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« Je suis un des meilleurs » : Sean McColl confiant en route vers Tokyo

Sean McColl

Photo : Radio-Canada / Jean-François Vachon

Michel Chabot

Le quadruple champion du monde d'escalade Sean McColl est de retour au pays pour la première fois depuis qu’il a assuré sa qualification olympique aux Championnats du monde. Le grimpeur canadien, en compétition ce week-end à Montréal, est fébrile à l'approche de ses premiers Jeux, où il pense faire bonne impression.

« C’était une longue compétition, sur 10 jours, se souvient le Vancouvérois. Et c’est au huitième jour que je me suis qualifié. Pour moi, d’aller aux JO, c’était toujours un rêve depuis que j’étais petit. À ce moment-là, j’ai commencé à pleurer, j’ai donné des câlins à mes amis… Je savais que je le voulais. Mais quand ça arrive, on ne sait pas quoi faire. On pleure, on pense à tous les moments où on avait des doutes. J’étais juste content », a-t-il confié à Radio-Canada Sports.

Sean McColl n’a pu faire mieux qu’une 10e place au combiné des récents mondiaux, après avoir régné sur cette discipline (regroupant les épreuves de vitesse, des blocs et de la difficulté) en 2009, 2012, 2014 et 2016. Mais il assure être encore au sommet de son art à 32 ans.

« Je pense que je suis un des meilleurs, dit-il humblement. C’est dur de dire si je suis meilleur que quand j’avais 26 ou 28 ans, peut-être que j’étais plus fort, peut-être pas. Ça ne change pas grand-chose, je dois bien réussir maintenant et aux Jeux, et c’est tout ce qui compte. »

Je dis ouvertement que je suis un des vétérans, un des plus vieux en Coupe du monde. Et aux Jeux olympiques, je pense que je serai le plus vieux. J’ai 32 ans, j’ai commencé à grimper quand j’avais 10 ans, ça fait presque deux tiers de ma vie. Oui, je suis un vétéran, je n’ai pas peur de le dire, mais j’ai l’expérience.

Sean McColl, grimpeur canadien

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Garder la forme

L’escalade est un sport toujours en développement, et la qualité des athlètes s'améliore sans cesse. Sean McColl doit plus que jamais redoubler d’ardeur pour se maintenir parmi l’élite.

« J’ai toujours eu des podiums en Coupe du monde. Mais c’est vrai qu’il y a 8 ou 10 ans, j’en avais plus, admet-il. Peut-être que c’est parce que maintenant, il y a plus de grimpeurs forts. En blocs, surtout, il y avait six Coupes du monde et il y a eu six différents vainqueurs. L’année dernière, j’ai eu une 2e place, mais les finalistes changent sans arrêt. Alors, pour moi, toujours être en finale et maintenant d’avancer aux JO, mon but ultime, c’est bien pour moi. »

La clé du succès pour lui, comme pour tout athlète, c’est la santé. Après un début de carrière exemplaire à ce chapitre, il a été éprouvé en 2017 et en 2018.

Je n’ai presque pas eu de blessure avant 30 ans et ç’a vraiment cassé. Peut-être que j’en faisais trop vers 29 ou 30 ans. Peut-être que je n’ai pas assez pris soin de moi. On peut regarder après et dire : "Oh oui, j’ai été blessé parce que je n’ai pas fait assez gaffe." Ou : "J’ai vu une blessure progresser et je n’ai pas assez pris de repos."

Sean McColl

Son corps répond à la perfection cette année et le vétéran se réjouit d’avoir retrouvé toutes ses facultés, bien qu’il n’ait rien ajouté à sa routine.

« C’est juste que j’ai suivi, à la lettre, tout ce qui marchait pendant mes 10 premières années de compétitions, révèle-t-il. Peut-être que dans les années d’avant, je ne le faisais qu’à 90 %, que je me suis permis un peu de chocolat, un peu de bonbons… Mais cette année, j’ai dit non, j’arrête tout ça. Tout pour être vraiment à 100 %. »

Sean McColl et le travail mental

Travail mental

Depuis quelques mois, le jeune vétéran a commencé à visualiser ce que sera sa première expérience olympique, qui aura lieu tout près du site des derniers mondiaux.

