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chronique

Hockey féminin : quelles leçons tirer des 10 premières années des Carabins?

Elle a les bras croisés derrière le banc.

Isabelle Leclaire, entraîneuse-chef des Carabins de l'Université de Montréal

Photo : Carabins de l'Université de Montréal / James Hajjar

Martin Leclerc

BILLET - Il y a 10 ans, l’Université de Montréal a lancé son programme de hockey féminin pour donner la chance aux meilleures hockeyeuses québécoises d’étudier en français et pour assurer la survie du hockey francophone de haut niveau. Mission accomplie! Maintenant, quelle sera la suite?

Les Carabins ont célébré leur 10e anniversaire vendredi soir au CEPSUM à leur premier match de la saison 2019-2020.

À cette occasion, l’Université de Montréal a retiré le numéro de son ex-capitaine Kim Deschênes, qui a inscrit le premier but de l’histoire de l’équipe en 2009. Originaire de Saint-Quentin au Nouveau-Brunswick, Deschênes a aussi eu le bonheur, quatre ans plus tard, de marquer le but assurant la conquête du premier Championnat canadien de l’histoire du programme.

« Nous avons fait cinq capsules soulignant les grands moments de l’histoire des Carabins et Kim Deschênes était pas mal toujours impliquée dans ces grands moments », raconte la directrice générale de l’équipe, Danièle Sauvageau.

C’est la première fois qu’on procède au retrait du numéro d’une hockeyeuse au Québec. C’est assez surprenant considérant la richesse de l’histoire du hockey féminin universitaire québécois. Juste à côté de l’UdeM, le programme des Martlets de McGill existe depuis 1896.

Elle sourit.

Kim Deschênes

Photo : Université de Montréal

En 128 matchs de saison et de séries éliminatoires, Kim Deschênes a inscrit 79 buts et 78 aides. Elle a remporté deux médailles d’or sous les couleurs canadiennes aux Universiades et elle s’est jointe aux Stars de Montréal (qui sont ensuite devenues les Canadiennes) après sa carrière universitaire.

« Ce que nous retenons de Kim, c’est qu’elle nous a fait confiance. C’était sans doute un peu intimidant pour elle de quitter une petite communauté comme celle de Saint-Quentin pour venir s’installer à Montréal afin de faire partie d’un programme naissant qui n’avait pas encore fait ses preuves. Or, elle a rapidement incarné ce que nous voulions voir devenir l’ADN des Carabins. Elle a totalement adhéré au programme et elle constamment démontré un désir de s’améliorer dans toutes les facettes de sa vie d’étudiante-athlète », explique Sauvageau.

***

Revenons un peu à l’histoire des Carabins.

Pour mettre sur pied son équipe de hockey féminin, le premier geste de la directrice des programmes d’excellence de l’UdeM, Manon Simard, avait été d’embaucher Danièle Sauvageau à titre de directrice générale. Et Sauvageau avait ensuite procédé au recrutement de l’entraîneuse-chef Isabelle Leclaire.

Ce trio est toujours en place aujourd’hui. Et la structure qu’elles ont développée a produit quatre titres provinciaux, huit participations au Championnat canadien et six podiums (deux titres nationaux, deux médailles d’argent et deux médailles de bronze).

« Quand nous avons lancé notre programme, nous voulions qu’il devienne compétitif le plus rapidement possible. Et nous considérions comme une chance de jouer au sein de la même conférence que McGill, qui était à ce moment la référence en hockey universitaire féminin au Canada. En affrontant les meilleures, nous avons tout de suite su où la barre se situait », raconte Danièle Sauvageau.

En 2012, à leur troisième saison d’existence, les Carabins se sont qualifiés pour la finale nationale tandis que McGill avait fait preuve de malchance en début de tournoi. N’empêche, les joueuses de McGill témoignaient de leur appréciation en tapant dans les baies vitrées quand les Carabins ont réussi cette première percée.

Au-delà des rivalités qui les opposent, tous les intervenants du hockey universitaire féminin québécois (Montréal, McGill et Concordia) sont fiers de faire partie de la plus puissante association au Canada. On dénombre pas moins de 35 programmes universitaires féminins au pays et, au cours des 12 dernières années, les trois universités montréalaises ont remporté 5 titres et ont accaparé près de la moitié des places (15) sur le podium.

Des joueuses avec le trophée et une bannière

Des joueuses des Carabins lors de la conquête du championnat de 2013.

Photo : USPORTS

La saison prochaine, l’Université Bishop’s se joindra à son tour au RSEQ, ce qui portera à six le nombre d’équipe au sein de cette association qui regroupe aussi Ottawa et Carleton.

