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Chronique

L'athlétisme et la gangrène du dopage

Christian Coleman

Christian Coleman, un des favoris au 100 m, participe aux Mondiaux après avoir été blanchi par l'Agence américaine antidopage pour les contrôles inopinés qu'il a ratés.

Photo : Reuters / Lucy Nicholson

BILLET - Les Championnats du monde d’athlétisme s’ouvriront vendredi à Doha, au Qatar, dans une ambiance assez sulfureuse. On peut raisonnablement se demander à quel spectacle va-t-on assister et si la puissante Fédération internationale (IAAF) a encore une quelconque crédibilité.

Il n’y a pas une semaine sans que l’on découvre un nouveau scandale de dopage. Cette année, la très sérieuse Université de Lausanne dévoilait le fruit de son étude sur le dopage sanguin. Dans les épreuves d’endurance des Championnats du monde de 2011 et 2013, un athlète sur cinq était dopé!

C’est sans compter les champions ou les championnes du monde qui tombent comme des mouches depuis des semaines. Quelques exemples : la Bélarusse Marina Arzamasova, ancienne championne du monde du 800 m, est suspendue, comme la lanceuse de disque brésilienne et grande favorite pour une médaille d’or Andressa de Morais. Jemima Sumgong, qui était la fierté de son pays après être devenue aux Jeux de Rio la première médaillée d’or de l’histoire du Kenya au marathon féminin, a chuté elle aussi de la plus haute marche du podium.

Une coureuse devant son drapeau

Jemima Sumgong est devenue la première Kényane à remporter le marathon féminin aux Jeux olympiques

Photo : Getty Images / Buda Mendes

Pour s’offrir une certaine bonne conscience, l’IAAF a créé une structure « indépendante », l’Unité d’intégrité de l’athlétisme. Ses premiers constats ont été dévastateurs. Un total 120 athlètes ou dirigeants ont été suspendus, dont 85 médaillés olympiques. Et elle a maintenu pour ces mondiaux la suspension de la Fédération russe. Vingt-neuf athlètes russes  « propres » pourront y participer sous bannière neutre.

Quand on fait l’état des lieux et que l'on connaît l’étendue du désastre, on peut parler d’effets cosmétiques. On montre l’arbre, mais jamais la forêt. Pour preuve, des athlètes kényans seront présents même si de sérieuses suspicions de dopage à l’EPO ont été rendues publiques par des journalistes allemands.

Plus ironique encore est la présence du sprinteur américain Christian Coleman, réhabilité même s’il a manqué trois contrôles de dopage inopinés. On a la nette impression que cette fédération, comme avant elle celle du cyclisme, fait une curieuse danse, avec deux pas en avant, deux pas en arrière, deux pas sur le côté et deux pas de l’autre côté.

Une fédération qui n’a aucun scrupule non plus en présentant son « show mondial » dans un pays peu regardant sur les droits de la personne.

Voici un chiffre assez révélateur sur l’épidémie de dopage qui frappe l’athlétisme mondial : depuis 16 éditions des mondiaux, 140 médailles ont dû être réattribuées. On peut avoir une pensée pour tous ces athlètes propres qui reçoivent a posteriori leur médaille par la poste.

Pour éviter une gangrène, on doit parfois amputer le patient si on ne veut pas qu’il meure. Si l’IAAF ne fait pas un véritable examen de conscience, elle risque de périr à son tour. Cette fois, elle ne pourra pas dire qu’elle ne savait pas qu’elle était malade.

Radio-Canada Sports présente dès vendredi en webdiffusion les mondiaux d'athlétisme de Doha, avec commentaires et analyse.Cliquez ici pour consulter notre calendrier de diffusions.

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