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chronique

Donald Brashear, Tim Hortons et le difficile art de se relever

Il tient son bâton à deux mains

Donald Brashear

Photo : Getty Images / Abelimages

Martin Leclerc

BILLET - La liste d’anciens joueurs (souvent d’anciens bagarreurs) de la LNH qui connaissent de graves ennuis personnels après leur carrière est longue comme le bras. Sachant cela, que faut-il penser de l’ex-joueur du Canadien Donald Brashear qui travaille désormais dans un restaurant Tim Hortons de la région de Québec?

Au cours des dernières années, l’actualité a constamment été marquée par des problèmes de dépendance aux drogues, d’alcoolisme, de criminalité, de dépression, de faillites et de morts prématurées d’anciens durs de la LNH.

Durant l’été 2011, en l’espace de quelques semaines, Derek Boogard, Wade Belak et Rick Rypien ont tour à tour été retrouvés sans vie. Le premier est mort d’une surdose accidentelle d’alcool et d’opioïdes, tandis que les deux autres, dépressifs, se sont enlevé la vie.

L’été précédent, l’ex-bagarreur des Red Wings de Détroit Bob Probert est décédé d’un malaise cardiaque à l’âge de 45 ans. Longtemps aux prises avec un problème de cocaïne durant sa carrière, Probert avait à sa retraite développé une dépendance aux opioïdes.

Patrick Côté, un dur qui a disputé près d’une centaine de matchs dans la LNH avec Nashville, Edmonton et Dallas à la fin des années 1990 et au début des années 2000, a tour à tour été emprisonné pour trafic de stupéfiants en 2002 et pour avoir braqué des banques en 2014. Le printemps dernier, Côté était admissible à une libération conditionnelle, mais il a menacé de commettre d’autres méfaits afin de pouvoir demeurer en prison.

Bref, il ne sert à rien d’énumérer la liste complète de ces désolantes et tragiques histoires. Tout le monde comprend qu’un fort pourcentage de joueurs qui ont occupé le rôle ingrat de bagarreur ont vécu une profonde détresse.

***

Jusqu’à tout récemment, l’histoire de Donald Brashear, qui a passé 16 saisons à défendre ses coéquipiers dans la LNH, s’inscrivait en plein dans cette tendance. Au fil des ans, il avait eu divers démêlés avec la justice.

En 2011, une bagarre dans le stationnement d’un aréna après un match de la Ligue nord-américaine lui a valu un an de probation pour voies de fait et 6000 $ d’amende. En 2018, son entreprise de gestion immobilière a fait faillite et il a été condamné à verser 200 000 $ en hypothèques impayées. Et le 5 juin dernier, l’ancien porte-couleurs du Canadien, des Canucks, des Flyers, des Capitals et des Rangers a été arrêté pour méfait et possession de drogue.

Mercredi, toutefois, nouveau rebondissement : Brashear fait la manchette parce qu’il travaille dans un Tim Hortons de Québec appartenant à son ancien coéquipier Pierre Sévigny.

Et, malheureusement, la trame narrative véhiculée dans les médias tourne autour du fait que Brashear ait encaissé plus de 15 millions en salaire dans la LNH et qu’il occupe désormais un emploi de petit salarié dans un café.

Ils s'échangent des coups de poing.

Donald Brashear et George Parros en novembre 2008

Photo : Getty Images / Christian Petersen

Notre premier réflexe ne devrait-il pas consister à admirer le fait qu’un homme, qui se retrouve au plancher, décide de se relever les manches et de recommencer au bas de l’échelle pour retrouver sa dignité et une place dans la société?

En prenant connaissance de cette histoire, j’ai aussi eu une bonne pensée pour Pierre Sévigny, qui a tendu la main à un ex-coéquipier pour l’aider à s’en sortir.

« Donald et moi jouons ensemble au hockey deux fois par semaine. Je lui ai offert cet emploi il y a environ deux semaines. Il fallait faire quelque chose pour changer sa routine et aussi, peut-être, pour lui permettre de fréquenter d’autres gens. Je trouve que ça prend beaucoup d’humilité pour faire ce qu’il fait », m’a raconté Sévigny mardi après-midi.

« Il est posté à une fenêtre et il remet aux clients les produits qu’ils ont commandés au service à l’auto. Il échange avec les clients et il fait très bien ça », a ajouté Sévigny.

Brashear travaille de 5 h 30 à 13 h les lundis, mercredis et vendredis. Les mardis et jeudis, son quart de travail prend fin à 10 h parce que Sévigny tenait à ce qu’il puisse continuer à jouer au hockey avec ses amis.

Éventuellement, lorsqu’il se sentira assez solide, Brashear racontera ce qu’il a vécu, croit Sévigny.

***

Heureusement, toutes les histoires d’anciens joueurs qui se retrouvent aux prises avec de graves difficultés personnelles ne se terminent pas mal.

En 2009, l’ex-bagarreur du Canadien Chris Nilan a été arrêté alors qu’il volait des vêtements dans un magasin. Après une carrière de 13 saisons dans la LNH et une brève carrière d’entraîneur, il était devenu dépendant à l’héroïne et aux antidouleurs.

Avec de l’aide, il s’est repris en main et anime désormais une émission fort populaire sur les ondes d’une radio sportive anglophone de Montréal.

Brian McGrattan a éprouvé de sérieux problèmes d’alcool durant sa carrière. Il est désormais à l’emploi de son ancienne organisation, les Flames de Calgary. Les Flames ont innové dans la LNH en créant leur propre département d’aide aux joueurs, et ils en ont confié la responsabilité à McGrattan.

Complètement ruiné dès l’année de sa retraite, Bryan Trottier, un membre du Temple de la renommée, a traversé une période noire de quatre ans durant laquelle il a sérieusement songé à s’enlever la vie. Il s’en est sorti et a ensuite connu une carrière d’entraîneur d’une dizaine d’années dans la LNH. Le mois dernier, Trottier chantait au mariage de sa fille.

Lorsqu’on se retrouve dans les bas-fonds et qu’on décide de se reconstruire, on ne peut le faire qu’avec de l’aide et seulement une brique à la fois. Avec courage et humilité, c’est dans cette voie que semble s’être engagé Donald Brashear.

Pour cela, plus que jamais, il mérite certainement d’être encouragé.

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