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chronique

Sept mois après s’être fait passer le K.-O., Paul Byron n’est plus le même joueur

Il tombe au sol après avoir reçu un coup de poing.

Paul Byron avait jeté les gants contre MacKenzie Weegar le 26 mars 2019.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Martin Leclerc

BILLET - Que se passe-t-il avec Paul Byron? Alors que le CH connaît un début de saison assez tranquille, voire terne, cette question revient sans cesse dans les conversations des partisans de l’équipe. Et ça vaut la peine d’élaborer là-dessus.

Cette saison, en neuf rencontres, Byron n’a récolté que deux mentions d’aide (bilan défensif de -1) et n’a effectué que quatre tirs au filet. Ce n’est pas normal.

Depuis son arrivée à Montréal, en 2015-2016, Byron est devenu une espèce de couteau suisse pour les entraîneurs du Canadien. Constamment en déplacement de trio en trio et spécialiste apprécié en désavantage numérique, cette bombe sur patins a fini par se tailler une place parmi les meilleurs attaquants de la LNH à cinq contre cinq.

Byron est aussi devenu l’un des leaders de la formation, comme en témoigne le « A » cousu sur son chandail.

D’octobre 2016 au 26 mars 2019, il a inscrit 51 buts à forces égales, devançant ainsi des attaquants renommés comme Claude Giroux (Flyers), Patrice Bergeron (Bruins) et Phil Kessel (Penguins). Au sein du Tricolore, seul Brendan Gallagher, avec 60, a réussi plus de buts à égalité numérique durant cette période.

Je souligne la date du 26 mars 2019 parce que ce jour-là, Byron a subi une retentissante commotion cérébrale après avoir jeté les gants devant MacKenzie Weegar, des Panthers de la Floride.

Un peu plus tôt durant la saison 2018-2019, Byron avait blessé Weegar en lui assénant une violente mise en échec, geste qui lui avait valu une suspension. Or, le « code d’honneur » de la LNH voulait que Byron ait à répondre de ses actes lors de son prochain match contre les Panthers. Il s’est donc battu avec Weegar (à qui il concédait une quarantaine de livres) et il s’est rapidement fait passer le K.-O.

***

Plusieurs observateurs rappellent, avec justesse, que Byron a subi pas moins de 5 blessures au cours des 11 derniers mois et qu’il est sans doute tout à fait normal qu’il éprouve de la difficulté à retrouver ses repères.

Ne sous-estimons pas les conséquences de la grave commotion cérébrale qu’il a subie au printemps 2019 :

  • Avant son combat avec Weegar, Byron présentait la saison dernière une fiche de 15 buts et 30 points en 53 matchs. Il s’était façonné un intéressant bilan défensif de +17 et avait dirigé 92 tirs au filet.
  • Depuis sa commotion (en incluant les matchs de la saison dernière), Paul Byron a récolté 3 passes (aucun but) en 11 matchs. Il n’a tiré que six rondelles sur les filets adverses et son différentiel se situe à -1.

Il n’est plus le même joueur.

***

Bien sûr, tout le monde espère que Byron retrouvera sa touche et les formidables accélérations qui ont fait de lui l’un des attaquants les plus craints par les défenses adverses et par les unités d’avantage numérique des 30 autres formations de la LNH.

Il est toutefois important de rappeler ce que Byron a vécu le 26 mars dernier parce que peu de gens savent à quel point une seule commotion cérébrale peut entraîner un hockeyeur de la LNH dans une spirale négative et, éventuellement, le pousser vers la porte de sortie.

Il patine pendant un entraînement.

Paul Byron n'a récolté que deux aides en neuf matchs cette saison.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

En ce sens, une étude publiée en octobre 2018 dans The Journal of Neurotrauma donnait froid dans le dos.

Les auteurs de cette étude, huit orthopédistes et un anesthésiste américains, ont été les premiers à se pencher sur les effets à court et à moyen terme des commotions cérébrales sur la longévité, les performances et les revenus des hockeyeurs de la LNH.

Ces médecins ont donc étudié les cas des 2194 joueurs ayant disputé au moins 41 matchs en une saison de 2008 à 2017. Leurs recherches leur ont permis d’établir que durant cette période, 309 de ces joueurs ont subi un total de 399 commotions cérébrales, ce qui leur a valu d’être soumis au protocole de retour au jeu établi par la LNH et l’Association des joueurs.

Les auteurs de l’étude ont ensuite comparé la trajectoire des carrières de chaque commotionné avec celles de leurs pairs du même âge qui affichent des rendements semblables. Les résultats étaient ahurissants.

Ainsi, leurs travaux ont révélé que les joueurs pris en charge dans le cadre du protocole de commotions cérébrales de la LNH ont 64,1 % des chances de ne plus jouer dans la ligue trois saisons plus tard. Pour les non-commotionnés, c’est presque l’inverse. Ils ont 58,3 % de chances d’avoir encore un poste dans la ligue après trois saisons.

En fait,en moyenne, les joueurs pris en charge ne jouent plus dans la LNH 2,1 saisons plus tard. Une commotion cérébrale est donc une blessure extrêmement grave pour un athlète.

Cinq ans après avoir subi une commotion cérébrale, seulement 14,1 % des joueurs soumis au protocole de la LNH étaient encore dans la ligue, comparativement à 43,7 % des joueurs n’ayant pas subi ou rapporté de commotion.

Par ailleurs, l’étude révélait que les joueurs commotionnés perdent aussi des sommes d’argent importantes. Les contrats qu’ils signent au terme d’une saison marquée une commotion cérébrale sont inférieurs de près de 388 000 $ par saison en comparaison avec les contrats signés par leurs pairs. Et en plus, les contrats qu’on consent aux joueurs commotionnés sont en moyenne plus courts d’une saison.

Sachant cela, il est encore plus fâchant et stupéfiant de voir des équipes immédiatement renvoyer dans la mêlée des joueurs venant vraisemblablement de subir une commotion cérébrale sous prétexte qu’« il avait l’air correct sur le banc », comme ça s’est produit lors du dernier camp d’entraînement avec l’un des plus beaux espoirs du CH, Ryan Poehling.

Et il est encore plus inquiétant de constater que, sept mois après s’être battu pour prouver on ne sait quoi, Paul Byron soit aussi méconnaissable.

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