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chronique

Entre drame et résilience : l'inspirant Michael Woods

Michael Woods regarde la caméra.

Michael Woods

Photo : AFP/Getty Images / Miguel Riopa

Marie-José Turcotte

BILLET - Vous savez, très souvent on m’a abordée en disant : « Hey! Vous êtes la madame des Olympiques! »

Alors, à 10 mois des prochains Jeux, c’est sûr que la madame va avoir un goût prononcé, très prononcé même, pour vous parler de la chose olympique!

Et surtout des humains qui se cachent derrière la performance. Avec les Grands Prix cyclistes de Québec et de Montréal la fin de semaine dernière, on a eu droit à énormément d’informations sur le vélo. Peut-être avez-vous lu l’excellent texte de Michael Woods pour Podium. Michael est le meilleur cycliste canadien, il est membre de l’équipe professionnelle américaine EF Education First.

Le 30 septembre 2018, il a terminé 3e de la course sur route aux Championnats du monde en Autriche. Avant lui, il y a eu un autre athlète de chez nous, Steve Bauer, qui avait aussi gagné le bronze aux mondiaux en 1984. Trente-quatre ans plus tôt! On ne peut pas dire que les Canadiens abusent des podiums internationaux.

Ce qu’il faut savoir, c’est que deux semaines avant cette médaille historique, Woods a carrément vécu une épiphanie! La ligne d’arrivée de la 17e étape du tour d’Espagne est à quelques centaines de mètres, il a du mou dans le mollet. Si près de son rêve d’enfin gagner une étape, il n’est plus capable, il est vidé. Tout à coup, dans son oreillette, son directeur sportif lui dit : « Fais-le pour ta famille. »

Michael Woods est allé puiser dans des réserves qu’il ne croyait plus avoir. Guidé uniquement par ses émotions, il a obligé son corps à obéir. Un 300 mètres à la limite de la casse. Au bout de cette folie : la victoire! Sa première victoire d’étape dans un grand tour.

Au micro des journalistes, en sanglot, il arrive à dire : « Je l’ai fait, je l’ai fait pour Hunter… »

Il lève le bras à la suite de sa victoire au sommet du mont Oiz, au Pays basque.

Michael Woods lors de sa victoire à la 17e étape du Tour d'Espagne en septembre 2018.

Photo : AFP/Getty Images / ANDER GILLENEA

Hunter, c’est le fils qu’il n’aura jamais. Sa conjointe Elly a accouché d’un bébé mort-né à 37 semaines.

J’ai vraiment été interpellée par sa réaction à ce drame. Il a expliqué que cette victoire à la mémoire de Hunter l’a ramené sur le plancher des vaches. C’est-à-dire qu’il est sorti de sa bulle de sportif de haut niveau et est redevenu d’abord un homme. Un homme qui comprend que sa priorité, c’est sa famille. Que le sport n’est qu’un véhicule pour exprimer son talent, son potentiel.

Donc oui, il y a le cycliste, mais il y a aussi Michael Woods, l’humain, un être entier, qui doit faire de la place à toutes les réalités de son quotidien. Évidemment, on ne souhaite à personne de traverser une épreuve aussi traumatisante. Mais Michael Woods semble bien être devenu une meilleure personne, un meilleur sportif dans cet épisode noir de sa vie.

Pourquoi cette histoire m’a-t-elle interpellée? Au-delà de ma compassion, comme je le disais, il y a sa réaction. Les athlètes d’élite sont par définition égoïstes. Parce que pour atteindre le pinacle dans une discipline, ça prend des êtres d’exception. Qui dit exception, dit souvent excès. S’entraîner six jours semaine, deux à trois fois par jour, ça ne laisse pas beaucoup de place pour l’équilibre. Donc, pour réussir, il faut penser à soi et prioriser ses résultats.

Ils tiennent des bouquets.

Le Français Romain Bardet, l'Espagnol Alejandro Valverde et le Canadien Michael Woods sur le podium de la course sur route des Championnats du monde de cyclisme l'an dernier.

Photo : Getty Images / CHRISTOF STACHE

Cette réalité fait souvent en sorte qu’en entrevue, après une grande victoire, un champion va sortir le sempiternel : « J’ai tellement fait de sacrifices. » Chaque fois, ça me hérisse. Quand j’entends sacrifice, j’entends aussi résignation qui, selon mon ami Robert, se définit comme suit : le fait d’accepter sans protester, tendance à se soumettre, à subir sans réagir.

Non, les athlètes ne font pas des sacrifices, ils font des choix. Le choix de vouloir être le meilleur vient avec des responsabilités, des obligations, mais ce sont des choix.

C’est aussi pour ça que j’ai été interpellée par l’histoire de Michael Woods. Depuis le 12 septembre 2018, il a fait le choix de pédaler à fond, oui pour oublier un drame, mais aussi pour donner un sens à son drame. Pédaler pour Hunter, donner la priorité à sa famille, c’est choisir une forme d’équilibre. Et comme par hasard, en se concentrant sur les « vraies affaires », les performances sont au rendez-vous.

Woods sera aux Championnats du monde qui commencent dimanche prochain en Grande-Bretagne. Peut-il monter sur le podium pour une deuxième fois de suite? En tout cas, la madame des Olympiques a déjà fait le choix de surveiller cet être de résilience. De plus, son but est de finir dans le top 3 à Tokyo l’été prochain.

Michael Woods n’est certainement pas parfait. La perte de son fils aurait pu l’entraîner dans la noirceur et le repli sur soi, mais il semble bien avoir choisi l’ouverture, le combat et la lumière.

Inspirant!

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