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chronique

Ferrari au Japon, une dérive et deux entorses

Il passe près d'une grande roue.

Charles Leclerc sur le circuit de Suzuka

Photo : Getty Images / Dan Istitene

Philippe Crépeau

BILLET - Qui a remarqué que Lewis Hamilton a disputé tout le Grand Prix du Japon avec un rétroviseur en moins?

Hamilton a perdu son rétroviseur droit au deuxième tour de la course. Impossible de rentrer aux puits pour réparer, car la pièce est moulée dans la carrosserie.

Mais bon, ça ne l’a pas empêché de terminer 3e au terme des 53 tours, après une belle bagarre (perdue pour lui) avec Sebastian Vettel dans les 10 derniers tours.

Certains pilotes disent qu'il y a tellement de vibrations que ces petits rétroviseurs (15 x 5 cm) ne servent à rien.

Il manque le rétroviseur droit.

Lewis Hamilton à Suzuka

Photo : RDS/TSN

Il y a plus grave que de disputer une course avec un seul rétroviseur.

Petit rappel des faits. Au premier virage du premier tour, Charles Leclerc se fait déborder par Max Verstappen par l’extérieur. Le Monégasque perd l’avant de sa Ferrari et glisse sur sa gauche en heurtant violemment la Red Bull du Néerlandais qui sort de piste.

De la fumée s'élève après le choc entre les deux voitures.

Charles Leclerc (Ferrari) et Max Verstappen (Red Bull)

Photo : Getty Images / STR

Dans un premier temps, la direction de course n’impose aucune sanction à Leclerc qui, pourtant, a clairement quitté le point de corde, alors que Verstappen l’a battu.

L’aileron avant de la Ferrari est endommagé et traîne par terre, provoquant une gerbe d’étincelles bien visible. Ferrari demande à Leclerc de rentrer aux puits, mais le Monégasque tergiverse et dit que la voiture ne semble pas souffrir de l’incident.

Le frottement avec la piste provoque des étincelles.

Charles Leclerc roule à Suzuka avec son aileron avant endommagé.

Photo : Getty Images / BEHROUZ MEHRI

Au deuxième tour, la dérive de la Ferrari se détache dans la ligne droite arrière, heurte la Mercedes-Benz de Hamilton qui était derrière et arrache le rétroviseur droit. Leclerc continue pour un autre tour complet malgré son aileron endommagé.

C’est la direction de course qui a obligé la Scuderia à faire rentrer son pilote, ce qu’il fera à la fin du troisième tour.

Ferrari a fait preuve d’un laxisme affligeant, car pilotes et ingénieurs savent à quel point il peut être dangereux de rouler derrière une voiture qui perd des morceaux.

Et que dire de la direction de course qui aurait dû brandir le drapeau noir? La situation l’imposait pour obliger Leclerc à s’arrêter, comme il est stipulé dans l’article 22.11. Elle ne l'a pas fait.

Première entorse au règlement.

« Un pilote qui roule avec une voiture endommagée doit s’arrêter le plus rapidement possible, à un endroit qu’il juge sécuritaire », a rappelé la FIA.

Pour l'anecdote, le dernier drapeau noir brandi à un pilote, ça remonte au Grand Prix du Canada en 2007, et c'était à un pilote... de Ferrari.

Mais revenons à l'incident du Grand Prix du Japon. La photo donne une bonne idée de l’impact. La pièce est de grande taille et frappe le côté droit de la Mercedes-Benz.

La dérive de l'aileron de la Ferrari frappe la Mercedes-Benz.

Charles Leclerc devant Lewis Hamilton

Photo : RDS/TSN

Une dérive d’aileron, faite en fibre de carbone, qui s’envole a cette vitesse, devient un dangereux projectile, car le morceau devient tranchant comme une lame de rasoir.

Et le rétroviseur est à 30 cm du casque du pilote. Encore une fois, on a évité le pire. L'incident de Suzuka est la conséquence d'une négligence et aurait pu avoir de lourdes conséquences..

Gros plan de la pièce

Le rétroviseur de la F1 Mercedes-Benz

Photo : Mercedes-Benz

Le nouveau système de protection de la tête du pilote, appelé le Halo, ne protège pas de tout. Une petite pièce peut se faufiler et frapper le casque du pilote.

C’est la grande différence entre le Halo (de type tubulaire) et l’Aeroscreen (de type pare-brise) développé par l'équipede F1 Red Bull, que la série IndyCar a adopté.

