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chronique

Oublions un peu le stade de baseball et voyons ce qu’il y aura autour

Plan rapproché de M. Bronfman, qui rit.

Stephen Bronfman

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Martin Leclerc

BILLET - Quand on souhaite suivre attentivement l'évolution d'un dossier ou d'un projet, on dit souvent qu'il ne faut pas quitter la balle des yeux. Par contre, lorsqu'il est question de comprendre le projet de stade de baseball que souhaite construire Stephen Bronfman au bassin Peel, il est peut-être préférable de faire exactement le contraire.

Je vous propose donc de poser votre bâton sur votre épaule, d’oublier la balle et de vous concentrer sur ce qui se passe autour...

Le stade, le stade, et encore le stade. Lorsqu’il est question du redéveloppement du secteur Bridge-Bonaventure, la plupart des gens ont malheureusement l’impression que le seul projet d’avenir de ce quartier industriel de Montréal tient à l’éventuel retour d’une équipe du baseball majeur et à la construction de son nouveau domicile.

C’est pourtant très loin d’être le cas.

Les audiences que préside l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), auxquelles M. Bronfman a participé jeudi soir, sont en train de jeter les bases du plus grand projet urbanistique mené à Montréal depuis 60 ans. Rien de moins.

Groupes de citoyens, urbanistes, développeurs, sociétés d’histoire, investisseurs et associations de toutes sortes sont en train de réfléchir à la meilleure manière de réussir un projet titanesque: transformer en un quartier écologique et avant-gardiste ce qui était au 19e siècle le coeur industriel de Montréal.

C’est un immense défi.

Le secteur Bridge-Bonaventure abrite des industries lourdes. Énormément de camions y circulent. Et histoire de le rendre encore moins accueillant, le quartier est enclavé par les voies ferroviaires les plus achalandées au Canada et par l’autoroute Bonaventure. L’endroit n’est pas (ou très mal) desservi par le transport en commun, et on y retrouve de grandes surfaces bétonnées ou asphaltées qui forment des îlots de chaleurs considérables.

En ce moment, ce n’est certainement pas l’endroit rêvé pour implanter un stade.


J’ai assisté à trois audiences de l’OCPM cette semaine et je dois admettre que j’ai été vraiment impressionné par la qualité des présentations faites aux commissaires.

Clairement, malgré la diversité des intérêts en cause, de grands consensus se dégagent. La plupart des intervenants soulignent l’importance:

  • de métamorphoser Bridge-Bonaventure en priorisant le développement durable et la mise en place d’une économie circulaire (optimisation des ressources);
  • d’améliorer considérablement la mobilité dans le secteur, grâce notamment à l’implantation du REM, mais aussi en favorisant le transport actif et en rendant l’environnement convivial pour les piétons et les cyclistes;
  • de redonner aux citoyens l’accès au fleuve;
  • de procéder à une opération massive de verdissement pour créer un milieu de vie accueillant et pour raccorder le secteur aux quartiers environnants (notamment Pointe-Saint-Charles);
  • de respecter et préserver le riche patrimoine industriel du secteur (comme le Silo numéro 5) tout en l’intégrant à l’architecture et à la vie quotidienne du futur quartier;
  • de favoriser le développement résidentiel en prenant soin de ne pas embourgeoiser le secteur, donc en faisant une place significative au logement social;
  • de prévoir des zones tampons (activités mixtes) entre les zones industrielles et les zones résidentielles, et de créer un tissu urbain complexe et riche et une vie de quartier agréable pour les familles;
  • d’assurer une cohérence en confiant la planification et la supervision de l’ensemble de ce vaste chantier à une entité unique. On veut ainsi éviter que chaque développeur ou petit détenteur de permis finisse par mener son petit projet comme il l’entend et qu’on en arrive, au bout du compte, à une lamentable improvisation comme ce fut le cas dans Griffintown.

Bref, on est en train de planifier le quartier le plus écologiste et moderne de Montréal et d’imaginer le futur milieu de vie de quelque 5000 ménages.

On est donc très loin des débats concernant l’éventuel retour du baseball à Montréal.

Le bassin Peel

Le groupe de Stephen Bronfman souhaite qu'un stade de baseball soit construit sur le site du bassin Peel.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers


Mais revenons quand même au baseball.

Jeudi après-midi, quatre ou cinq heures avant le témoignage de Stephen Bronfman, le PDG de Devimco, Serge Goulet, est venu expliquer sa vision du développement du secteur Bridge-Bonaventure.

Devimco détient des terrains stratégiques dans ce secteur, et M. Goulet en planifie le développement depuis quelques années. Au cours des derniers mois, Devimco a conclu une entente avec le groupe de Stephen Bronfman afin que la construction d’un stade puisse s’intégrer dans l’ensemble du projet.

Or, lors de sa comparution, Serge Goulet a révélé que la pièce maîtresse de son plan de développement est une alliance avec Cycle Capital Management, qui est basée à Montréal et qui est la plus importante plateforme de capital de risque en technologies propres au Canada.

