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« Je dis la vérité, je n'ai de comptes à rendre à personne » – Serge Savard

Il sourit.

Serge Savard lors du lancement de sa biographie

Photo : Radio-Canada / Alain Éthier

Jean-François Poirier

« Je ne veux blesser personne, juste raconter ma vie professionnelle comme elle s'est passée. On m'a souvent sollicité pour écrire ma biographie, mais je n'étais pas prêt. À mon âge, c'était le temps. »

Serge Savard s'est finalement laissé convaincre. À 73 ans, l'ancien joueur étoile et directeur général du Tricolore plonge dans ses souvenirs dans le livre Canadien jusqu'au bout du journaliste Philippe Cantin.

« Il s'assume. Il ne se présente pas comme un super héros. Il a fait des erreurs et le recul lui permet de faire la part des choses. Mais son congédiement demeure clairement une injustice à ses yeux, encore aujourd'hui », souligne Philippe Cantin.

Le « Sénateur », qui a hérité de ce surnom dès son arrivée avec le Canadien en raison de sa passion pour la politique, s'était juré de dire la vérité lorsqu'il a accepté de se prêter à l'exercice.

D'entrée de jeu, les circonstances de son licenciement comme directeur général le 17 octobre 1995 sont évoquées.

Serge Savard ne l'a pas vu venir même si, à la fin du livre, on apprendra que le président de l'époque Ronald Corey lui avait remis une note de service assassine après que le CH eut raté les séries éliminatoires à la suite d'une saison écourtée à 48 matchs en raison d'un lock-out.

Les mots de Corey sont durs. En voici un extrait :

« La saison qui a pris fin le 3 mai dernier est certes la plus décevante de l'histoire du Canadien [...] Nous avions un sérieux manque d'organisation autant sur la glace qu'au niveau administratif [...] Bien que nous ayons connu certains succès au cours des 10 dernières années, je ne peux accepter qu'on ait croulé de la sorte [...] Il va falloir que tu changes tes habitudes de travail [...] Ton emploi du temps devra être entièrement consacré à l'équipe. Tu ne peux plus être absent et penser que ton leadership s'exercera seul. »

Sous le règne de Serge Savard, le Bleu-blanc-rouge avait pourtant gagné la Coupe Stanley en 1993.

Ce n'est pas digéré complètement parce que je pense que ce congédiement est une injustice. Je n'ai pas apprécié la phrase : "Bien que nous ayons connu certains succès au cours des 10 dernières années." J'ai de la misère à croire ça. On avait gagné la coupe 18 mois auparavant, participé à la finale en 1989 et nous avons aussi été champions en 1986.

Serge Savard

N'allez pas croire que Serge Savard en veut à Ronald Corey parce qu'il a laissé entendre qu'il passait trop de temps à s'occuper de ses affaires personnelles, comme la gestion du Château Champlain, un hôtel dont il était le propriétaire.

« Je ne le déteste pas. Quand je le vois, je lui donne la main et on jase. Il a été un très bon président. Je sais que je prenais de longs lunchs, mais mon travail ne se faisait pas de 9 à 5. C'était 24 sur 24. Et je ne me suis pas seulement envoyé des fleurs dans ce livre... »

Carbonneau le comprend mieux

Plus de 120 personnes ont assisté au lancement de ce livre. Parmi les invités, il y avait son ex-coéquipier Guy Lapointe.

« Avec lui, le mot panique n'existait pas », dit cet ex-membre du célèbre « Big Three » avec Larry Robinson et Savard.

Gilbert Delorme, Yvon Lambert, Patrice Brisebois, José Théodore et Guy Carbonneau s'étaient aussi déplacés au Château Champlain pour assister à l'événement.

« Il était respecté parce qu'il respectait les gens », explique Carbonneau dont la carrière avec le CH a pris fin parce que Serge Savard l'a échangé aux Blues de St. Louis.

