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chronique

La Série mondiale est finie, mais pour Montréal, la vraie partie commence

Plan rapproché de M. Bronfman, qui rit.

Stephen Bronfman, à la tête du groupe baseball Montréal, travaille pour ramener une équipe dans la métropole.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Martin Leclerc

BILLET - La Série mondiale, qui a été extraordinaire à tous points de vue, est terminée. Maintenant, pour ceux qui espèrent (ou non) le retour d’une équipe de la MLB à Montréal, la partie est bel et bien commencée...

Au début du mois d’octobre, 24 heures après s’être rendu à Oakland pour assister à un match de séries éliminatoires des Rays de Tampa Bay, Stephen Bronfman s’était présenté devant l’Office des consultations publiques de Montréal. Le leader du Groupe Baseball Montréal avait alors passionnément plaidé en faveur de l’aménagement d’un nouveau stade aux abords du bassin Peel.

Durant la mêlée de presse après sa présentation, deux fois plutôt qu’une, Bronfman avait affirmé qu’après la Série mondiale, le maire de St. Petersburg, où jouent les Rays, allait accorder à l'équipe la permission de lancer un projet de garde partagée avec Montréal.

Il ne s’agissait pas d’une mince déclaration. Les Rays sont signataires d’un bail-béton qui les oblige à disputer tous leurs matchs au Tropicana Field jusqu’à la fin de la saison 2027. Et publiquement, le maire Rick Kriseman avait toujours maintenu qu’il n’avait pas l’intention de rouvrir ce bail ni de soumettre cette question de garde partagée au conseil municipal.

Vue de l'amphithéâtre à partir d'un coin de rue.

Le Tropicana Field

Photo : The Associated Press / Reinhold Matay

Jeudi, au moment où le septième match de la Série mondiale n’était pas encore terminé, on commençait à découvrir le pot aux roses : Kriseman a confirmé que les Rays et leur propriétaire Stuart Sternberg ont formellement demandé la permission de commencer à travailler avec le Groupe Baseball Montréal et que des négociations en ce sens, entre la Ville de St. Petersburg et les Rays, sont en cours.

Comme les déclarations de Stephen Bronfman, les révélations du Tampa Bay Times laissent croire que la cause est déjà entendue.

En juin dernier, Stuart Sternberg avait convoqué une conférence de presse pour faire connaître son intention de partager à parts égales le calendrier local de son équipe entre Tampa et Montréal. Selon le Tampa Bay Times, entre cette conférence de presse et le 28 août dernier, le maire Kriseman a rencontré Sternberg et la haute-direction des Rays à trois reprises. Rien de moins. Lors de ces rencontres, le premier magistrat de St. Petersburg était flanqué de leaders de la communauté d’affaires locale.

On constate maintenant que depuis ces rencontres, le discours de Kriseman a considérablement changé.


Dans la communauté de cette région floridienne, il se trouve encore des gens très crédibles qui croient que les Rays ne déménageront jamais et que la MLB (qui n’est pas exactement une ligue de broche à foin) ne permettra jamais qu’une de ses équipes ait pignon sur rue dans deux villes.

Pendant 10 ans, Stuart Sternberg a tenté d’obtenir des fonds publics pour construire un nouveau stade qui aurait accueilli son équipe à temps complet. Il a échoué. Aucun élu n’a voulu se commettre en ce sens. Maintenant, beaucoup de gens peinent à imaginer comment le propriétaire des Rays pourrait convaincre les mêmes élus de lui construire un nouveau stade qui ne servirait que la moitié du temps.

Il regarde un frappeur à l'entraînement.

Stuart Sternberg, actionnaire majoritaire des Rays de Tampa Bay

Photo : La Presse canadienne / Chris O'Meara

On ne voit pas non plus comment un syndicat aussi puissant que l’Association des joueurs de la MLB permettrait que ses membres soient placés dans une telle situation (obligation de déménager femme et enfants au milieu d’une saison, obligation d’avoir deux domiciles familiaux, chambardements scolaires des enfants, etc.).

Pourtant, le commissaire de la MLB, Rob Manfred, a déjà exprimé son intérêt pour ce concept de garde partagée. Et Stuart Sternberg, qui est membre du comité exécutif de la MLB, a obtenu l’aval des propriétaires pour développer et promouvoir cette idée.


Ce dossier est encore très flou.

Ce qu’on sait par contre, c’est que dès que Stuart Sternberg aura officiellement obtenu la permission de résilier son bail au Tropicana Field, les élus et les contribuables des régions de Tampa et du Québec se retrouveront soudainement sous pression.

Si Sternberg n’obtient pas le financement public qu’il recherche pour son nouveau stade en Floride, il pourra toujours faire planer la menace d’un déménagement complet à Montréal. Pendant ce temps, à Montréal, si le retour d’une équipe de la MLB est directement lié au financement public du nouveau stade, le premier ministre François Legault se retrouvera aussi dans une situation délicate. En refusant, il rayerait probablement à jamais Montréal du radar de la MLB.

Jusqu’à présent, plusieurs indices laissent croire que Stephen Bronfman et son groupe d’associés demanderont une contribution financière de Québec.

Malgré le fait que le projet soit déjà très avancé, Stephen Bronfman n’a jamais expliqué comment il entend financer son stade. Si ses associés et lui avaient eu l’intention de le payer, il aurait été très facile de l’affirmer.

Par ailleurs, de façon très spécifique, Bronfman a plusieurs fois écarté toute possibilité d’une contribution financière de la Ville de Montréal dans un nouveau stade. Il s’est cependant montré plus évasif lorsqu’il était question du gouvernement québécois.

Enfin, quand les promoteurs de nouveaux amphithéâtres sont à la recherche de financement public, ils maquillent généralement leur projet d’un volet communautaire. Cette technique a été utilisée tant à Québec qu’à Laval, où de nouveaux amphithéâtres ont été presque entièrement financés par les contribuables.

Si le nouvel équipement sportif doit aussi « servir à la communauté », ne serait-ce que de façon minime, il devient soudainement moins gênant pour un gouvernement d’y engager l’argent des contribuables.

Or, le mémoire déposé il y a un mois par le Groupe Baseball Montréal auprès de l’Office des consultations publiques s’intitule justement « Pour le sport et la communauté ». En sept pages de texte, ses auteurs ont trouvé le moyen d’y inscrire les mots « communautaire » ou « communauté » pas moins de 21 fois(!). Les expressions « santé » et « saines habitudes de vie » y apparaissent aussi une demi-douzaine de fois.

Après avoir lu le document, on se demande presque s’il y aura aussi une équipe de baseball dans ce fabuleux « équipement communautaire »!

Bref, tout indique qu’on prépare le terrain pour un important investissement public, non pas dans un stade de la MLB, mais plutôt dans un « projet communautaire » vert qui fera la promotion de la « santé » et des « saines habitudes de vie ».

Peu importe votre position à ce sujet, préparez-vous à participer à ce débat. Les nouvelles en provenance de Tampa nous indiquent que la période d’échauffement est finie et que la vraie partie vient de commencer.

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