de son aisance à communiquer dans un français impeccable. Quand elle se fâche, elle ne lève pas le ton, mais elle choisit bien ses mots et ses intonations. »

Sur la glace, Leclaire prône l’autonomie pour ses athlètes. Elle leur offre des exercices variés pour que les joueuses se sentent compétentes sur la glace. Elle insiste pour qu’il y ait beaucoup de place pour la créativité.

« On ne doit pas confiner nos jeunes dans un système avec trop de schémas de jeux, parce que le hockey n’est pas le football, c’est très réactif, analyse Leclaire. On les entraîne pour que les joueuses aient un coffre d’outils bien garni pour être capables de réagir à un paquet de situations. On ne veut surtout pas les contraindre dans des cadres très rigides. »

« J’aime sa philosophie parce qu’elle essaie de changer la mentalité des joueuses, ajoute Daoust. On leur donne de la liberté et c’est à elles de trouver l’espace libre pour réussir le bon jeu. Ça donne des joueuses qui auront une meilleure vision. »

Militer pour une meilleure reconnaissance du circuit canadien

Faire rayonner une université francophone sur la glace est, bien sûr, un élément de fierté pour Leclaire, elle-même diplômée en kinésiologie à l’Université de Montréal.

Elle aimerait que les dirigeants de Hockey Canada s’intéressent davantage aux talents au sein du circuit universitaire canadien.

Aux Jeux olympiques de Pyeongchang, une seule joueuse de l’équipe canadienne, Mélodie Daoust, avait joué au nord de la frontière, tandis que toutes les autres étaient d'anciennes ou actuelles joueuses de la NCAA.

Daoust a été nommée joueuse par excellence du tournoi. Leclaire ne se gêne pas pour dire que le hockey universitaire canadien compte sur plusieurs athlètes qui pourraient contribuer au programme d’Hockey Canada, mais à condition qu’on leur en donne la chance.

« Lors des derniers camps de développement, l’équipe d’étoiles U Sports est arrivée chaque fois à battre l’équipe nationale de développement qui était composée presque exclusivement de joueuses de la NCAA, affirme Leclaire. Si ça n’ouvre pas les yeux des dirigeants, je me demande ce que ça va prendre. »

L’irritation est bien réelle. Mais le désir de faire changer les choses semble encore plus fort.

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