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Le Marathon de Montréal, priorité à l'écoresponsabilité

Les athlètes se lancent à l'assaut du parcours.

Le départ du Marathon international de Montréal

Photo : Marathon international de Montréal / Paradis Kunicek

Philippe Crépeau

Le Marathon international de Montréal souhaite intégrer plus de pratiques d’écoresponsabilité au sein de son organisation et devenir un événement zéro déchet. Pour y arriver, sa direction s'est associée à deux organismes environnementaux : Équiterre et le Conseil québécois des événements écoresponsables (CQEER).

Le mot d’ordre est d’y aller par étapes.

« Il faut prendre conscience de ce qui se passe autour de nous et tenter de faire une différence, explique à Radio-Canada Sports Dominique Piché, directeur de course du Marathon de Montréal. C’est primordial que le marathon fasse son bout de chemin, il doit devenir un chef de file, un exemple en développement durable dans le sport. »

« Mais ce n’est pas très facile à exécuter du jour au lendemain, poursuit-il [...] Il faut chercher quelqu’un pour nous accompagner dans cette démarche, il faut des spécialistes en écoresponsabilité et nous ne le sommes pas. Il faut apprendre, s’éduquer pour pouvoir raffiner nos pratiques. »

L’exemple de l’Ironman

L’organisation du Marathon de Montréal veut raffiner ses pratiques, car elle ne part pas de zéro. Elle a fait ses classes en matière d’écoresponsabilité dans le triathlon longue distance Ironman qu’elle organise à Mont-Tremblant, dans les Laurentides.

L'événement fait en effet partie de la Marathon Rock 'n' Roll Series du groupe Ironman, division du conglomérat chinois Wanda Sports Holdings.

« Ce virage est déjà entamé à Mont-Tremblant. Sur le plan du développement durable, nous sommes niveau 3 à Mont-Tremblant pour l’écoresponsabilité », rappelle Dominique Piché.

La certification écoresponsable BNQ 9700-253 est établie par le Bureau de normalisation du Québec (BNQ). Et c'est le Conseil québécois des événements écoresponsables (CQEER) qui accompagne l'organisation du triathlon longue distance Ironman pour gravir les échelons.

Le programme de certification comporte 56 exigences réparties selon cinq domaines: sélection des fournisseurs, gestion du matériel, des sources d'énergie et de l'eau, gestion des matières résiduelles, sélection de l'alimentation et sélection des moyens de transport.

Il y a cinq niveaux de certification.

Les 5 niveaux de certification en gestion responsable d'événements du Bureau de normalisation du Québec (BNQ)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les 5 niveaux de certification en gestion responsable d'événements du Bureau de normalisation du Québec (BNQ)

Photo : Bureau de normalisation du Québec (BNQ)

L’organisation de l’Ironman de Tremblant a réussi en 2018 à recycler 76 % des déchets créés.

L'événement n’est pas tout à fait carboneutre, mais un programme de compensation existe pour les gaz à effet de serre qu'il produit, lequel a permis de planter près de 10 000 arbres dans la forêt boréale québécoise depuis 2014, grâce à un partenariat avec Carbone Boréal, une division de l’Université du Québec à Chicoutimi.

« On a investi cette année dans un centre de tri qui nous appartient, ajoute M. Piché. On a récolté toutes les matières récoltées aux stations d’aide, et nos équipes vertes les ont triées. On a ainsi pu faire une meilleure collecte des matières. »

Ce qu’on fait déjà à Mont-Tremblant, on veut le faire avec le Marathon de Montréal. Évidemment, c'est d'une tout autre ampleur sur le plan du volume. Il faudra ajuster le modèle d’affaires qu’on a ici à Montréal.

Dominique Piché, directeur de course du Marathon de Montréal
Le logo du Marathon international de Montréal.

Le Marathon international de Montréal fait partie de la Marathon Rock 'n' Roll Series du groupe Ironman, division du conglomérat chinois Wanda Sports Holdings.

Photo : Marathon international de Montréal

Les premiers pas verts

En 2018, les organisateurs ont cherché à changer leurs pratiques pour prendre un virage vert. Tous les vêtements laissés par les athlètes sur leur parcours vont à la Maison du Père, organisme montréalais qui aide les hommes sans-abri, pour leur donner une deuxième vie.

« On a commencé l’an dernier à se poser des questions, comment agir en opérations, en communication, en déploiement, dit Dominique Piché. On va trouver les meilleures pratiques possible, disponibles et raisonnables, pour qu’elles soient faciles à mettre en place. »

Les bouteilles d’eau qu’on distribuait et qu’on remplissait dans les stations d’aide, c’était plusieurs semi-remorques, alors on a éliminé ces bouteilles de 500 ml et on les a remplacées par des citernes.

Dominique Piché

Le producteur de l’événement veut aller plus loin, en prenant exemple sur d’autres marathons d’envergure internationale.

Le Marathon de Londres, en Grande-Bretagne, a distribué en 2019 30 000 gélules d’eau enveloppées dans une pellicule d’algue. Si elles sont jetées, elles sont biodégradables en moins de six semaines.

À gauche : de nombreuses bouteilles de plastique au sol. À droite, quelqu'un tient dans sa main une gélule d'eau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les gélules d'eau offertes aux athlètes pour remplacer les bouteilles d'eau lors du Marathon de Londres

Photo : London Marathon / Ecozone

Santé Canada n’a pas encore donné son feu vert à ces gélules qui permettraient d’éliminer les gobelets encore distribués au Marathon de Montréal.

