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L'athlétisme canadien dans une bonne trajectoire après les mondiaux de Doha

Il fait son tour d'honneur, drapeau canadien en main.

Andre De Grasse a gagné l'argent au 200 m et le bronze au 100 m des Championnats du monde d'athlétisme.

Photo : AFP/Getty Images / GIUSEPPE CACACE

Olivier Tremblay

Après avoir fait chou blanc aux mondiaux d’athlétisme de 2017, à Londres, les Canadiens ont gagné cinq médailles à ceux qui ont pris fin dimanche, à Doha, au Qatar.

Le sprinteur Andre De Grasse, avec deux médailles, le marcheur Evan Dunfee, le coureur de fond Mohammed Ahmed et le décathlonien Damian Warner ont offert au Canada une de ses belles récoltes aux mondiaux : seule la délégation de 2015, avec huit podiums, a fait mieux.

Radio-Canada Sports s’est entretenu avec l’analyste Laurent Godbout pour dresser un bilan de ces Championnats du monde pour les Canadiens.


Q. Dans quelle mesure croyez-vous qu’Athlétisme Canada est satisfaite après cette dizaine de jours de compétition?

R. Je pense qu’on est relativement satisfait. J’ai l’impression qu’on voulait absolument effacer le mauvais moment vécu en 2017. De ce côté-là, on peut dire que, oui, tout va bien.

Si on se tourne vers Tokyo 2020, on sait qu’il y a des valeurs sûres dans l’équipe canadienne, et on sait aussi que certains athlètes sont au seuil d’un podium, d’un top 5 ou d’un top 8. On tentera d’aller chercher des résultats encore meilleurs avec ces athlètes. Je pense qu’on est dans une très bonne trajectoire pour les prochains Jeux olympiques.


Q. Andre De Grasse est l’unique doublemédaillé canadien de ces mondiaux. Le sentez-vous de retour au niveau auquel il nous avait habitués?

R. De Grasse est revenu où il en était à Rio. L’avantage qu’il a, maintenant, c’est qu’il a plus d’expérience et il a vécu des moments difficiles. Il en sortira encore plus fort. Je m’attends à ce que ses résultats de 2020 soient meilleurs que ceux de 2019. On va certainement le revoir dans les finales des épreuves du 100 m et du 200 m l’année prochaine, à Tokyo.


Q. Mohammed Ahmed a offert au Canada un moment historique avec la première médaille du pays au 5000 m des mondiaux. Comment avez-vous vécu cette course?

R. Si je me souviens bien, à Rio, en 2016, quand il avait terminé 4e, il y avait eu le même genre de petits accrochages qu’on a vus cette fois. Il a pris une décision très intelligente en prenant la commande de la course avec 1 km à faire. Comme il l’a dit, il ne voulait pas être un passager, mais un conducteur dans cette performance. Il ne voulait pas être un spectateur, et il a agi en conséquence. Il a été récompensé.

Ça ne veut pas dire qu’il va gagner une médaille olympique l’année prochaine. Mais Ahmed était déjà respecté, et il sera désormais beaucoup plus craint. J’ai l’impression qu’il sera doublement motivé par cette médaille de bronze. Il était déjà motivé par sa 4e place à Rio, mais il aura encore plus de confiance. Il n’a pas oublié Rio.


Q. Comment Evan Dunfee est-il parvenu à gagner une médaille de bronze avec une remontée spectaculaire au 50 km dans des conditions si difficiles?

R. Dunfee, ce qu’il a fait, c’est le fruit d’une préparation très méticuleuse. Si je compare ses résultats à ceux de l’ancien champion du monde français Yohann Diniz, j’ai l’impression que, psychologiquement, Dunfee était mieux préparé que lui à la situation. Diniz était très négatif relativement à la chaleur et à l’humidité dans lesquelles on a demandé aux athlètes de marcher. Dunfee était mieux préparé psychologiquement et, probablement, physiologiquement aussi avec l’aide de Trent Stellingwerff, qui est le conseiller scientifique d’Athlétisme Canada.

