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Marie-Eve Dicaire au pays de Rocky Balboa

Elle fait un exercice avec une corde.

Marie-Eve Dicaire entre les murs du vétuste Fight Firm Boxing Gym

Photo : Courtoisie Stéphane Harnois

Jean-François Chabot

La championne du monde des super-mi-moyennes de l'IBF, Marie-Eve Dicaire, a déplacé son camp d’entraînement à Philadelphie. Une semaine passée hors de sa zone de confort.

C’est en voiture flanquée de son acolyte Stéphane Harnois que la boxeuse s’est rendue au cœur de Fishtown, un quartier populaire de la Ville de l’Amour fraternel qui borde le quartier chinois.

En précisant que l’endroit soit l’un des pires qu’il ait connu dans le monde de la boxe, Harnois se félicite en sachant que l’objectif de départ a été atteint à 100 %.

Le dépaysement est total. On est dans un quartier où je ne sortirais pas, le soir, après 8 heures. Même l’appartement que nous occupons offre tout juste ce qu’il faut pour dormir et manger. Ça nous ramène à une tout autre réalité où tout le monde ne vit pas dans le luxe.

Stéphane Harnois

« Je ne me sens pas trop dans mon élément, mais je pense que c’est parfait comme ça. Je possède beaucoup plus de moyens depuis que je suis championne du monde », a pour sa part indiqué Dicaire.

« J’ai une chambre hyperbare à la maison, on surveille mon sommeil et mon système nerveux au repos. J’ai accès à des thérapeutes. Ici, tout me rappelle à quel point mon sport est difficile et qu’une fois dans le ring, tout cela n’existe plus et que je suis laissée à moi-même et à ce que je connais », a-t-elle poursuivi.

Le deuxième étage est couvert de briques.

L'appartement qu'occupent Marie-Eve Dicaire et Stéphane Harnois au-dessus d'un petit commerce de Fishtown

Photo : Courtoisie Stéphane Harnois

Rien de chic

Même l’arrivée en auto illustre à quel point Dicaire s’est trouvée déstabilisée par le spectacle qui s’offrait à ses yeux.

Avec son entraîneur au volant, elle suivait le parcours sur l’application Waze. Réagissant à l’apparente désolation du lieu qu’elle traversait, elle a dit : « Ce n’est pas grave, on est encore à cinq minutes de notre destination. »

Sauf qu’une fois sur place, le décor n’avait pas vraiment changé.

« Notre appartement est sur un coin de rue, en haut d’un petit commerce. C’est de toute beauté. Quand on est rentrés à l’intérieur, elle a simplement dit qu’on était en mission », raconte Harnois, visiblement fier de son coup.

De son côté, Marie-Eve Dicaire a parlé de ces premiers moments où elle et son entraîneur sont allés marcher dans les rues de cet ancien quartier ouvrier.

Je me sentais un peu jugée. On nous faisait sentir qu’on n’était pas à notre place. Le lendemain, Stéphane a hésité à me laisser aller courir seule. C’était en plein après-midi. Étonnamment, cette fois les gens me saluaient et m’encourageaient. Les gens de Philadelphie sont fiers des boxeurs. La ville est mythique pour ce sport. J’ai dû croiser une dizaine de personnes qui m’applaudissaient en disant : "Let’s go Champ!"

Marie-Eve Dicaire
Le lit est défait et la fenêtre est couverte de serviettes en guise de rideaux.

La chambre de Marie-Eve durant son séjour à Philadelphie

Photo : Courtoisie Stéphane Harnois

Dans ce quartier où retentissent sans relâche sirènes et klaxons d’ambulances, de voitures de police et de camions de pompiers, Harnois y voit de réelles similitudes avec certaines des images du film Rocky.

D’ailleurs, aux petites heures du matin, une bagarre a éclaté sous les fenêtres de leur modeste appartement loué en formule Airbnb.

Dicaire souligne que dans les vitrines des commerces avoisinants on peut apercevoir des écriteaux où on lit l’offre suivante : « Nous réparons les fenêtres et nous tuons les punaises de lit. »

Moi qui suis dédaigneuse comme 50 et précieuse comme ça ne se peut pas, je me suis réveillée, cette nuit, à 4 heures, en me grattant et en pensant qu’il y avait des punaises dans mon lit à cause de ces affiches-là.

Marie-Eve Dicaire

Le gym des « durs »

Quant au gymnase, Dicaire et Harnois ont eu du mal à le repérer, même s’ils avaient bien noté l’adresse.

« Quand on s’y est présenté mardi matin, le Waze nous a dit qu’on était arrivés au Fight Firm Gym. Mais on ne trouvait pas l’endroit. Marie-Eve est sortie de la voiture. Il y avait une porte de garage fermée avec la mention : "Entrée des visiteurs". On entendait de la musique qui venait de l’intérieur. On a ouvert la porte et on a vu le gymnase », a raconté Harnois.

