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Les ambitions de Charles Dubé-Brais, l'autre Québécois des Raptors

Il marche sur le terrain avec un ballon dans les mains.

L'entraîneur adjoint des Raptors 905 Charles Dubé-Brais au camp d'entraînement des champions de la NBA, à l'Université Laval

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Olivier Paradis-Lemieux

QUÉBEC – Il est impossible de ne pas remarquer la longiligne silhouette de Chris Boucher dans l’amphithéâtre Desjardins de l’Université Laval, mais il n’est pas le seul Québécois à être au camp des Raptors. Charles Dubé-Brais, qui a dirigé Boucher avec les 905 dans la G-League l’an dernier, vit ces jours-ci pleinement son rêve de la NBA.

« C'est un privilège que je sois ici parce que ce n'est pas tout le monde des 905 qui est ici. C'est un privilège que l'organisation m'a donné parce que c'est ma ville natale. Je suis là pour les aider de quelque façon que ce soit », raconte l’entraîneur adjoint des Raptors 905 depuis un an.

C'est tellement gros une organisation de la NBA que ce n'est pas tout le monde qui savait que je venais d'ici. Il y a des gens qui m'ont posé des questions, mais je pense qu'il y en avait plusieurs qui ne savaient pas à quel point c'était chez moi. Dire qu'on est Québécois, c'est une chose, mais dire qu'on est allés à l'Université Laval et qu'on a grandi à 5 km d'ici, c’en est une autre!

Charles Dubé-Brais

Il y a 12 ans, Charles Dubé-Brais terminait ses études à l’Université Laval en intervention sportive, sans avoir pu porter le chandail du Rouge et Or. Entraîneur de l’équipe de basketball de l’école secondaire De Rochebelle, à Sainte-Foy, il allait être nommé à 25 ans, en 2007, à la tête des Kebs de Québec, qui ont fait une brève incursion dans le monde du basketball professionnel.

La France et le club de Nanterre allaient ensuite lui ouvrir ses portes pendant huit ans, tandis que les Spurs de San Antonio l’ont invité à de nombreuses reprises à faire partie de leur équipe d’entraîneurs dans plusieurs ligues d’été à Las Vegas.

Et l’an dernier, il s’est joint à l’équipe de développement des Raptors, les 905, en tant qu’adjoint à Jama Mahlalela, après avoir mené le Chong Son Kung Fu, en Chine, en demi-finales de l’Asean Basketball League. Mais depuis toujours, c’est la NBA qu’il a en tête.

« Je ne mets pas de limite, je suis quelqu’un qui est ambitieux, avoue Dubé-Brais. L'objectif à moyen terme, c'est d'être assistant pour une des équipes de la NBA, peut-être en passant par être entraîneur-chef dans la G-League aussi. Je ne suis pas fermé [à l'idée] de retourner à l'international, mais mes yeux sont fixés sur la NBA et d'entraîner dans la NBA. »

Le parcours que suit jusqu’à maintenant le Québécois de 37 ans n’est pas sans rappeler celui de Nick Nurse. C’est en Angleterre, dans sa vingtaine et sa trentaine, que l’entraîneur-chef des Raptors a fait ses classes. Loin des regards de la meilleure ligue au monde, Nurse a su développer son savoir-faire et, en 2007, l’Energy de son Iowa natal – aussi loin de la NBA que peut l'être Montréal – dans la D-League (l'ancien nom de la G-League) lui a fait confiance, puis les Vipers de Rio Grande Valley.

L'entraîneur dribble le ballon que Gasol attend de recevoir.

Charles Dubé-Brais travaille avec le centre Marc Gasol au camp d'entraînement à l'Université Laval.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

En 2013, Dwane Casey en faisait un de ses assistants avec les Raptors. Cinq ans plus tard, il convainquait Masai Ujiri de ne pas regarder ailleurs pour remplacer son ancien patron. Et à sa première saison comme entraîneur-chef dans la NBA, Nurse a mené son équipe à une victoire qui a rallié les Canadiens d’un océan à l’autre en juin dernier.

La tâche sera ardue, mais le Québécois espère suivre ses traces, à sa façon, un jour à la fois.

« Il faut être humble, il faut travailler fort, j'essaie chaque année d'être meilleur, de progresser, d'apprendre des meilleurs entraîneurs. D'avoir eu de belles occasions en Europe, en Chine, avec les Spurs pendant quatre ans, ça m'a permis d'apprendre beaucoup de choses. Et à partir du moment où j'ai touché à ces hauteurs-là, je me suis dit qu'il n'y avait pas de limite pour moi, les limites se fixeront d'elles-mêmes. »

Une bague pour Dubé-Brais

Pendant les éliminatoires et la finale en juin dernier, Charles Dubé-Brais a été appelé, comme ses confrères des 905, à y aller de ses idées sur les différentes façons que les Raptors pouvaient vaincre leurs adversaires.