« Je fais partie du conseil de direction de la Fédération internationale [en tant que représentant des athlètes, NDLR] et on a fait un tour où l’escalade aura lieu aux Jeux olympiques, raconte-t-il. En ce moment, c’est un stationnement. »

« J’étais à l’endroit où ils vont construire le mur et je visualisais tout le monde qui regardait, j’espère que ce sera moi, ajoute-t-il les yeux fermés. C’était il y a six mois. Et maintenant, je continue de visualiser comment ça va être. »

C’est effectivement à l’extérieur que sera installé le mur des épreuves olympiques. Les athlètes devront donc composer avec la chaleur intense des étés de Tokyo.

La difficulté supplémentaire sera la même pour tout le monde. Oui, il fera 35 degrés, mais tout dépendra de la façon d’utiliser la magnésie en liquide et aussi en poudre. Et moi, je mets des t-shirts glacés pour être plus froid. On va faire tous les tests avant pour Tokyo.

Sean McColl

Même s’il se concentre essentiellement sur les Jeux de 2020, il n’écarte pas une participation à ceux de 2024.

« Je vais y penser après, dit-il. Je prendrai ce qui va arriver en 2020 et regarderai pour le prochain cycle de quatre années. On sait déjà que l’escalade va probablement être dans les Jeux de 2024 à Paris et que la vitesse sera enlevée du combiné et deviendra une discipline comme telle. Alors on aura un combiné avec la difficulté et les blocs et la vitesse sera séparée. »

Une telle décision ne lui donnerait pas pour autant une chance pour une deuxième médaille puisqu’il songe déjà à réduire ses activités afin de se concentrer sur ses atouts.

« En fait, je ne suis pas trop fort en vitesse, alors j’aurai probablement arrêté ça dans un an parce que je suis beaucoup plus fort aux blocs et en difficulté, explique-t-il. Ça va m’aider pour les Jeux de 2024. Il y a une bonne possibilité que je fasse ça si j’ai envie. Je pense que j’aurai envie, mais je suis vraiment concentré pour 2020 et on verra. »

Grand voyageur

Par la force des choses, Sean McColl est un globe-trotteur assidu. Il doit voyager huit mois par année dans le but de se rendre aux différentes compétitions internationales. Tout juste arrivé d’Allemagne, il repartira la semaine prochaine en direction de la Slovénie. Puis octobre comportera des escales au Qatar et en Chine.

Ce n’est qu’en novembre et en décembre qu’il prendra une pause afin de recharger ses batteries à Vancouver ou à son pied-à-terre à Innsbruck, en Autriche.

C’est un repos mental et physique. En compétition 10 ou 11 mois par année, je regarde ce que je mange, la durée de mes entraînements, du cardio, comment je dors… Il y a tellement de trucs. C’est bien, pendant quelques semaines, d’oublier ça et peut-être d’aller avec mes amis, d’aller à une fête. C’est vraiment bien pour la santé.

Sean McColl

La relève

Outre Sean McColl, peu de grimpeurs du Canada se signalent. Allanah Yip, également de Vancouver, essaiera de se qualifier pour les Jeux de Tokyo en novembre. Elle a pris le 18e rang aux Championnats du monde.

La relève tarde toutefois à se manifester.

« Ça n’a pas vraiment aidé que je vive en France pendant cinq ans et que je n’aie pas été à côté des entraîneurs et de l’équipe nationale, dit Sean McColl. On a récemment fait des changements au programme national. Il y a maintenant un directeur de la performance et nous cherchons un directeur général pour structurer tout le programme. Je suis optimiste que ça avance dans la bonne direction et qu’on verra beaucoup plus de grimpeurs dans les prochaines années au Canada. »

McColl est convaincu que sa participation aux Olympiques créera un engouement au pays et que plusieurs jeunes voudront commencer à pratiquer l’escalade. Cette perspective l’emballe.

J’aime être un mentor, une personne qui accompagnera les prochains grimpeurs. J’aimerais vraiment être là et les inspirer à s’améliorer. Même si j’arrête après les Jeux, je vais rester. J’adore la compétition.

Sean McColl

Alpinisme et escalade

Sports