***

En 10 ans, l’UdeM est parvenue à créer et à développer un programme de premier plan au sein duquel rien n’est laissé au hasard. Vestiaire époustouflant, entraîneuses compétentes, soutien médical, psychologie sportive, préparation physique et mentale, statistiques avancées... tout y est.

Et ce programme, offert dans l’une des 140 meilleures universités de la planète (selon le site topuniversities.com), fait partie d’une association très compétitive qui favorise le développement des athlètes.

Toutes les hockeyeuses au pays devraient donc rêver de porter les couleurs d’une équipe du RSEQ.

Ce n’est pourtant pas le cas. La compétition des universités américaines est très forte. À titre d’exemple, lors des Jeux de Pyeongchang, seulement une membre de l’équipe du Canada était issue d’une université canadienne : Mélodie Daoust qui portait alors les couleurs de McGill et qui est maintenant entraîneuse adjointe pour les Carabins. Toutes les autres membres de l’équipe nationale avaient poursuivi leur développement au sein d’une université américaine!

Pour la petite histoire, c’est Daoust qui a été proclamée joueuse par excellence du tournoi olympique...

Ce fort vent qui souffle depuis 20 ans vers les États-Unis est toutefois en train de changer de direction, croit Danièle Sauvageau.

D’abord, la structure de hockey féminin est encore très incomplète. Quand les joueuses terminent leur hockey universitaire, elles n’ont à peu près pas d’endroits où continuer à jouer pour poursuivre leur développement. Une ligue professionnelle féminine reverra éventuellement le jour, mais elle comptera peu d’équipes et les places y seront extrêmement limitées.

En ce sens, le hockey féminin est vraiment mal positionné. C’est comme si, du côté masculin, les joueurs qui terminent leur stage junior n’avaient que la LNH comme porte de sortie. Dans ces conditions, énormément de joueurs seraient contraints à l’abandon ou aux ligues de garage bien avant d’avoir atteint leur plein potentiel.

Elle est en action sur la glace.

La hockeyeuse Jessica Cormier

Photo : Courtoisie : Jessica Cormier / James Hajjar

« Cette situation fait en sorte que de plus en plus de joueuses qui avaient opté pour les États-Unis reviennent au Québec avant la fin de leurs études parce qu’elles peuvent y prolonger leur carrière athlétique d’une année. Et même plus! Une joueuse qui décide de cheminer au hockey collégial québécois (3 ans) et dans une université canadienne (5 ans) peut jouer trois années de plus en restant au Québec qu’en partant pour les États-Unis. C’est beaucoup », explique Sauvageau.

« Certains parents associent la notion d’excellence au montant de la bourse accordée à leur enfant. Mais ils n’obtiennent en réalité rien de plus qu’ici parce que le gouvernement subventionne les études. Quand on jette un regard sur la qualité de l’encadrement offert et sur la qualité du diplôme obtenu, c’est difficile pour une université d’égaler notre offre à moins qu’elle fasse partie de l’Ivy League (le groupe de huit universités privées qui comprend notamment Cornell, Brown, Harvard, Princeton et Yale) », précise Manon Simard.

Dans ce contexte, Hockey Canada s’est considérablement tiré dans le pied au cours des dernières décennies en conseillant aux joueuses canadiennes de poursuivre leur développement aux États-Unis.

« Ce vent-là aussi est en train de tourner. Les recruteurs du programme national canadien sont beaucoup plus présents dans les arénas des universités canadiennes. Quand tes recruteurs vont surtout aux États-Unis, ça lance aux jeunes le message qu’elles doivent aller jouer là-bas. Mais la nouvelle DG du programme féminin canadien, Gina Kingsbury, est bien au fait de ces enjeux et je suis confiante que la situation continuera de s’améliorer », soutient Danièle Sauvageau.

***

Les 10 premières années des Carabins ont été marquées par une ascension à la vitesse grand V et par de nombreux coups d’éclat sur la patinoire.

Lorsqu’on discute avec les dirigeantes de ce programme de hockey, leur désir de perpétuer et de parfaire cette culture d’excellence ne fait aucun doute. Mais on sent aussi un vif désir d’assister et de participer à une nette amélioration des structures du hockey féminin, tant sur le plan national que provincial.

« Dix ans, c’est encore petit. Il est encore trop tôt pour voir ou pour déterminer quelle est notre empreinte dans l’écosystème.

« Nous voulions au départ éviter la disparition du hockey en français et c’est en réutilisant des talents comme ceux de Danièle Sauvageau et France St-Louis que nous avons pu investir dans ce projet. Maintenant, on voit que les jeunes hockeyeuses nous regardent, qu’il y a de plus en plus d’intérêt et que le niveau de jeu s’améliore sans cesse. Dans dix ans, on pourra peut-être essayer de voir ce que sera notre legs », estime Manon Simard.

Au train où vont les choses, il risque d’être assez impressionnant.

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