« Il y a beaucoup d'idées que tu fais remonter et ensuite il y a un tri qui se fait. Parfois, les idées sont les mêmes aussi, explique-t-il. Ils nous ont donné la chance de le faire. Après, il y a une petite intimité sacrée que les équipes veulent avoir dans ces moments parce que, forcément, les sollicitations sont énormes. On ne se greffe pas du jour au lendemain à l'équipe et on devient deux fois plus de coachs! »

Le jour du défilé, dans les rues de Toronto, c’est sur le deuxième autobus avec nombre de joueurs des Raptors qu’il s’est frayé un chemin dans la foule venue acclamer les champions.

Je vais avoir une bague de championnat de la NBA, je n'ai pas à me plaindre.

Charles Dubé-Brais

Le clinquant du défilé et les célébrations estivales des Raptors semblent bien loin derrière quand on voit le Québécois sous le panier reprendre les rebonds de Marc Gasol ou travailler avec Pascal Siakam en tant qu’opposition défensive. Cette semaine, son rôle demeure limité. Il s’occupe surtout des entraînements individuels, mais avec des joueurs qu’il ne peut côtoyer avec les 905.

« C'est sûr que ce n'est pas le même niveau de joueurs, insiste-t-il. Je suis content de voir quelqu’un comme Chris Boucher que j'ai entraîné par le passé, mais pouvoir interagir avec Kyle Lowry, Serge Ibaka, Marc Gasol... c'est vraiment une coche au-dessus. Ce sont les meilleurs au monde et c'est une belle occasion pour moi de les entraîner cette semaine aussi. »

Dire au revoir à Chris Boucher

Quand on lui demande quel joueur qu’il a entraîné avec les 905 est le plus proche d’un poste à temps plein dans la NBA, Dubé-Brais est affirmatif, sans être chauvin : Chris Boucher.

« On n'espère pas revoir Chris Boucher du tout. C'est dans les plans qu'il ne soit pas avec nous. La carrière de Chris, il faut qu'elle soit en NBA, affirme-t-il. Il a fait ce qu'il avait à faire avec le 905 en gagnant le joueur le plus utile de la ligue. Maintenant, la prochaine étape, c'est de s'imposer à ce niveau et se trouver un vrai rôle. »

Rien n’est toutefois certain dans cette méritocratie et la marche est haute entre la ligue de développement et la NBA. Des 19 joueurs les plus utiles de l’histoire de la D et de la G-League, seulement 4 ont joué plus de 200 matchs dans la NBA et un seul, Devin Brown, en a joué plus de 300. Seuls les plus férus des espoirs du repêchage reconnaîtront ceux qui ont obtenu ce titre qui ne vient avec aucune certitude.

Il est debout sur le terrain à l'entraînement.

Chris Boucher (à droite)

Photo : Radio-Canada

« Il y a ce qu’on appelle des qualités NBA, une habileté qui te permet d'être directement dans la NBA. Il y a des choses que tu vas arriver à faire et tu vas frapper ta limite à un moment donné parce que ton habileté n'est pas de niveau NBA, détaille-t-il. À partir du moment que tu affrontes les meilleurs joueurs au monde, certaines de ces choses-là ne se traduisent pas. »

« Pour Chris, quand le niveau est un peu en dessous de ce qu'il y a dans la NBA, tout de suite tu vois la panoplie de choses qu'il est capable de faire par ses qualités athlétiques, ses qualités de défendeurs. Il peut dunker, il peut rouler au panier, il peut tirer de l'extérieur, il est très habile en contre-attaque.

« Il a travaillé très fort cet été, il est meilleur de la ligne de trois points et cette évolution lui permet d'envisager un avenir dans la NBA à moyen et long terme. Mais au niveau de son physique, dans la G-League, les joueurs peuvent être moins lourds et costaud que dans la NBA. Quand tu te mets à affronter (le centre des 76ers) Joel Embiid, c'est autre chose », conclut-il.

En tant qu’entraîneur avec les 905, Charles Dubé-Brais se doit parfois d’être honnête avec certains joueurs sur leurs perspectives. La G-League est une ligue de développement, mais contrairement à la Ligue américaine de hockey, les joueurs y vivent nettement plus d’incertitudes avec des contrats souvent partiellement garantis et des carrières mineures nettement moins longues.