Un technicien s'affaire sur la voiture.

L'équipe Penske teste l'Aeroscreen.

Photo : You Tube

Rappelez-vous de Romain Grosjean à Montréal cette saison qui, au départ du Grand Prix, a reçu un morceau d’aileron qui s'est coincé sur le Halo de sa Haas.

Le pilote français a dû le repousser du bras droit pour le faire tomber tout en négociant le virage Senna dans l’échappatoire.

Il repousse un morceau d'aileron.

Romain Grosjean au départ du Grand Prix du Canada dans le virage Senna

Photo : Twitter / Haas

L’incident du deuxième tour du Grand Prix du Japon entre Leclerc et Hamilton est curieusement passé inaperçu ou presque, malgré les commentaires de Lewis Hamilton à son ingénieur diffusés à la télévision.

La direction de course se ravise

Après réflexion, et surtout après la course, la direction de course a finalement sévi à l’endroit de Charles Leclerc et de Ferrari.

Pour son contact avec Max Verstappen, la FIA a imposé à Leclerc une pénalité de cinq secondes à purger à la fin de la course.

Pour la perte de son aileron, la FIA a ajouté à l'équipe une amende de 25 000 euros, soit 36 4000 $ CA, et à Leclerc une pénalité de 10 secondes à retrancher de son temps après la course.

Ce qui lui a fait perdre deux places. Arrivé 6e, il a glissé au 7e rang et a perdu deux points.

Le frottement avec la piste provoque des étincelles.

Charles Leclerc roule à Suzuka avec son aileron avant endommagé.

Photo : Getty Images / BEHROUZ MEHRI

La sanction était-elle adaptée au préjudice commis? Ferrari a les moyens de payer, mais elle n’a pas les moyens de perdre des points au classement.

Faute d'inattention ou favoritisme?

Ferrari s’en est très bien sortie, Leclerc n'a perdu que deux points, alors qu'il aurait pu en perdre huit.

La direction de course aurait allégé la sentence en lui imposant, pour l'incident du rétroviseur, 10 secondes de pénalité au lieu de 30 secondes, comme il est écrit dans le livre des règlements.

Une erreur que la presse spécialisée a relevée le lendemain de la course.

Rappelons que la sanction a été appliquée après la course : le Grand Prix a fini à 14 h 37 et la sanction est tombée à 18 h 5.

Or, voici ce que la direction de course a écrit, en anglais, dans son rapport :

« Decision : Ten second time penalty imposed after the race in accordance with article 38.3 d) of the FIA Formula One Sporting Regulations. »

L’article 38.3 d) stipule pourtant que si le pilote est sanctionné en cours de grand prix, la pénalité est de 10 secondes avec un passage aux puits obligatoire. Si la sanction est appliquée après la course, la pénalité passe à 30 secondes.

Le passage en bleu est celui qui concerne Charles Leclerc à Suzuka.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Article 38.3 du livre des règlements sportifs 2019 de la FIA (en anglais seulement).

Photo : FIA

La direction de course n'a pas suivi la directive du document officiel.

Deuxième entorse au règlement.

Pourquoi? Certains y voient du favoritisme pour Ferrari. Je laisse les gérants d’estrade se chicaner à ce sujet.

Ce qu’il faut souligner, c’est que si Charles Leclerc avait perdu 30 secondes au classement final du Grand Prix du Japon, il aurait glissé au 12e rang, hors du top 10 payant.

Plusieurs pilotes auraient alors gagné des points, soit Pierre Gasly (+2), Sergio Pérez (+2), Nico Hülkenberg (+1) et Lance Stroll (+1).

Il discute avec son ingénieur.

Lance Stroll sur la grille de départ du Grand Prix du Japon

Photo : Racing Point

Quand on sait que les points valent des millions de dollars, Racing Point, Renault et Toro Rosso seraient en droit de réclamer leurs points perdus. Pourtant, personne n'a protesté (à ce jour).

Ferrari s’en sort très bien, alors que la direction de course sort égratignée de cette errance réglementaire.

Toute cette affaire coûte cher aux équipes lésées, et aurait pu coûter encore plus cher à Mercedes-Benz et à Lewis Hamilton si la dérive en fibre de carbone avait frappé la Mercedes-Benz en plein centre du cockpit.

Une lame de rasoir, ça peut faire de gros dégâts.

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