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Dopage : les athlètes de Salazar étaient « des cobayes », selon l'USADA

Il surveille les athlètes.

Alberto Salazar durant un entraînement à Beaverton en Oregon en 2013

Photo : Getty Images / Doug Pensinger

AFP

La suspension pour dopage de l'entraîneur d'athlétisme Alberto Salazar provoque des remous. Le directeur de l'Agence antidopage américaine (USADA) dit que les athlètes qu'il dirigeait dans le Nike Oregon Project (NOP) étaient « des cobayes ».

Travis Tygart n'est pas allé par quatre chemins pour décrire les activités d'Alberto Salazar, banni pour quatre ans à la suite d'une enquête de son agence qui a mis au jour une série de dérapages de l'entraîneur : injections trop importantes d'acides aminés (qui favorisent la combustion des graisses), expériences avec de la testostérone et documents médicaux falsifiés.

« Vous devez comprendre, les athlètes n'avaient aucune idée de ce qu'on leur faisait, de ce qu'on leur donnait. Ils ignoraient les dosages, si c'était autorisé ou interdit », a affirmé Travis Tygart dans un entretien diffusé mercredi par la chaîne allemande ZDF.

« On les envoyait juste chez le médecin, et on leur disait qu'ils devaient l'écouter, lui faire confiance », a-t-il poursuivi avant de préciser qu'« aucun athlète actuellement aux Championnats du monde de Doha n'est concerné ».

L'équipementier Nike a apporté son soutien à Alberto Salazar.

« J'espère que Nike va prendre ça comme une alerte, a dit M. Tygart à propos de la responsabilité de Nike.

« Ils n'ont plus le droit de trouver des excuses, a-t-il précisé. Ils doivent admettre que des expériences ont été réalisées sur des athlètes en leur nom et dans leur centre d'entraînement, et que c'était simplement mauvais. »

Nike devrait soutenir ces athlètes, les indemniser et montrer que cette pratique d'utiliser des athlètes comme des cobayes était mauvaise, et ne doit plus jamais se répéter. Nike pourrait utiliser cela pour montrer [...] qu'ils soutiennent un sport vraiment propre.

Travis Tygart, directeur de l'Agence antidopage américaine
Il répond à des questions en conférence de presse.

Travis Tygart

Photo : Getty Images / Buda Mendes

Selon lui, l'entraîneur « n'a donné aucune chance à ses athlètes de refuser des méthodes ou des médicaments interdits que lui ou son médecin Jeffrey Brown leur prescrivait ».

« Alberto Salazar a fait des expériences avec la testostérone qui sont illégales », affirme-t-il.

Il a testé la testostérone sans prescription médicale sur ses propres fils, et il a considéré cela comme une expérience scientifique, dont il a fait un compte rendu. Il l'a fait en secret pour voir s'il pouvait contourner les règles antidopage.

Travis Tygart

« Il voulait voir quelle quantité de crème de testostérone on pouvait mettre sur la peau d'une personne sans dépasser le seuil et déclencher un contrôle antidopage positif, ajoute le directeur de l'USADA. Cela ressort dans des courriels entre Alberto Salazar, le Dr Brown et de hauts responsables du projet Nike. »

La testostérone n'est pas le seul produit en cause, car Salazar a testé « d'autres produits dopants dangereux », a précisé M. Tygart.

Une athlète s'est même fait dire qu'elle devait prendre des médicaments contre un myome (soit une tumeur bénigne de l'utérus), alors qu'elle n'avait pas de myome. Ils ont menti aux athlètes et poursuivi leurs expériences scientifiques sur eux dans le NOP.

Travis Tygart

Selon lui, 10 athlètes associés au NOP entre 2010 et 2014 ont spontanément demandé l'aide de l'USADA.

« Les athlètes sont venus nous voir et nous ont dit : "Nous ne savons pas si c'est autorisé, pouvez-vous enquêter et vérifier?" Ils ont mis leurs données médicales à notre disposition.

« Nous avons découvert qu'elles étaient falsifiées, que de fausses informations avaient été ajoutées, après que nous les ayons officiellement demandées [...] Tout l'entourage du NOP a essayé de tout cacher, ce n'était ni transparent ni ouvert », a conclu M. Tygart.