La première chose qui saute aux yeux est la vétusté de l’endroit.

« Tout est vieux et usé. Le ring est très vieux. Ça cadre avec tout ce qui nous entoure et tout ce que l’on ressentait depuis notre arrivée à Philadelphie. Mais nous avons été bien accueillis, notamment par Danny Davis, un des anciens entraîneurs de Bernard Hopkins qui s’y est installé. »

Harnois persiste et signe en décrivant le ring du comme l’un des pires qu’il a vu de sa vie.

Il est dans la pénombre.

Le ring du Fight Firm Gym qui a tellement marqué Marie-Eve Dicaire.

Photo : Courtoisie Stéphane Harnois

Sur le tapis du ring, tu lances un coup et ton pied glisse de deux pouces! Il n’est vraiment pas bien tendu. Il n’est pas tight. Ça fait que Marie-Eve n’a pas pu s’entraîner de la façon qu’elle l’aurait voulu. Je n’étais même pas sûr qu’on irait de l’avant avec le sparring tellement le ring m’apparaissait dangereux pour les chevilles, les genoux et blessures en tous genres, tant pour Marie-Ève que pour sa partenaire d’entraînement, l’Américaine Kali Reis.

Stéphane Harnois

C’est aussi ce que Dicaire a trouvé de plus déstabilisant au cœur de toute cette expérience.

« Tout est peu délabré, incluant le tapis du ring. Il est très glissant et il n’y a aucune adhérence. Et malgré tout, je dois affronter une fille qui s’est battue contre les meilleures. Kali Reis s’est battue contre Cecilia Braekhus, Christina Hammer et Hanna Gabriels. Je dois passer par-dessus ça et tirer mon épingle du jeu et montrer qui est la vraie championne. »

C’est ainsi que Dicaire a dû s’adapter en limitant ses déplacements. Elle a donc boxé de manière plus linéaire. Elle a ainsi pu s’habituer au tapis. Son entraîneur a même songé à dénicher un autre gymnase.

« Quand Marie-Eve est revenue dans le coin après le premier round, elle m’a dit que ça n’allait pas du tout. Mais on s’est ajustés. Elle a lentement retrouvé son aisance », a soutenu Harnois.

Elle prend la pose d'Usain Bolt.

Marie-Eve Dicaire devant la statue de Rocky Balboa à Philadelphie

Photo : Courtoisie - Marie-Eve Dicaire Facebook

Tout est sérieux...

Rappelant l’ambiance dure qui règne dans ce gymnase, Harnois a vu à quel point tout était motif à la compétition et à la bagarre dans cet environnement.

Ces gens-là sont toujours prêts pour la guerre. C’est un simple sparring et ça crie dans le gym. Pas question de se toucher les gants pour se serrer la main entre les rounds. J’entendais l’autre coin dire que Marie-Eve ne méritait pas d’être là. Je l’empêchais d’y aller à fond pour éviter une blessure sur ce tapis glissant. Mais au 8e et dernier round, je lui ai dit de se lâcher lousse. Le coin adverse a alors changé d’avis très vite.

Stéphane Harnois

Lors de la deuxième séance, jeudi, les neuf rounds de boxe face à Reis n’ont été séparés que par de courtes pauses de 30 secondes au lieu de la pleine minute habituelle.

« Même pour Stéphane, c’est tout un ajustement. On a l’habitude de lui laisser le temps de respirer et de récupérer, et là il y va de ses conseils, je respire un peu, et bing… la cloche sonne! Mais la chimie est tellement bonne entre Stéphane et moi qu’il n’a pas besoin d’élaborer longtemps pour que je comprenne ce qu’il veut », a expliqué Dicaire.

Une dernière séance en compagnie de Reis était prévue pour samedi. Au terme de cette semaine bien remplie, Dicaire en ramènera quelque chose qui lui servira encore longtemps.

En début de semaine, je boxais de manière craintive. J’étais peu sûre de mes moyens surtout en raison de l’état du tapis du ring. Puis, je me suis rappelé un acronyme du mot "fear" [peur en an anglais, NDLR]… F.E.A.R., c’est pour Face Everything And Rise [fait face à tout et élève-toi).

Marie-Eve Dicaire

« C’est normal d’avoir peur. Mais il faut prendre cette peur, la peur de glisser, la peur de ne pas être capable de rendre mon coup et la surmonter. C’est ce que j’ai fait aujourd’hui (jeudi). J’ai encore commis quelques erreurs, mais j’ai appris et je ne le referai plus. »

On voit les devantures des magasins.

Une rue commerciale du quartier Fishtown à Philadelphie

Photo : Courtoisie Stéphane Harnois

Même si elle avait la possibilité d’assister au combat d’unification des titres des mi-lourds de l'IBF et du WBC entre Artur Beterbiev et Oleksandr Govzdyk, Dicaire a choisi de privilégier le repos avant d’en découdre une dernière fois avec Reis.

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