•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un reportage sur des athlètes hyperandrogènes mutilées suscite l'indignation

Sebastian Coe, président de la fédération internationale d'athlétisme (IAAF), regarde par dessus ses lunettes de lecture.

Sebastian Coe, président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF)

Photo : Getty Images / FABRICE COFFRINI

Robert Frosi

Il y a quelques jours, la chaîne de télévision allemande ARD diffusait un reportage-choc sur des athlètes hyperandrogènes qui auraient subi des mutilations sexuelles pour se conformer aux règlements de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) et participer aux compétitions. Vingt-cinq champions olympiques et du monde ont dénoncé cette situation en cosignant une lettre ouverte. Explications.

Stupeur, consternation, indignation… Ce sont les sentiments de ces 25 athlètes qui demandent des comptes à la Fédération internationale d'athlétisme et au président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach. En visionnant le reportage d’ARD, ils ont découvert que certains athlètes hyperandrogènes auraient vécu l'horreur. Parmi les signataires de la lettre ouverte, il y a la double championne du monde de taekwondo, la Française Gwladys Épangue.

« Dans ce reportage, on nous raconte que des femmes auraient été mutilées. Des femmes à qui on aurait enlevé des glandes pour faire baisser le taux de testostérone pour qu’elles puissent courir. Donc ça, c’est vraiment quelque chose qui m’a interpellée. Par la suite, on apprend que ces personnes-là développent d’autres difficultés, d’autres maladies. Qu’il y a des effets secondaires qui sont terribles. Moi, ça m’a gênée, interpellée, choquée de voir où on pouvait en arriver dans le sport de haut niveau », a-t-elle confié à Radio-Canada Sports.

On veut vraiment interpeller toutes les autorités à faire le point, à faire la lumière, car nous voulons vraiment savoir ce qui s’est passé. On veut comprendre pourquoi ces athlètes dénoncent cette situation, car c’est vraiment insoutenable à tous les points de vue. Toucher à l’intégrité physique et morale d’un athlète est pour nous insoutenable. Nous, on veut que les athlètes soient protégés par les médecins, leur fédération, leur ministère, leur comité national olympique. C’est pour cela que nous voulons que toute la lumière soit faite sur tout cela.

Gwladys Épangue, double championne du monde de taekwondo
Une athlète salue la foule après son combat.

Gwladys Epangue aux Championnats européens à Baku en 2015

Photo : Getty Images / Matthias Hangst

« L'IAAF n'a jamais forcé un athlète visé par ses règlements à subir une intervention chirurgicale ni payé pour aucun de ses traitements, a réagi par communiqué l’IAAF à cette lettre ouverte. Dans certains cas, elle a couvert les frais d'examen médical et de diagnostic de l'athlète par un centre médical indépendant afin que ce dernier soit pleinement au courant de sa situation. »

Dans le reportage d’ARD, on cible le Dr Bermon, le docteur officiel de l'IAAF. C'est lui qui est l'auteur d'une étude sur les athlètes hyperandrogènes qui concluait que les hauts niveaux de testostérone produits naturellement par certaines athlètes leur donnent un avantage important dans certaines épreuves. L'une des athlètes qui se confient dans le reportage allemand est une Ougandaise que la Fédération internationale a vivement dénoncée.

« À propos de l'athlète ougandaise Annet Negesa [une spécialiste du demi-fond, NDLR], interviewée dans le documentaire de la chaîne ARD, l'IAAF rejette fermement toute affirmation selon laquelle l'IAAF ou le Dr Bermon aurait été impliqué dans son traitement ou lui en aurait recommandé un », écrit-elle.

Il faut savoir que lors de son congrès à Doha, l’IAAF a renforcé ses exigences envers les athlètes hyperandrogènes pour les obliger à baisser leur taux de testostérone de manière importante. Gwladys Épangue est outrée de savoir que de telles expériences se sont passées en France.

« Il semblerait que certaines interventions chirurgicales aient eu lieu sur le territoire français. Et ça, c’est vraiment quelque chose d’inacceptable, regrette-t-elle. C’est pour cela qu’on dénonce ces pratiques et que nous voulons des réponses aux questions qu’on se pose sur ce sujet. »

La ministre française des Sports, l’ancienne championne du monde de natation Roxana Maracineanu, a réagi sur les ondes de France Info et demande l’ouverture d’une enquête.

« Je ne comprends pas d’un point de vue de sportive pourquoi dans des catégories d’hommes, comme Usain Bolt, Michael Phelps, Ian Thorpe et d’autres, des athlètes ont la possibilité de dominer leur catégorie, de la dominer fortement durant des années et pourquoi dans des catégories féminines, des femmes n’ont pas le droit de dominer? Quand on a une fédération internationale qui, pour justifier cette règle, dit que c’est pour protéger la catégorie féminine… Mais de quoi je me mêle », a-t-elle lancé.

Voilà, on a des catégories, on a des concours où les femmes sont plus fortes que les femmes. On a des hommes qui concourent et qui sont plus forts que les autres hommes. C’est le principe du sport. Et que le meilleur gagne. Aujourd’hui, il nous faut mettre à jour toutes nos données, qu’on puisse ouvrir une enquête pour voir ce qu’il en est et quelle est la responsabilité des médecins français dans cette affaire.

Roxana Maracineanu, ministre française des Sports

Athlétisme

Sports