L'implication de Nike

L'entreprise américaine est désormais menacée par le scandale.

On ne s'attendait pas à ce que le nom du grand patron de Nike lui-même, Mark Parker, apparaisse dans le document produit par un panel d'arbitres indépendants, qui a rendu la décision appliquée par l'USADA.

Il en ressort que le dirigeant était en copie de plusieurs courriels l'informant de l'avancée des recherches d'Alberto Salazar et de son équipe du projet Oregon.

Le président-directeur général de Nike discute avec le spécialiste des courses de fond.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mark Parker et le Kényan Eliud Kipchoge.

Photo : Getty Images / Pier Marco Tacca

Le NOP a été créé en 2001 par Alberto Salazar, trois fois vainqueur du marathon de New York, pour relancer l'élite de la course de fond aux États-Unis.

Dans un courriel daté de 2011, il explique, notamment au patron de Nike, avoir injecté pour un test à l'un des entraîneurs du projet un litre d'un mélange d'acides aminés et de dextrose (glucose), une dose nettement supérieure aux règles de l'Agence mondiale antidopage (AMA).

Deux ans plus tôt, dans un autre courriel envoyé à Mark Parker, le Dr Jeffrey Brown, qui collabore au NOP, évoque des expériences menées avec de la testostérone sous forme de gel.

Dans une réponse, Mark Parker écrit qu'il « serait intéressant de déterminer la quantité minimale d'hormone masculine requise pour déclencher un test positif ».

Dans une réaction transmise au Wall Street Journal, Nike explique que « Mark Parker n'avait aucune raison de croire que le test ne suivait pas les règles dans la mesure où un médecin y participait ».

Officiellement, ces essais répondaient à l'inquiétude de l'entraîneur, alerté d'une possible contamination de ses athlètes à la testostérone par une personne extérieure, qui aurait appliqué le gel à leur insu.

« Pour Mark, Alberto cherchait à empêcher que ses athlètes soient dopés », a expliqué un porte-parole de Nike au quotidien américain.

Mardi, l'action de Nike a glissé de 1,75 %, soit un peu plus que le marché new-yorkais (-1,28 %), au lendemain d'une séance qui l'avait vue clôturer au prix le plus élevé de son histoire. Mercredi, elle a de nouveau ouvert en baisse (-1 %).

On peut y lire l'inscription Beyond the limits (au-delà des limites).

Des chaussures grises de marque Nike

Photo : Getty Images / Pier Marco Tacca

Depuis plusieurs trimestres, le groupe publie de très bons résultats, portés par sa réorientation vers la vente en ligne et ses performances sur le marché chinois.

« L'histoire de Nike est pleine d'exemples de soutien à des dopés, à des fédérations favorisant le dopage », a lancé mardi, depuis son compte Twitter, l'ancienne coureuse de fond Lauren Fleshman, commanditée par Nike pendant neuf ans, jusqu'en 2012.

Ils font semblant de ne rien voir même quand il est clair qu'il y a quelque chose de pourri. Ils jonglent avec des bombes à retardement. Et quand elles explosent, Nike est souvent le dernier à couper les ponts.

Lauren Fleshman, ancienne athlète de Nike

En 2012, l'équipementier a officiellement soutenu Lance Armstrong immédiatement après la publication d'un rapport accablant de l'USADA visant le cycliste et son équipe, avant de le lâcher quelques jours plus tard.

En juin 2016, l'entreprise a également maintenu son contrat avec la joueuse de tennis Maria Sharapova, suspendue deux ans pour dopage.

Nike entretenait là son image d'entreprise se tenant aux côtés des athlètes, qu'il s'agisse de Kobe Bryant, accusé de viol en 2003, ou de Tiger Woods, pris dans un scandale d'adultère en 2009.

« Nike doit rendre des comptes publiquement, a estimé Lauren Fleshman. Si vous faites des publicités sur la pureté du sport tout en finançant la face cachée qui le pourrit, il y a problème », a-t-elle écrit.

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