Dans sa biographie, sur le plan anecdotique, Savard raconte justement qu'il avait demandé au prof Caron, directeur général des Blues qu'il connaissait très bien, de ne pas faire jouer Carbonneau lors d'un premier match préparatoire entre les deux équipes à Montréal après l'échange. Cela aurait été le grand retour de l'ex-capitaine et les spectateurs auraient certes scandé son nom.

Serge Savard n'avait pas le goût de vivre ça. Il s'agissait d'une entente verbale entre les deux hommes.

« J'étais un peu frustré. Mais avec le recul, j'ai compris. Après ma carrière, j'ai passé du temps dans les bureaux de direction. Je sais comment ça marche... », déclare Carbonneau, heureux finalement d'avoir pu poursuivre sa carrière ailleurs qu'à Montréal.

Réjean Houle, l'homme qui a remplacé Savard après son congédiement, n'a pas raté ce rendez-vous, toujours souriant comme à son habitude.

Ronald Corey n'y était pas, tout comme le président actuel du Canadien Geoff Molson que Serge Savard a conseillé durant le processus d'embauche du directeur général Marc Bergevin avec qui il n'entretient aucun contact.

L'ex-numéro 18, dont le chandail a été retiré en 2006, aborde la question avec un peu d'amertume dans son livre.

J'éprouve parfois un sentiment bizarre. Comme si ma loyauté envers les Molson avait été plus forte que la leur envers moi.

Serge Savard

Il ne se défile pas.

« C'est juste une phrase, mais je le pense réellement. Le Canadien, c'est une grande famille. J'ai une bonne relation avec eux. »

Après autant de conversations avec ce personnage important de l'histoire du hockey, Philippe Cantin comprend la réaction de Savard à propos de ses liens avec la famille Molson.

« Partout où il va, il représente le Canadien. Sa véritable loyauté ne va pas aux hommes, mais à l'institution que représente le Canadien pour les Québécois. C'est pour ça que j'ai choisi le titre Canadien jusqu'au bout. »

L'homme sourit. Il porte un chemise gris pâle, une cravate rayée noire et blanche et un veston noir.

Serge Savard lors de son passage à Tout le monde en parle dimanche

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Suivre les conseils de Béliveau

La politique québécoise et canadienne demeure en toile de fond de cette biographie qui raconte le parcours de cet Abitibien vers la LNH. Ce récit nous apprend notamment que Serge Savard aurait pu se porter candidat aux élections provinciales de 1968 durant sa carrière de joueur, mais il ne l'a pas fait.

« J'y ai réfléchi deux jours parce que j'aimais tellement ça », précise-t-il.

Jean Béliveau lui avait conseillé de ne pas faire le saut qu'il jugeait « un peu prématuré ».

Serge Savard a été membre de l'organisation du Bleu-blanc-rouge pendant 33 ans. Il participé à la conquête de 10 Coupes Stanley et a été membre de l'équipe canadienne à la Série du siècle en 1972. Il a aussi été le coéquipier de Guy Lafleur durant ses années de gloire et celui, dans son rôle de directeur général, qui n'a pas été en mesure de le convaincre de ne pas raccrocher ses patins de manière si subite en 1985.

Ce livre permet de revivre ces moments de crise qui ont marqué le CH. Et Serge Savard se souvient bien sûr des jours qui ont précédé son congédiement.

« Patrick Roy et Mike Keane étaient venus me voir pour me dire que Jacques Demers avait perdu sa chambre. J'étais surpris que ça vienne d'eux. Je voulais consulter d'autres joueurs comme Vincent Damphousse. Mais je n'ai pas eu le temps de poursuivre mon enquête parce qu'on m'a congédié. Je ne peux l'affirmer avec certitude, mais je pense que j'aurais échangé Patrick Roy et congédié Jacques Demers. J'avais dit à Ronald Corey que j'avais l'équipe pour gagner la Coupe Stanley deux semaines plus tôt. »

Le Canadien n'a toujours pas été sacré champion depuis ce congédiement...

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