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chronique

Alexis Lafrenière : l’art de préparer le futur premier choix au repêchage de la LNH

Il se tient au centre de la patinoire du Colisée de Rimouski.

Alexis Lafrenière

Photo : Radio-Canada / Iften Redjah

Martin Leclerc

BILLET - Pour un entraîneur de hockey, c’est un immense privilège d’entreprendre une saison en comptant dans sa formation un jeune surdoué destiné à être le tout premier choix du prochain repêchage de la LNH. Par contre, ce privilège est aussi assorti d’une lourde responsabilité : faire comme si de rien n’était. Bienvenue dans l’univers de Serge Beausoleil!

Avant de parler d’Alexis Lafrenière et de l’Océanic de Rimouski, faisons un bref retour en arrière.

Nous sommes au mois d’août 2011. Quelques mois après avoir été le premier joueur sélectionné au repêchage de la LHJMQ, Nathan MacKinnon se présente au camp d’entraînement des Mooseheads d'Halifax. Il célébrera son 16e anniversaire dans quelques jours.

« Je m’étais assis avec Nathan dès son arrivée, se souvient son entraîneur de l’époque, Dominique Ducharme.

« Beaucoup de gens le comparaient à Sidney Crosby, mais nous avions établi un plan ensemble. Nous avions convenu qu’il ne deviendrait pas Crosby, mais qu’il allait devenir le meilleur Nathan MacKinnon possible. Je lui avais dit que je voulais le voir jouer dans la LNH à 18 ans et c’était aussi son objectif. Nous avions ensuite calculé qu’il nous restait 740 jours pour le préparer en vue du camp de la LNH de septembre 2013. Il fallait donc que, chaque jour, il quitte l’aréna meilleur qu’il ne l’était en franchissant la porte d’entrée. »

À sa saison de repêchage (sa deuxième campagne à Halifax), MacKinnon a une fois de plus rencontré son entraîneur au début du camp. Il s’est fait dire de continuer à suivre le plan et que le reste allait survenir tout seul.

Dominique Ducharme croit fermement que lorsque les choses sont bien faites, les résultats viennent d’eux-mêmes. C’est aussi simple que cela.

« Nathan n’avait aucun contrôle sur les listes qui allaient sortir ou sur ce que les équipes allaient penser de lui. Par contre, il avait le contrôle sur sa progression et sur son objectif d’être prêt à jouer dans la LNH. Le repêchage? Honnêtement, nous n’en avons jamais parlé durant la saison. Autant avec Nathan qu’avec Jonathan Drouin. »

Le reste appartient à la petite histoire du hockey. Les Mooseheads ont remporté la Coupe Memorial en 2013. MacKinnon a été sélectionné au premier rang par l’Avalanche du Colorado et il a joué dans la LNH à 18 ans.

***

À Rimouski cette saison, Serge Beausoleil fait face à la même situation. En Amérique du Nord, tous les yeux seront rivés sur l’Océanic et sur son attaquant vedette Alexis Lafrenière.

Dès son passage dans la Ligue midget AAA, où il avait inscrit 33 buts et 83 points à l’âge de 15 ans (en 2016-2017), des recruteurs avaient commencé à prédire que cet athlète de Saint-Eustache allait être l’un des premiers joueurs sélectionnés au repêchage de 2020.

Dans la LHJMQ, la saison suivante, Lafrenière est devenu le premier joueur de 16 ans à inscrire 40 buts depuis Sidney Crosby (42-38-80). Et l’an dernier, il a enchaîné avec une campagne de 105 points, dont 37 buts, en plus d’avoir été choisi pour faire partie d’Équipe Canada junior.

Pour Alexis Lafrenière, la saison 2019-2020 de la LHJMQ, qui s'amorcera jeudi, sera donc celle de la vérité. Son entraîneur convient qu’il s’agira d’une année spéciale pour lui et pour toute l’organisation.

« Les défis d’Alexis sont les défis de l’Océanic. Nous figurons parmi les équipes favorites, entre autres à cause de la présence d’Alexis, de notre gardien Colten Ellis et de plusieurs choses. Les attentes sont très élevées pour nous aussi. Alors, on va s’accompagner là-dedans », explique Serge Beausoleil, qui cumule la double fonction d’entraîneur et de directeur général.

Tout comme Ducharme, Beausoleil estime que l’une de ses principales responsabilités consistera à aider son meilleur joueur à « rester dans le présent et à focaliser sur les facteurs qu’il contrôle ».

« C’est un pouvoir mental extrêmement important [de ne pas se laisser distraire par des facteurs extérieurs] et c’est peut-être la clé du succès d’aborder tout ça avec un esprit collectif, en pensant en fonction de l’équipe. Quand on se décentre de soi-même, ça change les perspectives et ça donne parfois de saprés bons résultats », estime l’entraîneur.

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Alexis Lafrenière en uniforme, sur la patinoire

Alexis Lafrenière

Photo : Radio-Canada

Alexis Lafrenière devra composer au cours des prochains mois avec une attention médiatique nettement accrue. Toutes sortes d’articles, de commentaires et de classements des meilleurs espoirs seront publiés. Sans oublier les réseaux sociaux ou le fait qu’à chaque match, des amateurs de plus en plus nombreux se déplaceront pour le voir à l’oeuvre.

Ce n’est pas tous les jours qu’un premier choix au total émerge de la LHJMQ. Au cours des 30 dernières années, ce n’est arrivé que cinq fois : Nathan MacKinnon en 2013, Sidney Crosby en 2005, Marc-André Fleury en 2003, Vincent Lecavalier en 1998 et Alexandre Daigle en 1993.