Il ne faut pas oublier non plus qu’en 2015, aux Championnats du monde, Benjamin Thorne a réussi à gagner une médaille au 20 km dans la chaleur de Pékin. Ce n’est pas impossible pour les marcheurs canadiens de penser au podium à Tokyo, où la chaleur sera encore au rendez-vous. On l’a vu dans deux Championnats du monde, et on l’a vu à Rio dans le cas de Dunfee qui était 4e au 50 km.


Q. Au décathlon, on attendait Damian Warner, qui a gagné le bronze. Pierce Lepage et lui étaient en bonne posture à mi-compétition. Quelle lecture faites-vous de leur situation, et croyez-vous Lepage capable de franchir le dernier palier avant les Jeux olympiques?

R. Beaucoup de choses peuvent survenir dans un décathlon. Ça dure deux jours. Warner, après la première journée, avait son deuxième total après une première journée. Mais il était extrêmement fatigué, alors il devra mieux comprendre ce qu’il doit faire pour arriver moins fatigué à la deuxième journée. À Doha, la deuxième journée de Warner a été une de ses pires en carrière.

À Tokyo, s’il réussit à faire un lancer du disque, un lancer du javelot et un saut à la perche un peu plus respectables que cette année, il pourrait arriver au 1500 m dans une meilleure position. Le jeune Allemand Niklas Kaul sera en ascension. Il est champion du monde à 21 ans. On peut estimer qu’il demeure capable de progresser. Pour Warner, le combat sera de rester sur le podium.

Du côté de Lepage, mon impression, c’est que ce garçon est encore « vert ». Mais il est tellement talentueux, il a tellement de potentiel que, comme Kaul, il a beaucoup de marge de manœuvre pour progresser. Je pense que, s’il prend un peu plus de force physique, il pourra mieux réussir dans les lancers. Par contre, pour les courses, Lepage sera extrêmement bon dans les prochaines années.


Q. Quelles ont été les déceptions du point de vue canadien?

R. Ma déception personnelle – et ce n’est pas pour dire qu’il a mal fait –, c’est que j’aurais aimé voir Brandon McBride en finale au 800 m. Je crois que l’équipe canadienne l’attendait là. Il a été un des meilleurs du monde cette année. Mais bon, au 800 m, en demi-finale, on est 24 coureurs. C’était une déception pour lui, j’en suis certain, mais en revanche, on a eu Marco Arop qui s’est rendu en finale.

J’aurais volontiers pris McBride au lieu d’Arop en finale. Le Canada aurait peut-être eu de meilleures chances de podium. C’est ma seule déception. Dans l’ensemble, beaucoup d’athlètes canadiens ont réalisé leur meilleure performance de la saison, voire leur meilleure à vie. C’est difficile, dans ces circonstances, de pointer le négatif.


Q. Il y a justement eu des résultats qu’on pourrait considérer comme décevants, mais qui sont des sommets personnels ou des records. Comment s’en satisfait-on, comme athlète, sans avoir le podium au bout?

R. Il faut être capable de regarder en arrière et de comparer son niveau à celui auquel on était au début de l’année. Alysha Newman, au saut à la perche, n’était pas à 4,75 mètres au début de l’année. Elle est désormais à 4,82 mètres, un record canadien, et elle a terminé 5e aux mondiaux. C’était le concours de perche le plus relevé de l’histoire des Championnats du monde. Pour Newman, tout est possible. Le potentiel pour un podium est là. La progression aussi. Elle est encore jeune.

Même chose pour Gabriela DeBues-Stafford : elle a participé à une finale d’un niveau exceptionnel au 1500 m. Que peux-tu demander de plus quand tu bats un record canadien par 3 s? Il faut être content quand on se compare au début de la saison. Atteindre la 6e place aux Championnats du monde, ça ouvre des portes. Elle peut légitimement penser au podium l’année prochaine. Ça dépendra de nombreux facteurs, tant pour Newman que pour DeBues-Stafford. Ce sont deux cas exceptionnels.

On parle parfois de la quatrième étoile, du héros obscur dans d’autres sports. DeBues-Stafford est, pour moi, la quatrième étoile de ces Championnats du monde.

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