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Faire de la chaleur son allié aux mondiaux d'athlétisme

Il s'asperge la tête avec deux bouteilles d'eau.

Evan Dunfee

Photo : Getty Images / Ian Walton

Radio-Canada

Le Canada s'en tire très bien jusqu’à maintenant dans les épreuves de longues distances aux Championnats du monde d’athlétisme, à Doha, au Qatar. Lindsay Tessier a pris le 9e rang du marathon, tandis qu'Evan Dunfee a récolté la médaille de bronze au 50 km marche dans un environnement que plusieurs n’ont pas hésité à qualifier de fournaise.

Comment l’équipe canadienne a-t-elle pu faire sa marque dans ces conditions difficiles? Radio-Canada Sport s’est entretenu avec Trent Stellingwerff, directeur des performances en solutions pour l’équipe canadienne d’athlétisme.


Q. Comment avez-vous préparé l'équipe canadienne pour Doha? Est-ce qu’il y a eu de la préparation supplémentaire?

R. Nous savions que ce serait à Doha depuis très longtemps. L’an dernier, nous avons commencé à faire une préparation supplémentaire pour la chaleur, pour Doha, mais aussi pour Tokyo (Jeux olympiques). Ça repose beaucoup sur les relations entre les athlètes et les entraîneurs, sur l’éducation. Mais ça inclut également de faire plus de tests avec les athlètes, de trouver des stratégies de refroidissement avec lesquels les athlètes peuvent travailler en amont pour être habitués dans les événements majeurs. C’est un projet qui est en cours depuis un an et qui va se poursuivre jusqu’aux Jeux de Tokyo.


Q. Quels sont les types de tests supplémentaires que vous avez faits?

R. Nous avons fait exprès de choisir Barcelone pour tenir notre camp d’entraînement en vue des mondiaux pour nous retrouver dans un environnement chaud. Nous avons prévu les entraînements de nos athlètes d’endurance vers 13 h et 14 h, le moment de la journée où il fait le plus chaud, où l'ensoleillement est le plus fort. Lors de ces séances, les athlètes ont ingéré une pilule, qui est en fait un senseur, qui permet de mesurer leur pouls, leur vitesse de course, de marche, leur niveau d’effort et de colliger toutes ces informations.

Après plusieurs séances, en analysant la documentation existante, nous pouvions faire une bien meilleure estimation du rythme de course qu’ils pourraient tenir à Doha. C’est ce que nous avons fait en plus du programme habituel. On a pu voir dans l’épreuve de marche et dans le marathon féminin, nos athlètes, à 10 km, étaient loin, loin derrière. Ils tenaient un rythme approprié pour la chaleur et ils ont été capables de le maintenir de manière égale pour progresser dans la deuxième moitié de la course.


Q. Est-ce dangereux de trop pousser?

R. Le danger de trop pousser est de devoir abandonner la course (rires). D’une certaine manière, Doha ou le Japon sont parmi les endroits les plus sécuritaires pour courir un marathon. Ils sont contenus dans une boucle, tout le monde sait qu’il fera chaud, alors il y a du personnel médical absolument partout.

Il est escorté hors du stade de Doha en fauteuil roulant après le 50 km marche.

L'Ukrainien Maryan Zakalnytskyy

Photo : Getty Images / Christian Petersen


Q. En comparaison avec d'autres marathons?

R. Bien, si vous faites l’Ironman d’Hawaï, ou si vous comparez avec certains Ironman où le personnel médical est beaucoup plus éparpillé, alors qu’à Doha, sur une boucle de 7 km, il y a beaucoup plus de secours dans un espace temps restreint.


Q. De la perspective de l’athlète, est-ce qu’il faut beaucoup de patience?

R. Oui. Il faut de la patience parce qu’il peut se retrouver peut-être plus loin dans le peloton qu’à l’habitude après 10 km, alors il faut avoir confiance, il faut être patient. Evan a réussi à tenir vraiment le bon rythme et il a même été capable d’accélérer dans les cinq derniers kilomètres. Je ne pense pas qu’aucun autre athlète n’ait été capable de faire ça.