Et chaque fois que des attaquants de la trempe de Lafrenière ont émergé, la LHJMQ a enregistré des hausses d’assistances très importantes ou de nouveaux records aux guichets.

À travers cette frénésie, Alexis Lafrenière devra être suffisamment fort mentalement pour se concentrer sur sa progression comme hockeyeur et comme leader. Il ne serait d’ailleurs pas étonnant qu’il soit nommé capitaine de son équipe au cours des prochaines heures.

« Il y a encore plusieurs points sur lesquels on veut travailler avec Alexis. On veut le pousser parce que c’est un gars qui a besoin d’être mis au défi. Il carbure à cela, et je crois que c’est important de le maintenir dans cet état d’esprit pour l’aider à progresser.

« L’un des défis concrets auxquels il fera face cette saison sera de faire partie de notre unité de désavantage numérique, alors qu’il n’a jamais été utilisé dans ces situations. Il ne jouera peut-être pas en désavantage chez les professionnels, mais ça ajoutera des cordes à son arc et ça l’aidera à développer sa conscience spatiale. Où se trouvent les joueurs adverses? Qui doit-il marquer? Comment doit-il se positionner? Ça transcende le désavantage numérique et ça fera de lui un meilleur joueur », croit Beausoleil.

***

Le solide ailier gauche entreprend le calendrier à titre de favori en vue de l’encan amateur, mais deux autres attaquants canadiens, les centres Hendrix Lapierre, des Saguenéens de Chicoutimi, et Cole Perfetti, du Spirit de Saginaw, ont aussi gagné beaucoup de points au cours des derniers mois.

Durant l’été, Perfetti (8 buts et 4 passes en 5 matchs) a littéralement dominé le tournoi de la Coupe Hlinka-Gretzky, un tournoi réservé aux meilleurs joueurs de la planète âgés de moins de 18 ans. Lapierre a aussi été l’un des joueurs les plus impressionnants de ce tournoi.

Gros plan sur Alexis Lafrenière, qui regarde vers le sol.

Alexis Lafrenière

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Outre ces rivalités personnelles sur lesquelles il n’exercera aucun contrôle, Alexis Lafrenière fera peut-être face à une certaine adversité en début de saison.

On s’attend habituellement à ce qu’un futur premier choix soit le moteur d’une équipe dominante. Outre les succès de Nathan MacKinnon mentionnés ci-haut, on se rappelle que Sidney Crosby avait permis à l’Océanic de remporter la Coupe du Président (défaite en finale à la Coupe Memorial) à son année de repêchage et que Lecavalier avait mené l’Océanic jusqu’à la finale de la LHJMQ.

Or, l’Océanic de Rimouski a perdu une douzaine de joueurs de son édition de l’an dernier. Et au cours des dernières semaines, l’équipe n’a remporté aucun de ses six matchs préparatoires. Cette équipe jeune, à laquelle se greffent huit nouveaux membres, ne sortira probablement pas des blocs avec des allures de rouleau compresseur.

Si l’Océanic connaît un début chancelant, les recruteurs vont accorder énormément d’importance au comportement et au niveau de maturité affichés par Lafrenière.

« Nous sommes conscients qu’il nous faut ajouter de la viande autour de l’os dans notre alignement pour performer [à la hauteur de nos attentes]. Nous avons Alexis, Dmitry Zavgorodniy (un attaquant russe repêché par Calgary) et un autre Européen. Mais nous avons quand même à réaménager certaines choses. Nous avons connu un bon repêchage le printemps dernier et nous avons besoin de temps pour profiter de la croissance interne de notre équipe.

« Ça se peut qu’on ne soit pas où l’on veut être en début de calendrier, mais l’objectif demeure le même. Il faut juste prendre le temps de progresser. Ça fait partie de la pédagogie de ne pas brûler les étapes », explique Serge Beausoleil.

Il faut respecter le processus, comme dirait Dominique Ducharme.

« Alexis a acquis beaucoup de maturité en tant que personne. L’Océanic de Rimouski, c’est son équipe. C’est lui qui va décider où il va amener son équipe. C’est lui qui décidera un peu aussi à quel rythme on va avancer parce qu’il est notre meneur d’hommes par excellence », estime son entraîneur.

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Cela dit, comme cela avait été le cas avec Crosby en 2004-2005, et comme les Mooseheads l’avaient fait en 2013, l’organisation de l’Océanic entend encadrer de façon plus serrée les contacts qu’Alexis Lafrenière aura avec les journalistes, le public et les organisations de la LNH.

C’est bien de demander à un athlète de ne pas tenir compte des réflecteurs qui sont braqués sur lui. Mais encore faut-il lui fournir quelques écrans pour s’en protéger.

« Il y a parfois des gens qui veulent faire signer des autographes sur des pages complètes de cartes de hockey. À un certain moment, il faut tracer la ligne entre l’importance d’être près des amateurs et les gens qui essaient de soutirer le maximum d’un jeune athlète.

« Il y a aussi l’aspect LNH qui est très important. Après Noël, on s’entend que la dizaine d’équipes susceptibles de remporter la loterie vont le scruter à la loupe. Nous voulons leur procurer un accès facile tout en veillant à ce qu’il n’y ait pas d’exagération avec le nombre de rencontres d’évaluation », dit Beausoleil.

Le camp d’entraînement de la saison 2020-2021 de la LNH commencera dans 358 jours. Si Alexis Lafrenière veut connaître la meilleure saison possible, il ferait mieux de se concentrer sur cette échéance plutôt que sur la date du prochain repêchage.

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