Ces investisseurs concentrent leurs activités dans des domaines comme la chimie verte, la production de nouvelles générations de biocarburants, la transformation de la biomasse, les réseaux de distribution d’électricité intelligents, les énergies renouvelables ainsi que, notamment, les technologies dédiées aux villes intelligentes.

Or, il appert que Cycle Capital Management souhaite développer dans Bridge-Bonaventure un complexe d’un million de pieds carrés qui rassemblera au même endroit les entreprises, les entreprises émergentes (startups) et les chercheurs qui développent de nouvelles technologies propres et qui constitueront le coeur de l’économie de demain. Il s’agirait du seul pôle du genre au Canada.

Ce n’est pas rien. On parle de la création potentielle de milliers d’emplois de qualité et d’un positionnement favorable de Montréal dans un secteur d’activité qui deviendra vite névralgique.

Serge Goulet n’a jamais parlé de baseball durant sa présentation. Mais dans la mêlée de presse qui a suivi, il a fait une déclaration intéressante: il a spécifié que le futur stade devra respecter les attentes de ses partenaires financiers.

« Il faudra que ce soit le stade de baseball le plus vert qui ne s'est jamais fait aux États-Unis et en Amérique du Nord. On n'a pas le choix. L'époque où l'on construisait des immenses structures de béton est révolue », a-t-il insisté.

Voilà une vision très cohérente avec l’alliance Devimco-Cycle Capital, mais aussi avec ce qu’on entend aux audiences de l’OCPM. Si ce stade doit faire partie d’un quartier écologique et se trouver à un jet de pierre du plus grand pôle de développement des technologies propres au Canada, il devra parfaitement s’intégrer à cet environnement.

Jeudi soir, peu de temps avant Stephen Bronfman, Catherine Bérubé, une vice-présidente de Cycle Capital, est venue expliquer en quoi la création de ce pôle de technologies propres allait contribuer à l’essor de Montréal.

Les arguments économiques vont de soi. Mais Mme Bérubé a aussi demandé aux commissaires d’imaginer des autobus remplis d’écoliers arrivant chaque jour dans ce nouveau quartier pour apprendre comment fonctionnent des panneaux solaires, comment on produit du carburant vert ou comment on peut redonner une deuxième vie au plastique.

N’est-ce pas emballant?


Quand ce fut au tour de Stephen Bronfman de s’avancer au micro, le président exécutif de Claridge s’est clairement inscrit dans la même ligne de pensée que ses associés.

Il a parlé d’un stade presque dépourvu de places de stationnement qui s’appuierait sur le système de transport en commun et qui serait doté d’un système de récupération et de réutilisation des eaux de pluie. Il a fait part de l’intention de son groupe de miser sur le chauffage géothermique, sur le compostage et sur une étroite collaboration avec les banques alimentaires de Montréal pour éviter le gaspillage alimentaire. Il a parlé de l’importance de donner une vocation communautaire au stade (en y aménageant des patinoires ou des infrastructures de glisse en hiver, par exemple) afin que la population puisse se l’approprier.

Et en ce vendredi matin, les manchettes de la plupart des médias québécois étaient à peu près semblables: « Stephen Bronfman souhaite construire un stade vert ».

Un stade vert pour le retour du baseball à Montréal

Ce qui se passera autour du stade sera pourtant vital pour l’avenir de Montréal.

M. Bronfman l’a d’ailleurs souligné plusieurs fois durant son allocution. Il a entre autres plaidé que l’écologie est un sujet sérieux et que Montréal n’a pas le droit de se tromper avec le redéveloppement du secteur Bridge-Bonaventure.

Si nous faisons bien les choses, si nous travaillons de manière stratégique et que nous développons ce quartier autour d’une thématique, il redeviendra un secteur de pointe pendant 100 ans.

Stephen Bronfman

Cela dit, même si ça semble invraisemblable à ceux qui n’apprécient pas le sport-spectacle, la présence de ce fameux stade pourrait fortement contribuer à l’émergence de ce nouveau quartier en convainquant nombre de gens d’y vivre, d’y installer leur entreprise ou d’y investir.

Les commissaires de l’OCPM semblent faire la moue lors des rares occasions où le mot baseball est prononcé devant eux. Pourtant, si on en juge par les résultats de projets urbains semblables réalisés ailleurs, les commissaires devraient considérer ce stade comme un pôle d’attraction majeur qui aidera à faire jaillir et animer ce nouveau quartier innovant.

Mais bon, ne mettons pas le stade avant les boeufs.

Le groupe de Stephen Bronfman n’a toujours pas expliqué comment il entend financer cet équipement. Et puis, il n’a pas encore mis la main sur sa demi-équipe de baseball ni expliqué comment s’articulera ce plan nébuleux.

À cet effet, si l’on se fie aux commentaires formulés par M. Bronfman durant sa mêlée de presse, des développements importants sont à prévoir après la présentation de la Série mondiale.

Plan rapproché de M. Bronfman.

L’homme d'affaires Stephen Bronfman, le 26 juin 2019, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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