•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les récents records au marathon sont-ils technologiquement dopés?

Un coureur souriant tient dans ses mains des espadrilles de course

Eliud Kipchoge a fracassé la barre des 2 heures avec des Nike ZoomX Vaporfly NEXT%

Photo : Nike

Alexandre Coupal

Le week-end dernier a été magique dans le monde du marathon. Brigid Kosgei a abaissé de plus d’une minute le record féminin qui datait de 16 ans, à peine 24 heures après qu'Eliud Kipchoge eut ébloui la planète entière en fracassant la barre des 2 heures. Mais dans le concert d’éloges, on a pu distinguer quelques grincements.

Depuis 2017, la chaussure ZoomX Vaporfly NEXT%, et ses versions précédentes, de l’équipementier Nike, font jaser. Il s’agit de la fine fleur en matière d’avancée technologique pour une espadrille de marathon. Ces caractéristiques procurent des avantages qui peuvent améliorer jusqu'à 5 % les performances de ses utilisateurs, selon la compagnie américaine.

Cependant, elle ne fait pas l’unanimité, comme en témoigne une plainte déposée par un groupe d'athlètes d'élite auprès de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), selon le Times de Londres. Bien sûr, nos deux héros du week-end les avaient aux pieds, dans une version prototype plus avancée (alphaFLY) dans le cas de Kipchoge.

La semelle de la ZoomX Vaporfly NEXT% est composée d'une plaque de carbone entre deux couches de mousse, ce qui permettrait une meilleure économie de course. La chaussure est optimisée pour réduire les pertes d’énergie en ce qui concerne les impacts au sol, et maximiser le retour d’énergie dans la foulée.

« Quand on compte le nombre de pas que l’on fait sur un marathon, un retour d’énergie qui est amélioré de même quelques millièmes de pourcentage, ça fait vraiment une différence », explique Anne-Laure Ménard, post-doctorante en biomécanique à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique à l’Université de Montréal.

Pour chaque impact au sol, il y a un meilleur rebond, c’est un peu le même effet qu’un ressort.

Anne-Laure Ménard, experte en biomécanique
Il célèbre son exploit en levant les bras.

Eliud Kipchoge, premier homme à courir le marathon en moins de 2 heures.

Photo : Getty Images / ALEX HALADA

Le règlement de l’IAAF va comme suit. Les athlètes peuvent compétitionner pieds nus, ou porter une chaussure sur un pied ou sur les deux. La fonction de la chaussure est d’assurer une protection et de la stabilité aux pieds, et une adhérence adéquate au sol. Ces chaussures ne doivent pas être conçues de manière à donner une aide ou un avantage aux athlètes.

Selon Jonathan Tremblay, professeur en physiologie de l’exercice à l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique à l’Université de Montréal, le bénéfice d’utiliser cette chaussure pour Eliud Kipchoge n’a pas été majeur.

« On avait déjà prédit avec les modèles mathématiques que la performance optimale, maximale, d’un athlète au marathon pouvait être autour de 1 h 57 min, 1 h 58 min », explique-t-il.

Elles sont vertes.

Photo d'une espadrille Nike ZoomX Vaporfly NEXT% prise lors du marathon de Londres en 2019.

Photo : Getty Images / Joe Maher

Tracer la ligne

Joint par Radio-Canada Sports, la Fédération internationale d’athlétisme a reconnu la pertinence du débat. Elle convient que certaines formes de technologie peuvent avantager les marathoniens et les marathoniennes. Elle se penchera bientôt, dans un comité composé de deux anciens athlètes et d’experts en science, en biomécanique, en éthique, en équipement sportif et en droit, sur le point d’équilibre entre le soutien au développement technologique et l’intégrité du sport.

« Si on mettait des ressorts dans une chaussure, est-ce qu’on pourrait l’utiliser, si on se rend compte qu’elle améliore les performances de genre 10 %? C’est là où ça nous prend une réglementation assez claire, et qui s’applique à tout le monde », dit Anne-Laure Ménard.

Il n’y a aucune source d’énergie qui vient de là. On ne donne pas d’énergie au coureur. On ne fait que lui restituer une partie de l’énergie qui était perdue.

Jonathan Tremblay, professeur en physiologie de l'exercice

Et pour tous les autres coureurs

La ZoomX Vaporfly NEXT% est bien connue dans le milieu de la course et plusieurs l’ont adoptée. En plus d’être une experte en biomécanique, Anne-Laure Ménard est aussi une coureuse de calibre provincial, et elle a constaté l’effet d’attraction de l'équipement auprès des adeptes du marathon. Elle ne croit pas que la chaussure sera bannie, du moins pas à court terme. Selon elle, la clé réside dans l’accessibilité.

D’ailleurs, d’autres équipementiers offrent aussi une espadrille munie d’une plaque de carbone. Et le progrès est une chose bien embêtante à arrêter.

La chaussure que l’on portera dans 10 ans sera bien meilleure que celle qu’on porte aujourd’hui.

Anne-Laure Ménard, experte en biomécanique

Reste un réel point susceptible d'insurrection. Le prix prohibitif de la chaussure qui s’écoule, lorsque disponible, pour une somme avoisinant les 330 $. Une situation qui, si elle reste inchangée, pourrait s’avérer un obstacle à l’accessibilité.

Des éléments fondamentaux à considérer pour l’IAAF lorsqu’elle statuera sur la question.

Marathon

Sports