Q. Vous travaillez aussi sur les perceptions. En quoi est-ce que ça consiste?

R. La chaleur affecte le corps, mais aussi le cerveau et votre perception de la chaleur, ce qui commande probablement à votre corps de ralentir avant qu’il n’ait besoin de le faire. Alors, nous faisons passer un questionnaire pendant les entraînements en pleine chaleur à propos de la perception sur une échelle de 1 à 10. Et nous posons également des questions sur le confort et les sensations. Alors, nous regardons tout ça et nous essayons d’aider les athlètes à ajuster leur perception par rapport au rythme en début de course.


Q. Quels sont les équipements particuliers que vous avez apportés pour les conditions là-bas?

R. Nous avons apporté quelques vestes refroidissantes supplémentaires. La plupart des athlètes en ont utilisé par le passé. Nous en avions aux Championnats du monde à Pékin, mais nous nous en servons vraiment plus ici. Pour les mondiaux ou les marathons olympiques, les athlètes passent à tous les deux tours à des points de service où des gens de leur équipe peuvent leur donner des chapeaux refroidissants, des serviettes refroidissantes, tout ce qui peut aider à faire baisser la température pendant la course. Avant la course, ils portent la veste refroidissante pour être bien rafraîchis.

Il est étendue sur une civière.

Fadime Çelik n'a pu terminer le marathon

Photo : Getty Images / Alexander Hassenstein


Q. Est-ce que votre programme s'adressait uniquement aux athlètes de longues distances?

R. Oui, parce que le stade ici est climatisé. Alors, la chaleur a moins d’impact pour les autres disciplines. Par contre, l’an prochain (aux Jeux de Tokyo), le stade ne sera pas climatisé.


Q. Est-ce que ça veut dire que des athlètes comme Mohamed Ahmed vont travailler davantage avec vous au cours de la prochaine année?

R. Oui, il y a une possibilité. J’ai déjà parlé à Mo et avec son entraîneur à propos de l’année qui vient. L’élément le plus important, c’est de s’entraîner pendant deux semaines dans des conditions de grande chaleur avant la compétition. Nous avons déjà pris des dispositions en ce sens puisque notre camp de préparation préolympique aura lieu au Japon, où il fera très chaud.


Q. L'Éthiopie veut donner trois mois de repos à ses marathoniens. Allons-nous faire la même chose au Canada?

R. Pas nécessairement. Toutes nos marathoniennes se sentaient bien après la course. Elles n’ont pas passé beaucoup de temps dans la tente médicale. Tout le monde se sentait bien le lendemain. Je pense qu’elles vont prendre une pause normale, habituellement de deux à quatre semaines, et elles vont s’y remettre. Je ne vois pas de raison pour prendre une pause de trois mois.


Q. Avez-vous déjà vu des conditions de chaleur être aussi dures pour le corps qu’à Doha? Est-ce que c’est trop?

R. J’ai vu ça très souvent, même au Canada. Un Ironman, dans la vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, où il peut faire très chaud. L’Ironman d’Hawaï aussi. Les Championnats du monde de Pékin, où Ben Thorne a participé au 20 km marche [où il a enlevé le bronze, NDLR], il faisait presque aussi chaud. C’est un peu exagéré. Comme je vous ai dit, si vous avez un bon plan, vous pouvez composer avec la chaleur. Si vous n’avez pas de plan, vous allez probablement abandonner.


Q. Jusqu’à quel point tout ça sera utile pour Tokyo?

R. Très utile! J’aurais souhaité que le stade ici ne soit pas climatisé, ça aurait été une meilleure préparation pour Tokyo. C’est bien pour les athlètes que ce soit climatisé. Mais je pense qu’à bien des niveaux, la chaleur met tout le monde à égalité. Les pays qui peuvent bien la gérer se donnent un petit avantage. Je suis très fébrile en vue de Tokyo en ce sens.

Radio-Canada Sports diffusera les Championnats du monde d'athlétisme de l'IAAF sur le web. Pour ne rien manquer, consultez notre horaire de webdiffusions.

(Avec les informations de Diane Sauvé)

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