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chronique

Combien d’autres Tyler Skaggs y a-t-il dans le baseball majeur?

Il tient la balle dans sa main gauche.

Tyler Skaggs

Photo : Getty Images / Jayne Kamin-Oncea

Martin Leclerc

BILLET - Le réseau américain ESPN a lancé une véritable bombe ces derniers jours en révélant que le lanceur des Angels de Los Angeles Tyler Skaggs, décédé d’une surdose d’opioïdes en juillet dernier, était approvisionné en drogues par un employé de l’équipe.

Skaggs, 27 ans, avait été retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel au Texas le 1er juillet dernier. Il s’était étouffé dans ses vomissures après avoir consommé de l’oxycodone, du fentanyl et de l’alcool, avait révélé le rapport d’autopsie quelques semaines plus tard.

Après avoir pris connaissance des conclusions des médecins légistes, la famille de Skaggs avait publié un communiqué dans lequel elle révélait que, selon des informations obtenues auprès de la police, un employé des Angels était soupçonné de lui avoir procuré des opioïdes.

Cette information est maintenant confirmée. L’employé en question est le directeur des communications des Angels, Eric Kay. Ce dernier est à l’emploi de cette organisation depuis 27 ans. Kay est lui-même passé aux aveux lorsqu’interrogé par des enquêteurs de l’Agence antidrogue américaine.

Kay, qui a aussi développé un problème de dépendance aux opioïdes au fil des ans, a expliqué qu’il se procurait de l’oxycodone au nom de Skaggs qui assumait le coût des transactions et, qu’en retour, il permettait à Kay d’en consommer.

Le directeur des communications des Angels a indiqué avoir remis trois comprimés d’oxycodone à Skaggs la veille ou l’avant-veille de sa mort. Kay a aussi affirmé avoir été présent dans la chambre d’hôtel du lanceur quelques heures avant son décès et l'avoir vu renifler trois lignes de comprimés qu'il avait lui-même écrasés.

Selon Eric Kay, les comprimés consommés par Skaggs lors de cette soirée fatidique n’étaient pas les mêmes que ceux qu’il lui avait fournis la veille. Parce que selon lui, Skaggs avait l’habitude de consommer ses opioïdes dès qu’il en prenait possession.

***

Incroyablement, cette relation toxique entre Tyler Skaggs et Eric Kay révèle un contexte encore plus noir et choquant.

Le directeur de communications des Angels a aussi révélé aux enquêteurs les noms de cinq autres joueurs ou ex-joueurs des Angels qui étaient des consommateurs d’opioïdes.

On parle donc d’un phénomène qui n’était pas isolé dans le vestiaire de l’équipe. Les opioïdes comme l’oxycodone sont inscrits sur la liste des substances prohibées de la MLB. Mais, au milieu des années 2000, leur distribution était largement répandue par les équipes médicales des organisations.

Les joueurs sont de dos. Le tableau d'affichage montre une image de Tyler Skaggs.

Les joueurs des Angels d'Anaheim observent une minute de silence en l'honneur de Tyler Skaggs avant un match contre les Mariners de Seattle.

Photo : Getty Images / John McCoy

L’histoire racontée par Kay laisse croire que l’utilisation des opioïdes est restée dans les moeurs des joueurs de la MLB.

Au cours des dernières décennies, des vagues d’utilisation d’amphétamines, de cocaïne et de produits dopants comme les stéroïdes et les hormones de croissance sont tour à tour survenues dans les ligues majeures. Il est extrêmement exigeant de traverser un calendrier de 162 matchs et les athlètes tendent à recourir à divers produits pour atténuer la douleur ou maintenir un niveau de productivité élevé.

***

L’histoire ne s’arrête pas là. Kay a fait savoir aux enquêteurs que deux de ses supérieurs, dont l’ancien vice-président aux communications Tim Mead, étaient au fait depuis au moins deux ans que lui et Tyler Skaggs consommaient des opioïdes ensemble.

Mead, qui a travaillé pour les Angels pendant 40 ans et qui est maintenant à l’emploi du Temple de la renommée du baseball, a catégoriquement nié ces allégations.

La mère d’Erik Kay a toutefois révélé que son fils avait été hospitalisé à la suite d'une surdose en début d’année et qu’elle avait spécifiquement demandé à Mead de tenir Tyler Skaggs loin de son fils.

Le numéro 45 est peint sur la butte.

Les joueurs des Angels placent leur chandail au nom de Skaggs sur le monticule.

Photo : Getty Images / John McCoy

S’il s’avère que des personnes en situation d’autorité étaient au courant de cette histoire de dépendance aux opioïdes et que rien n’a été fait, la famille de Tyler Skaggs pourrait donc être fortement tentée de faire appel aux tribunaux pour y invoquer la responsabilité civile des Angels.

La facture pourrait être très salée.

Et en attendant, il sera intéressant de voir si la MLB se comportera en entreprise responsable et examinera de façon approfondie les allégations qui laissent croire que Tyler Skaggs ne constitue pas un cas isolé dans l'équipe. Il serait aussi impératif de vérifier si des situations semblables existent dans d’autres vestiaires.

Si c’est le cas, d’autres athlètes courent des risques importants aux quatre coins de la ligue.

Au cours de la seule année 2017, plus de 70 000 personnes ont perdu la vie après avoir consommé des opioïdes illicites ou prescrits aux États-Unis. Les milieux sportifs, où l’on tente constamment de contrôler ou de soulager la douleur des athlètes, sont particulièrement à risque.

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