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Comment se gagne une course de courte piste?

Une patineuse lève ses bras en triomphe.

Kim Boutin

Photo : Associated Press / Rick Bowmer

Alexandre Coupal

La Coupe du monde de patinage de vitesse sur courte piste débarque à Montréal ce week-end. Au menu : 500 m, 1000 m, 1500 m et relais. Quelles stratégies rapportent dans ces épreuves? Tour d'horizon avec le quintuple médaillé olympique et analyste François-Louis Tremblay.


Q. Qu’est-ce que ça prend pour gagner le 500 m?

R. Un bon départ! Il y a deux types de patineurs qui se retrouvent en finale du 500 m. Ceux qui ont un bon départ et qui ont une bonne vitesse de pointe, et il y a ceux qui n’ont jamais de bons départs, ce ne sont pas des sprinteurs, mais après deux tours, ils reviennent rapidement et ils vont faire des dépassements au dernier demi-tour pour passer sur la ligne d’arrivée. Les Coréens sont très fort là-dedans. Les vrais spécialistes du 500 m sont capables de combiner vitesse de pointe et départ explosif.


Q. À l’opposé, un patineur a-t-il besoin des mêmes qualités pour connaître du succès sur la plus longue des distances, le 1500 m?

R. Quelqu’un qui est très axé sur l’explosivité va trouver le temps long un peu parce que plus ça avance, avec les années, plus la vitesse est soutenue. Il y a une dizaine d’années, les 1500 m commençaient plus lentement et ça accélérait tranquillement.

Maintenant, et c’est la même chose pour le 1000 m et le 1500 m, on commence à vitesse moyenne élevée et la cadence accélère jusqu’à la fin. Ça demande une grande endurance à l’acide lactique, et c’est rendu vraiment douloureux. C’est vraiment une distance qui est à la portée de ceux qui sont bons en endurance lactique, et souvent ce ne sont pas les mêmes patineurs que l’on voit gagner au 500 m et au 1500 m.


Q. Et le 1000 m est un mélange de tout ça?

R. Oui, mais de moins en moins on va avoir des stratégies avec des départs où les athlètes partent tranquillement. On veut gagner le départ pour être bien positionné parce qu’après les premiers tours, si tu es encore dernier, ça risque d’être très difficile de dépasser. Donc, la vitesse est élevée du début à la fin.

C’est vraiment impressionnant ce que les patineurs réussissent à accomplir maintenant en 9 tours, pour ce qui est du temps au tour.

Charles Hamelin

Charles Hamelin

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh


Q. Est-ce que les athlètes font toutes les distances?

R. De plus en plus, le sport se spécialise. Mais ça dépend de chacun. Quelqu’un comme Kim Boutin va toutes les faire.


Q. On dit souvent que c’est un sport de stratégie. De quelle manière est-ce que ça s’illustre?

R. En courte piste, le chrono n’a pas d’importance. Le gagnant est celui qui franchit la ligne d'arrivée en premier. Ça arrive souvent que la finale n’est pas la vague la plus rapide parce que les stratégies sont différentes.

La stratégie s’appuie toujours sur une combinaison d’éléments. Quelles sont tes capacités? Qui sont tes adversaires? Tes dépassements sont-ils forts à l’intérieur, à l’extérieur? Tes fins de courses sont-elles explosives?

C’est différent pour chacun. Et un patineur doit pouvoir composer avec les stratégies des autres et tenter d’appliquer la sienne. C'est un processus en constante évolution.


Q. En ce sens, jusqu’à quel point la lecture de course est-elle importante?

R. C’est central. Soit tu imposes ta stratégie parce que tu es le plus fort. C’est ce que faisait Charles Hamelin, il menait la course de bout en bout. Sinon, si les patineurs ont des niveaux de performance plus égaux, il faut être capable de trouver la ligne entre rester derrière trop longtemps, ou arriver trop tôt. Ensuite, après avoir lu la course, il faut avoir les habiletés pour répondre.

C’est vraiment un mélange d'habiletés et de stratégie. La stratégie, c’est une chose. Mais si tu n’as pas les jambes pour l’appliquer, ça ne donne rien.


Q. Est-ce surtout une question d’instinct?

R. Non, ça s’enseigne, mais l’instinct compte pour beaucoup. Pascal Dion, par exemple, a vraiment des compétences de course très impressionnantes. Il lit bien la course et fait des dépassements aux bons moments.


Q. Comment une équipe se prépare-t-elle pour le relais?

R. C’est différent pour les femmes et pour les hommes. Chez les femmes, c’est un 3000 m, donc c'est beaucoup plus axé sur le sprint. Il y a moins de stratégie, on va vite dès le départ. C’est seulement quatre échanges et on va le plus vite qu’on peut.

Du côté des hommes, la course se fait sur 5000 m, c’est 7-8 échanges. Sans dire qu’on prend notre temps, il y a un peu plus de gestion de course, surtout qu’à la fin, la glace est très endommagée. C’était d'ailleurs une des faiblesses du Canada au relais masculin, l'équipe n’avait personne qui excellait pour finir la course dans ces conditions.


Q. Est-ce que l’arbitrage peut jouer un rôle important dans une course?

R. C’est un sport qui se passe en groupe, donc évidemment, il va y avoir des accrochages qui sont permis dans une certaine mesure. Il faut seulement savoir respecter la limite. La qualité de l’arbitrage est assez stable depuis qu’on a la reprise vidéo et il n’y a pratiquement plus d’erreur. Ce n’est plus vraiment un facteur.


Q. Il n’y aura plus de 3000 m en Coupe du monde cette année, et la distance sera au programme pour une dernière fois aux Championnats du monde tout comme le titre cumulatif. Pourquoi?

R. On avance sur un nouveau modèle où on est davantage axé sur les spécialistes. Il y avait un certain désintérêt pour cette distance (le 3000 m), parce qu’il y a des patineurs qui ne seront jamais bons là-dedans. Pour un sprinteur, un 3000 m, ce n’est pas du tout dans ces capacités.

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