•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Jacqueline Gareau songe à retourner courir à Boston

À 66 ans, Jacqueline Gareau court toujours.

Photo : Radio-Canada

Jean-François Poirier

Jacqueline Gareau n'est pas que dans une forme splendide. À 66 ans, les idées lui trottent dans la tête à une vitesse folle. L'envie de courir le marathon de Boston, 40 ans après sa mémorable victoire, est aujourd'hui plus forte que jamais.

« Je pourrais boucler la boucle, dit en souriant la plus célèbre marathonienne canadienne. Mais ce n'est pas certain, je ne veux pas courir un marathon en plus de 4 heures... »

Son projet est à l'état embryonnaire. Dans les faits, elle n'a pas obtenu l'aval de son conjoint Gilles pour retourner dans le « feu de l'action » à Boston.

« Elle n'est pas arrêtable et ça ne vaut pas la peine d'essayer, lance son amoureux de longue date qui l'avait convaincue de tenter sa chance au plus prestigieux des marathons en 1980. C'était notre premier grand voyage ensemble. Nous y étions allés en avion et j'avais mis ma cravate! »

Jacqueline avait aussi fait sa part pour épater son Gilles. Elle avait conclu l'épreuve en un temps record de 2 h 34 min 28 s. Aucune femme n'avait parcouru les 42,2 kilomètres si vite à Boston. Pourtant, ce n'est pas elle qui a franchi la ligne d'arrivée la première...

La coureuse effrontée

La tricherie de Rosie Ruiz a été largement documentée. Les organisateurs du marathon avaient disqualifié cette coureuse après avoir découvert qu'elle les avait bernés. La tricheuse était apparue sur le parcours à la fin de la course et avait feint être épuisée au point que des secouristes l'avaient aidée à marcher après avoir parcouru la « supposée » distance.

Quelques jours après la compétition, la preuve avait été faite que Ruiz n'était qu'une comédienne et avait été dépouillée de son titre à la faveur de Jacqueline Gareau.

Je pensais avoir gagné la course, car je n'avais vu aucune femme me dépasser. À l'arrivée, j'ai trouvé étrange de ne pas briser le ruban et j'ai constaté qu'une coureuse était entourée de journalistes. J'étais surprise, mais je ne me suis plainte de rien. La semaine suivante, le gouverneur de l'État du Massachusetts m'a demandé de me déplacer à Boston pour me remettre un parchemin afin de souligner mon esprit sportif. Boston m'a fait connaître. Il y a des coureurs qui ont remporté ce marathon, mais on ne se souvient pas d'eux.

Jacqueline Gareau

Le couple Gareau-Lapierre mène une vie active à Sainte-Adèle. À sa maison, entourée d'arbres, Jacqueline pratique le métier de massothérapeute à ses heures. À 72 ans, Gilles a depuis peu délaissé la course à pied pour le vélo, après avoir suivi Jacqueline pendant presque quatre décennies.

« J'ai essayé de la suivre, précise-t-il. Nous sommes allés récemment en vacances aux États-Unis. Je lui ai dit que j'y allais pour me reposer, mais j'ai plutôt eu l'impression de vivre un camp d'entraînement dans la nature .»

Ils discutent, assis sur un canapé.

Jacqueline Gareau (à droite) et son mari

Photo : Radio-Canada

Jacqueline Gareau éclate de rire. Elle sait qu'elle pousse souvent la pédale à fond.

« Gilles, c'est mon grand sage. Faudrait que je sois plus à l'écoute, mais j'ai besoin de courir. Il faut que j'aille dehors. »

Son copain la regarde et hoche la tête. Il ne compte plus les fois où il lui a suggéré de ralentir. Mais Jacqueline a la tête dure.

Je sais que j'en fais encore trop. Le surmenage m'a souvent rattrapée durant ma carrière. La petite Jacqueline a souvent couru contre elle. C'est pour ça que Gilles me regarde avec de gros yeux lorsque je lui parle de Boston.

Jacqueline Gareau

« Ce n'est pas le marathon le problème, dit Gilles. C'est la préparation qui le précède. Il ne faut pas qu'elle soit faite au détriment de ta santé ou de tes priorités. »

Jacqueline adore pratiquer le ski de fond. Courir le marathon de Boston en avril voudrait donc dire qu'elle devrait modifier sa routine en hiver afin d'arriver prête à l'événement.

« J'aime trop le ski de fond, c'est ça le problème,ajoute-t-elle en riant, assise aux côtés de son complice. Mais tu sais, Gilles, que ça s'en vient mon affaire. Boston, ça serait vraiment plaisant... »

« Tu ne me convaincras pas », rétorque Gilles sur-le-champ.

Visiblement, le duo éprouve du plaisir à mesurer le pour et le contre d'un ultime essai à Boston.

Ai-je le goût de m'imposer tous ces sacrifices pour une course? Je ne le fais plus pour la performance, mais pour le plaisir. Je ne voudrais pas devoir arrêter de courir parce que je me suis blessée à un genou en faisant un marathon. J'aime tellement courir. C'est mon mode de vie.

Jacqueline Gareau

Jacqueline Gareau poursuit sa réflexion à voix haute.

« Moi, je ne vois pas le temps changer. J'ai commencé la course à 21 ans et j'en ai 66 aujourd'hui. Pourtant, c'est comme la même affaire. J'ai commencé la course pour arrêter de fumer et je suis devenue une championne de marathon. Mon but, c'est de bouger jusqu'à la fin », dit-elle en jetant un léger regard vers le ciel.

Championne du premier Marathon international de Montréal

On oublie qu'avant sa victoire à Boston à 27 ans, Jacqueline Gareau avait frappé un grand coup devant les siens en 1979. La coureuse de Rivière-Rouge s'était démarquée en remportant, contre toute attente, le premier Marathon international de Montréal. Jacqueline célèbre donc cette année le 40e anniversaire de ce sacre inattendu.

Je suis passée du statut de joggeuse à coureuse connue. On ne s'attendait pas à ce que je gagne. Je n'étais pas vraiment consciente de mon potentiel. J'avais juste du plaisir à courir. On m'a ensuite invitée au marathon de New York, à Tokyo aussi. Moi, je n'ai jamais perdu. La course m'amenait des sensations incroyables et c'est encore le cas aujourd'hui.

Jacqueline Gareau

Et cette sensation de ne pas avoir pu franchir la ligne d'arrivée la première à Boston, est-ce que ça la tiraille?

« Non, je serai toujours la championne et la tricheuse demeurera Rosie Ruiz. Un an après ma victoire à Boston, elle était venue me voir lors d'une course à Miami. Je lui avais demandé pourquoi elle avait fait ça et elle m'avait répondu qu'elle avait gagné le marathon. J'avais préféré mettre fin à la conversation. Cette histoire m'a suivie toute ma vie. »

Rosie Ruiz est décédée cet été sans jamais avoir officiellement reconnu ses torts.

« J'avais mal pour elle. Ça ne doit pas être facile de vivre dans le mensonge. »

Curieusement, Jacqueline Gareau a été intronisée au Temple de la renommée d'Athlétisme Canada deux semaines après le décès de celle dont le nom lui restera à jamais associé.

Marathon

Sports