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Laurie Blouin et Alex Beaulieu-Marchand passent du podium à l'écran

Ils prennent la pose avec le drapeau canadien.

Laurie Blouin et Alex Beaulieu-Marchand ont tous deux remporté des médailles olympiques à Pyeongchang, en 2018.

Photo : La Presse canadienne

Olivier Tremblay

Parce qu’il n’y a pas que la compétition dans la vie, la planchiste Laurie Blouin et le skieur acrobatique Alex Beaulieu-Marchand s’en vont au cinéma cette semaine. Pas comme spectateurs, mais comme artisans.

Plus d’une cinquantaine de projets prendront l’affiche du festival iF3 de films de ski et de planche à neige, de jeudi à samedi, à Montréal. Si les succès de Blouin et de Beaulieu-Marchand aux X Games occupent une place de choix dans les courts métrages qu’ils présenteront, beaucoup d’images sortent cependant du cadre de la compétition.

Uprise, le film qu’a produit Blouin avec son copain, le skieur Jean-François Houle, comprend un peu de tout : pas de Shania Twain, hélas, mais des compétitions, des images en parc à neige, de la poudreuse et une portion urbaine « à laquelle les gens ne s’attendent peut-être pas nécessairement », avance-t-elle.

Beaulieu-Marchand a intitulé son film Avenue. Le milieu urbain occupe donc une place prépondérante dans le montage final signé Raphaël Desharnais, avec les images d’Antoine Caron.

« J’ai grandi dans le milieu urbain de la ville de Québec, rappelle Beaulieu-Marchand. J’ai fait plus de ski urbain que de compétition. On voit mon chemin pour en arriver à faire les X Games Real Ski. »

Les X Games Real Ski, c’est un concours de très courts métrages associé à la célèbre classique de sports extrêmes. Six athlètes présentent une vidéo de 90 secondes dans laquelle ils réalisent leurs meilleures figures en milieu urbain. À la fin, Phil Casabon gagne – le Québécois est double champion en titre.

Dans le concours de 2019, Beaulieu-Marchand a remporté le bronze. Il s’est servi des images exclues du sprint cinématographie qu’il a offert au jury pour concocter un plus long film. Avec toute l’honnêteté intellectuelle que cela exige.

« Il y a tellement de fois que je me pète la gueule, reconnaît-il en riant. Mais on voit à quel point je travaille fort pour avoir ces images-là et comment on est content, comme groupe, chaque fois qu’une image est réussie. On montre les débarques, les blessures et la façon dont j’ai surmonté ça. »

Pendant des jours, j’ai essayé de faire une rampe d’escalier que Charles Gagnier avait déjà faite dans le temps. Je pense que j’ai monté 350 fois l’escalier de 200 marches. Je n’ai jamais vraiment réussi à l’avoir parfaitement.

Les prouesses de Blouin dans le septième art ont aussi été récompensées, il y a quelques jours à peine, au festival High Five d’Annecy, en France. Elle y a remporté le volet féminin de la compétition avec Uprise, qu’elle ne pourra malheureusement pas présenter en personne à Montréal puisqu’elle sera retenue en Europe.

Premier festival, premier prix. Un rendement honorable pour un projet né un peu par accident.

« Au début, je voulais faire un classique montage vidéo de ma saison et mettre ça sur les Internet, explique la championne du monde et vice-championne olympique de slopestyle. Mais mon copain m’a quand même suivi une grosse partie de l’année pour me filmer. Donc, à la fin de l’année, on a réalisé que, crime, on peut faire quelque chose de beau avec toutes les images qu’on a. Donc, on a décidé de faire un projet, et je suis vraiment contente de ce que ç’a donné pour le peu de temps que j’ai eu pour filmer entre les compétitions. »

Poursuivre sur leur lancée

La saison des deux athlètes est déjà bien amorcée. Ils ont participé le 31 août dernier au grand saut des X Games d’Oslo, en Norvège, où Beaulieu-Marchand a remporté le bronze et Blouin a raté le podium par moins de quatre points.

Blouin l’a reconnu par le passé : les X Games représentent un peu son Saint-Graal – un Saint-Graal sur invitation. Avec ses résultats, la Québécoise de 23 ans a souvent pu s'attendre à ce qu’on lui accorde une place. Elle a été championne du monde et médaillée olympique avant de finalement faire ses débuts aux X Games d’Aspen en janvier.

Comme une mise en garde, elle s’est permis de gagner le grand saut. La planchiste espère que le message est passé auprès des organisateurs.

« C’était vraiment un sentiment de libération, de leur prouver qu’ils ne m’ont pas invitée pour rien et que je suis capable comme n’importe quelle autre fille qui est invitée là, souligne-t-elle. J’ai ma place là […]Je ne peux pas dire que c’est sûr que je serai encore invitée, mais j’ai de bonnes chances. On ne sait jamais, mais j’ai de bonnes chances. »

À 25 ans, Beaulieu-Marchand espère que cette saison sera la bonne aux X Games. Il en a assez des 2e et 3e marches du podium. Il a terminé une « saison de rêve » en gagnant sa première compétition au niveau professionnel en avril, au grand saut de Whistler, en Colombie-Britannique, et il tient à continuer sur sa lancée. Intelligemment.

« Si je sens que ce n’est pas ma journée, je veux être capable d’avoir le recul pour me dire que je n’y vais pas, précise-t-il. Mais quand j’y vais, j’y vais à 100 %. L’année dernière, je n’ai pas fait le slopestyle aux Championnats du monde. Il y avait eu une tempête de neige, les conditions étaient exécrables. J’étais content de ma décision. Ça ne valait pas la peine de me blesser, même si c’étaient les Championnats du monde. »

Le skieur de Québec n’est d’ailleurs pas sorti indemne du tournage d’Avenue. Les cinéphiles pourront voir Beaulieu-Marchand subir une batterie de tests après un choc à la tête, des images qu’il a tenu à inclure au montage final pour montrer qu’il est important, en cas de commotion cérébrale, d’arrêter son sport et de prendre toutes les mesures qui s’imposent.

Heureusement, toutes les chutes n’ont pas ce genre de conséquences.

« Une fois, j’ai fait un saut d’une vingtaine de pieds vers une rampe, et je suis tombé les fesses directement dessus, raconte-t-il. Il y avait une brûlure à travers mes pantalons de ski. On voit cette débarque-là, c’est assez drôle. Tu me vois courir en me tenant les fesses et en criant. Je montre les blessures de guerre. »

Voilà une cassure nette avec le strict cadre de la compétition, un changement qu’« ABM » juge bienvenu et qui explique partiellement, selon lui, l’existence d’une culture cinématographique si particulière dans le milieu des sports extrêmes.

« Avant, il n’y avait pas de médias sociaux. Et chaque année, j’attendais les films qui sortaient, je voulais acheter les films de mes idoles pour voir leur segment, se souvient-il. Je regardais ça religieusement quand j’étais jeune. J’essaie de continuer cette culture-là. Maintenant, avec les médias sociaux, ce serait facile de sortir des images chaque jour, mais je pense que ç’a un impact plus grand quand tu arrives avec un projet.

« En compétition, on a beaucoup de lignes directrices à suivre, poursuit-il. Tu ne choisis pas les modules, tu dois faire plaisir aux juges. Tu ne peux pas tout à fait montrer ton style. Tu dois mettre de l’eau dans ton vin, être moins créatif, tourner plus vite, faire plus de sauts périlleux. Ça nous permet d’exprimer notre art, parce que notre sport, oui, c’est un sport compétitif, mais il y a aussi un côté artistique incroyable. »

Ski acrobatique

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