L’an dernier, Boucher et Jordan Loyd détenaient les deux contrats à deux volets des Raptors, mais quand ce dernier a choisi de poursuivre sa carrière en Europe cet été, malgré de bonnes performances dans la G-League et une douzaine de matchs dans la NBA, Dubé-Brais n’a pas voulu le décourager d'abandonner son rêve. Au mieux aurait-il été un joueur de troisième ordre dans la NBA, condamné à réchauffer le bout du banc.

« Mais Chris peut aspirer à faire partie des 9-10 meilleurs joueurs d’une équipe, assure-t-il. Peut-être pas dans le cinq partant, mais on ne connaît pas encore son plafond. »

Pour ces deux Québécois, l’objectif est le même, la NBA à temps plein. Dans ce sport globalisé, il y aura toujours d’autres options... mais pas tout de suite.

En rafale

– Depuis son arrivée à Québec, Nick Nurse insistait qu’il voulait prendre le temps de visiter la ville, dont il ne cesse de vanter les vues. C’est maintenant chose faite après une longue marche dans les rues de la capitale.

Le mélomane – Nurse joue fameusement de la guitare – a découvert dans ce qu’on soupçonne être la rue Saint-Jean une boutique de vinyles dont il a vanté les mérites. L’ancien disquaire de la rue Saint-Jean qui écrit ses lignes croit reconnaître un de ses anciens concurrents dans la description de l’entraîneur.

« J’ai erré pendant deux heures devant les magasins, les restaurants, les bars et les cafés et je suis allé dans un des meilleurs magasins de disque vinyle que j’ai pu voir avec une collection incroyablement bien organisée et des disques vraiment cool. N’est-ce pas là le plus important? »

– Le sort des disponibilités médiatiques a voulu que Stanley Johnson et Matt Thomas se présentent la même journée, deux joueurs dont les qualités de l'un sont les défauts de l'autre. Johnson est l'un des deux ailiers à vocation défensive (avec Rondae Hollis-Jefferson) signés au rabais cet été par Masai Ujiri dans la foulée du départ de Kawhi Leonard et de Danny Green, mais est notoirement un très mauvais tireur de trois points.

Thomas est au contraire considéré comme le meilleur tireur du monde à ne pas avoir joué l'an dernier dans la NBA, mais il n'a pas les qualités défensives de Johnson. En fait, l'on découvrira plus tard dans ce camp s'il peut défendre sa position, une faiblesse qui lui avait valu à sa sortie des rangs universitaires après quatre ans à Iowa State de ne pas recevoir de contrat dans la NBA et de poursuivre sa carrière en Europe.

« Vous savez que j'ai un faible pour les tireurs », a encore relevé Nurse, natif doit-on le rappeler d'Iowa, en parlant de Thomas qui a en poche un contrat de trois ans.

– Trois joueurs présents au camp luttent véritablement pour les deux contrats à deux volets disponibles selon Dubé-Brais : le 59e choix au dernier repêchage Dewan Hernandez ainsi que le Malien Sagaba Konate et l’Ottavien Oshae Brissett, deux joueurs non repêchés.

Konate a d’ailleurs été rendu disponible aux médias francophones, mais après trois ans aux États-Unis à vivre essentiellement en anglais, le Malien de langue maternelle bambara est plus hésitant qu’auparavant dans ce qu’il dit être sa deuxième langue. Souvent, il a abandonné après une demi-phrase pour retourner en anglais, mais il revenait au français dès qu’il s’en sentait capable.

Le Malien a commencé le basketball tardivement, à 17 ans, et le voilà 6 ans plus tard aux portes de la NBA. À l'instar du Camerounais Pascal Siakam, c’était d’abord le soccer et Ronaldinho qui le faisaient rêver. Mais comme six de ses frères, il a quitté le Mali pour poursuivre une carrière d'athlète en Amérique. Tous jouent au basketball, dont son frère Bacary en deuxième division espagnole.

« Ç’a été difficile pour ma famille et pour moi, dit-il avant de poursuivre en anglais, on savait que ce serait dur de laisser notre famille et nos amis derrière, mais on savait que travailler dur pouvait être payant. »

Contreur d’exception (et à deux mains!) avec l’Université West Virginia malgré qu’il ne mesure pas plus de 2,03 m (6 pi 8 po), il prend un malin plaisir au jeu défensif. C’est selon lui l’atout qui lui permettrait de se tailler un poste dans la NBA.

À suivre.

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