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Que faut-il comprendre de la crise entre la NBA et la Chine?

Un drapeau chinois devant des ballons de basketball

Un tweet du directeur général des Rockets sur les manifestations à Hong Kong a refroidi les relations entre la NBA et la Chine

Photo : Getty Images / AFP/Greg Baker

Robert Frosi

Depuis quelques jours, rien ne va plus entre la NBA et la Chine. Un tweet du directeur général des Rockets de Houston, Daryl Morey, en soutien aux manifestants hongkongais a déclenché l'ire des responsables chinois, qui appellent à un boycottage du circuit. Que faut-il comprendre de cette crise? Quels seront ses impacts sur la NBA? Le sinologue français Jean-Pierre Cabestan, qui vit à Hong Kong, a répondu aux questions de Radio-Canada Sports.

Les propos de Daryl Morey ont rapidement enflammé les réseaux sociaux en Chine, où on a vu dans ce message une ingérence dans les affaires de l'État. Dans un premier temps, les dirigeants de la NBA se sont dissociés du DG des Rockets. Mais depuis, le commissaire Adam Silver a déclaré que sa ligue « continuera à soutenir la liberté d'expression et, bien entendu, la liberté d'expression de la communauté de la NBA ».

La télévision chinoise a émis l'intention de couper toute relation avec la NBA. Le géant de l'Internet chinois Tencent, qui diffuse les matchs du championnat américain, a décidé de ne plus les retransmettre.

Depuis le début de cette affaire, le géant du commerce électronique Alibaba a aussi décidé de ne plus mettre en vente les maillots de la NBA. Il y a même des acteurs et des chanteurs chinois qui ont appelé à boycotter les deux rencontres préparatoires que doivent disputer les Nets de Brooklyn et les Lakers de Los Angeles à Shanghai, jeudi, et à Shenzhen, samedi.

Les conséquences pour la NBA risquent d'être catastrophiques, car on estime que 640 millions de Chinois ont regardé ses matchs l'an passé. Son émission hebdomadaire NBA Saturday Prime Time réunit 28 millions de téléspectateurs dans ce pays.

« La Chine essaye de plus en plus de contrôler le récit, comme on dit, sur la Chine elle-même, explique Jean-Pierre Cabestan, spécialiste du droit et des institutions du monde chinois contemporain. Elle veut pouvoir faire taire les critiques. Elle veut qu'on arrête de parler des prisonniers politiques, de la crise de Hong Kong.

Elle veut qu'on colle à la ligne du Parti communiste et qu'on accepte que la Chine soit un pays magnifique dirigé par un guide suprême de génie. Le problème, c'est que le néo-maoïsme de la Chine l'amène aussi dans une impasse, car on voit bien qu'après quelques hésitations, la NBA a été obligée de se rallier au consensus américain, qui est à la fois un consensus de liberté d'expression, de pluralisme et aussi de critique de toute dictature.

Jean-Pierre Cabestan, sinologue
Un homme gesticule en point de presse

Le commissaire de la NBA Adam Silver est en Chine pour tenter de résoudre la crise

Photo : Getty Images / AFP/Kazuhiro Nogi

Et comment le soutien d’un directeur général de la NBA a-t-il été reçu dans les rues à Hong Kong?

« Pour les mouvements de protestation, cet appui a été reçu de manière très positive, dit M. Cabestan. Mais cette saga est loin d'être terminée. Beaucoup d'entreprises, beaucoup d'équipes sportives, beaucoup d'entreprises cinématographiques sont dépendantes de la Chine et de son marché et hésitent avant de se démarquer du système politique chinois et de la dictature que le parti impose à sa population. »

Les lucratifs contrats chinois de la NBA sont-ils en péril?

On estime que 300 millions de Chinois pratiquent le basketball. La fédération nationale est maintenant dirigée par une légende de ce sport, Yao Ming. Le natif de Shanghai a été le premier Chinois à jouer dans la NBA, ironiquement avec les Rockets de Houston.

Depuis 2004, la NBA a organisé une trentaine de matchs exhibition dans l'Empire du Milieu, qui est son premier marché étranger avec un chiffre d'affaires qui avoisinerait les 1,5 milliard de dollars, une part considérable sur les 12 milliards que génère la ligue dans le monde.

Fort de ce succès, la NBA a ouvert l'année dernière son plus grand magasin international à Pékin, qui rayonne sur plus de 1100 mètres carrés.

« Pour la NBA, ça va lui coûter cher, explique Jean-Pierre Cabestan au sujet de ce bras de fer avec la Chine. Et ce n'est pas sans hésitation que la NBA s'est ralliée. Ce que cela veut dire, c'est qu'on s'achemine vers des difficultés beaucoup plus répétées avec la Chine en ce qui concerne tous les échanges commerciaux. »

En général, le conseil que l’on donne aux hommes d'affaires, c'est de se taire et d'éviter de s'aventurer sur le terrain politique. Mais un homme d'affaires est aussi un citoyen qui ne peut pas complètement cacher ses idées.

Jean-Pierre Cabestan, sinologue
Un homme dans un magasin entouré d'accessoires des basketball

La NBA a ouvert un magasin grande surface à Pékin

Photo : Associated Press / Mark Schiefelbein

Une sortie de crise?

Le commissaire Silver était à Shanghai mercredi et sera aussi présent à Shenzhen samedi pour assister aux matchs entre les Nets et les Lakers, qui pour le moment ne sont pas annulés.

Il prévoit d'ailleurs rencontrer les responsables chinois pour tenter de dénouer la crise. Mercredi, le joueur étoile des Rockets de Houston James Harden, prompt à s’excuser au nom de son équipe au début de la crise, a appuyé le patron de sa ligue.

« Nous avons tous une liberté d'expression, a-t-il dit. C'est le monde dans lequel nous vivons. Tout le monde devrait être capable d'exprimer ce qu'il ressent, et devrait être capable de dire sa façon de penser. Évidemment, certaines personnes vont penser d'une manière et d'autres ne seront pas d'accord. C'est le monde dans lequel nous vivons. Je suis avec Adam Silver. »

Pendant ce temps, à Shanghai, on a dû annuler une rencontre avec les partisans et les joueurs américains. De plus, des employés de l’amphithéâtre où doit se dérouler le match jeudi ont retiré les logos de la NBA, des Nets et des Lakers ainsi que ceux des commanditaires.

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