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chronique

L’équipe canadienne de bobsleigh se remettra-t-elle du départ de Kaillie Humphries?

Une athlète sourit devant un drapeau canadien

Kaillie Humphries disputera la prochaine saison de Coupe du monde avec les États-Unis

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Dominick Gauthier

BILLET - Cela fait maintenant plusieurs semaines que j’hésite à écrire sur le conflit entre Kaillie Humphries et sa fédération, Bobsleigh Canada. En toute transparence, j’en sais peut-être un peu trop sur les deux parties en cause…

Ceux qui me lisent savent que je n’ai jamais été un grand défenseur de Bobsleigh Canada. De sérieux problèmes de gouvernance y ont cours depuis plusieurs années. Ils sont bien connus dans le monde du sport olympique, mais les réprimandes ne semblent jamais venir.

L’athlète en question n’a pas non plus la meilleure réputation dans le monde du sport, mais je ne peux pas juger de ses accusations en fonction de comportements déplacés qu’elle a déjà eus dans le passé. Écrire sur les positions de l’athlète et sur celles de sa fédération serait un jeu dangereux de « il a dit ça, elle a dit ça ». Parlons plutôt des répercussions de toute cette histoire.

Quelles sont les conséquences de cette saga pour l’équipe canadienne? Bien sûr, la perte de Humphries, qui s’est jointe à l’équipe américaine, n’était pas souhaitable, car, à court terme, cette bobeuse peut encore aider une équipe à monter sur le podium, voire même sur la plus haute marche.

On tente depuis longtemps de développer la relève des pilotes canadiennes, mais les résultats sont modestes. Christine De Bruin démontre un certain potentiel. Et comme le calibre international est moins relevé depuis les Jeux olympiques de Pyeongchang, elle pourrait obtenir quelques bons résultats.

Ce départ de Kaillie Humphries permettra peut-être de consacrer enfin de vrais efforts à la relève en offrant aux athlètes un meilleur environnement. Peut-être aussi verrons-nous de grands changements au chapitre de la gouvernance à Bobsleigh Canada. Pour ça, certains diront sûrement : « Merci Kaillie! »

L’impact financier de son départ sera énorme, et à plusieurs égards. Sans Humphries, le soutien d’À nous le podium, l’organisme responsable du financement ciblé au pays, va possiblement diminuer de beaucoup, car les chances de médaille aux prochains Olympiques seront quasiment nulles du côté féminin.

Oui, ça, c’est l’autre côté de la médaille avec le financement ciblé : pas de chance de médaille, pas beaucoup d’argent pour préparer une relève. Bobsleigh Canada n’aura probablement pas assez d’argent pour développer du talent pour pallier la perte de sa meilleure pilote.

Et il est clair qu’il sera encore plus difficile pour l’organisation d’approcher des commanditaires privés pour bonifier le soutien aux athlètes. L’adage « parlez-en en mal, parlez-en en bien, mais parlez-en » ne s’applique pas ici. Bobsleigh Canada aurait bien aimé se passer de toute cette attention médiatique des derniers mois.

Il faudra donc espérer que les pilotes Chris Spring et le champion olympique Justin Kripps fassent oublier toute cette histoire avec de bonnes performances en Coupe du monde. S’il y a quelque chose de positif à Bobsleigh Canada, c’est justement ces équipes masculines qui, contre vents et marées, parviennent à demeurer compétitives.

Un athlète en mêlée de presse

Justin Kripps.

Photo : Radio-Canada

Tourner le dos à la feuille d’érable

Il suffit de lire les réactions sur les réseaux pour voir à quel point une grande majorité des gens voient comme une trahison la décision de Kaillie Humphries de se joindre à l’équipe américaine.

Certains croient même qu’elle devrait rembourser ce qu’elle a touché lorsqu’elle représentait l’unifolié. À mon avis, elle ne nous doit absolument rien. Le Canada a chanté deux fois l’Ô Canada grâce à elle, après ses victoires aux Jeux en 2010 et en 2014, ce qui a généré bien plus que ce qu’elle a reçu en tant qu’athlète.

Le niveau de patriotisme varie d’une personne à une autre, donc je ne peux pas juger de la décision d’un athlète qui décide de représenter un autre pays. Quand ça arrive, et c’est très rare, c’est souvent pour deux raisons. La première : lorsqu’un athlète vit une situation de conflit dans laquelle il se sent brimé d’une façon ou d’une autre. La deuxième : lorsqu’il a une occasion de faire beaucoup plus d’argent s’il change de pays.

Quelque chose me laisse croire que ces deux raisons s’appliquent très bien à celle qui pourrait bien devenir l’une des rares athlètes à gagner l’or olympique pour deux pays.

Kaillie Humphries attentive dans les gradins aux Jeux de 2014 à Sotchi en Russie

Kaillie Humphries aux Jeux de 2014 à Sotchi en Russie

Photo : Getty Images / Pascal Le Segretain

Bobsleigh et skeleton

Sports