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Patinage de vitesse : Gabriel Girard à la tête de l'équipe américaine de longue piste

Gabriel Girard

Gabriel Girard

Photo : US Speedskating

Michel Chabot

Gabriel Girard est devenu entraîneur-chef de l’équipe américaine de patinage de vitesse sur longue piste. Ce poste prestigieux, le Québécois de 34 ans ne l’a pas volé. Son expérience et ses compétences en faisaient un candidat de choix.

C’est tout de même un concours de circonstances qui ont fait en sorte qu’il a hérité de ces nouvelles responsabilités, après qu'il eut démissionné d’un emploi d’entraîneur avec la Chine au terme de la première année d’un contrat qui ne devait prendre fin qu’en 2022.

« Emery Lehman, le meilleur athlète américain de longue distance, qui avait pris une année sabbatique pour finir ses études, voulait faire un retour et il voulait le faire avec moi, raconte Girard. Il a déménagé à Calgary et on a travaillé ensemble tout l’été.

« Puis, à la fin juin, le coach dont j’ai éventuellement pris le poste, Tom Cushman, a démissionné. Les États-Unis ont affiché le poste et je n’étais pas au courant. Ils m’ont invité à appliquer. Et après quelques discussions, ils ont décidé de me donner le travail au début d’août. »

Comment un jeune homme de Portneuf a-t-il bien pu se retrouver à diriger la délégation de cette puissance mondiale? C’est son riche parcours qui, ultimement, aura fait la différence.

Ils sont sur la glace.

Gabriel Girard en compagnie de Patrick Beckert

Photo : Gabriel Girard

« En toute humilité, dit-il, c’est le fait que j’aie beaucoup d’expérience internationale, avec la superpuissance hollandaise notamment. J’ai été avec deux équipes professionnelles là-bas, les résultats que j’ai eus avec Patrick Beckert (3e du 10 000 m aux mondiaux de 2017) aussi, mais évidemment, c’est en raison de mes études universitaires spécialisées dans le domaine. »

Ils cherchaient quelqu’un qui sait enseigner. C’est peut-être plus rare dans le domaine. Il y a beaucoup d’anciens patineurs qui deviennent entraîneurs après une formation de quelques fins de semaine, mais ce n’est pas aussi poussé.

Gabriel Girard

Responsabilités accrues

À l’origine, on ne devait lui confier que les commandes du programme des longues distances, mais quand l’entraîneur du volet sprint Ryan Shimabukuro a été victime d’un infarctus, Girard a dû prendre les bouchées doubles.

« Il écrit le programme sprint, j’écris le programme longue distance, mais on s’échange un peu les athlètes, si on peut dire, explique l'ancien patineur du club de Donnacona. Mais à la veille de ma première journée en poste, Ryan a fait une crise cardiaque. Depuis, je me suis retrouvé avec les deux équipes. Mon patron a dû venir combler le trou laissé vacant, mais je me retrouve dans les faits comme seul entraîneur-chef même si ma responsabilité première est la longue distance et la poursuite par équipe. »

Girard est heureux d'avoir signé une entente qui le conduira jusqu'aux Jeux olympiques de 2022, avec une possibilité de prolongation subséquente. Il peut aussi se targuer d'être l'un des rares entraîneurs étrangers à diriger la formation américaine.

« Ils ont tenté l’expérience quelques fois et ç’a été très bref. J’espère être l’exception qui contredira la règle. Ça reste un milieu de haute performance très instable. Mais du moment que les résultats sont là, tout le monde est bien en selle. »

Sa philosophie d’entraînement et du sport a aussi joué un rôle dans son embauche par une organisation qui tente de retrouver de sa superbe.

Pour être parmi les meilleurs, il faut innover, pas juste suivre la vague. Et comme mon historique de médailles le démontre, mon désir de gagner a permis de sceller l’entente.

Gabriel Girard

Du pain sur la planche

Beaucoup de travail l'attend à Salt Lake City, site du centre national d'entraînement des États-Unis. Jadis l'une des plus fortes équipes, la délégation américaine tente de renouer avec son glorieux passé.

« C’est une équipe avec une histoire extrêmement riche, avec 88 médailles olympiques. Elle est deuxième derrière les Néerlandais. Mais depuis 2014, il y a eu une chute. Depuis quelques années ç’a remonté un peu plus chez les femmes avec Brittany Bowe qui est excessivement dominante. Chez les hommes, il y a beaucoup de relève. Comme chez les femmes, on a de bonnes perspectives dans la poursuite. »

Cela dit, Gabriel Girard n’est pas arrivé en Utah avec ses gros sabots afin de ne pas déboussoler ses athlètes dont la plupart sont très jeunes.

« Du côté des hommes, ce sont, comme on les appelle dans le milieu, des néo-seniors, en haut des juniors et en bas de 23 ans, précise-t-il. Il y a quand même Joey Mantia qui a gagné le titre mondial au départ groupé l’an dernier. Il a 33 ans, il est encore en très bonne forme. Mais à part lui, ce sont des talents à développer. »

On est encore loin des Erik Heiden et autres Shani Davis. Mais du côté féminin, Bowe fait partie de l’élite du patinage de vitesse. Et Girard apprécie grandement de pouvoir la côtoyer, comme il l’avait fait avec la grande Irene Wust il y a quelques années.

Tu vois à quel point ce sont des machines, mais qu’elles ont aussi une attitude de championne. J’ai presque envie de dire que ça ne s’apprend pas. Ça inspire beaucoup de travailler avec ces athlètes-là.

Gabriel Girard

Autre source de motivation, c’est à Salt Lake City qu’auront lieu les mondiaux par distances en février prochain. Pas le temps de chômer, donc, pour celui qui n’est pas revenu au Québec depuis 18 mois. La famille voyage pour venir le visiter, lui et sa femme Andrée-Anne, mais ce grand voyageur s’ennuie parfois de la province et des siens.

« Peut-être que Québec aura une Coupe du monde avant que je ne sois revenu et ça va me forcer à venir faire un tour », rêve-t-il tout haut.

N’empêche, pour l’instant, le mal du pays cède la place au défi qui le fait carburer intensément.

« Je suis très enthousiaste à cause de l’historique de victoires, mais aussi en raison des attentes. Ce n’est pas un pays qui va dire : "On n'a pas les athlètes qu’on veut, on va attendre." Ils ont toujours soif et sont toujours en quête de médailles. »

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