« J’aimerais éliminer complètement la distribution de gobelets d’eau, qui sont déjà recyclables et compostables, tout en m’assurant d’offrir de l’eau aux athlètes, mais la science ne me le permet pas encore », affirme M. Piché.

« Est-ce qu'on peut atteindre l’objectif zéro déchet? D'abord, il faut se donner un objectif ambitieux pour réussir de petites choses. Ensuite, tablons sur le zéro déchet pour réussir de grandes choses. C’est raisonnable d’y croire, oui », poursuit-il.

C’est pour cela que nous voulons faire un état des lieux avec Équiterre. Pour établir un diagnostic, et avec ce diagnostic, on va établir nos priorités, les moyens pour y arriver et le temps pour s’y rendre.

Dominique Piché

L’aide d’Équiterre

C’est un projet mené à bien par Équiterre à Montréal qui est à l’origine du partenariat avec le Marathon de Montréal.

La course Changer le monde existe depuis quatre ans sur le mont Royal, et c’est un événement zéro déchet. Les participants doivent apporter leurs gourdes d’eau. Il n’y a ni médaille ni t-shirt souvenir, le dossard est fait de papier recyclé, et la puce électronique est réutilisable.

Une affiche montrant des coureurs en action.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La course Changer le monde, organisée par Équiterre

Photo : Équiterre / Course Changer le monde

La dernière édition, le 4 mai 2019, a attiré environ 1200 participants.

« Cette course est là pour inciter les organisateurs d’événements, et d’événements sportifs surtout, à changer leur façon de planifier leur course. Et mon intention en organisant cette course, c’était d’intéresser le Marathon de Montréal », admet Lyne Royer, chargée de projets à Équiterre.

Tout comme dans notre événement, l’organisation du Marathon de Montréal s’est rendu compte avec le Ironman de Mont-Tremblant que les athlètes sont fiers de participer à un événement écoresponsable, que les athlètes sont fiers d’éviter le gaspillage de matières qui sont inutiles. Et c’est avec ça en tête qu’on nous a approchés.

Lyne Royer, chargée de projets à Équiterre

« Cette année, on sera donc dans l’observation, précise-t-elle. On veut voir en détail le marathon dans tous ses aspects : le départ, l’arrivée, les stations, le parcours, la zone VIP, les kiosques, ce qu’on donne comme nourriture aux bénévoles et aux participants. »

Gros plan d'une femme sur fond blanc.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lyne Royer

Photo : Pascale Messervier - Studio Bohos / Équiterre

« On doit faire un examen général de l’événement en collaboration avec le CQEER, sans être dans le jugement. Ensuite, on va y aller étape par étape. On ne pourra pas tout changer du jour au lendemain. »

On espère réussir avec le Marathon pour que ce soit lui qui devienne le modèle [...] Pour réussir notre mission, il faudra que ce soit réaliste pour tout le monde.

Lyne Royer

Faire une place aux idées du public

Le bilan que fera Équiterre au Marathon de Montréal sera rendu public par souci de transparence et pour piquer la curiosité des gens.

« Dans un premier temps, on veut que le public comprenne, et qu’ensuite, il collabore, car on ne pourra pas faire ça tout seul, explique le producteur du Marathon de Montréal Dominique Piché.

« On va envoyer un sondage aux athlètes pour qu’ils nous aident à innover, pour qu’ils nous aident à prendre ce virage. Je crois en cette recette où il y a trois ingrédients : Équiterre, les athlètes et l’organisation du Marathon. »

« Les athlètes devront changer leurs habitudes, donc ce sera important pour nous d’aller leur parler pour savoir comment ils voient le virage vert du marathon, s’ils sont prêts par exemple à refuser un t-shirt à l’inscription, s’ils sont prêts à aller plus loin », dit pour sa part Lyne Royer.

L’idée de convaincre les gens d’apporter leurs gourdes d’eau devrait passer, car ils sont de plus en plus conscientisés aux initiatives écoresponsables. Je crois que les gens sont rendus là, ils sont à l’aise avec des gestes qui respectent leurs valeurs, mais il faut leur proposer des alternatives. Tout changement de comportement nécessite une adaptation. Et si on fait des petits changements chaque année, les gens vont s’habituer.

Lyne Royer
Plusieurs gros contenants d'eau l'un à côté de l'autre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le point d'eau zéro déchet de la course Changer le monde. organisée par Équiterre à Montréal

Photo : Équiterre / Course Changer le monde

Convaincre la Ville de Montréal

Autant l’organisation du Marathon de Montréal qu’Équiterre veulent convaincre la Ville de faire partie de la solution.

« Si le Marathon réussit son virage, la Ville de Montréal pourra en bénéficier pour ses autres événements d’envergure. Le Marathon pourra léguer ses bonnes pratiques à l’ensemble de la communauté », dit Lyne Royer.

« À ce stade-ci, je ne sais pas quelle sera son implication, mais elle est dans nos solutions pour la gestion des déchets, la distribution de bacs de recyclage et de compostage. Si je me réfère à la course Changer le monde sur le mont Royal, pour le compostage, je dois moi-même payer une entreprise qui va me fournir des bacs et qui va venir gérer mon compost », révèle Lyne Voyer.

Des personnes réunies derrière un ruban.

Valérie Plante au lancement du Marathon international de Montréal, en présence du producteur Dominique Piché (à droite)

Photo : CNW / Marathon de Montréal

C’est ce genre d’initiatives que la Ville pourrait prendre à l’avenir si elle souhaite aider le Marathon à devenir écoresponsable. Je ne dis pas que ça va se faire, mais c’est le genre d’idées qu’on pourrait proposer à la Ville pour les événements d’envergure.

Lyne Royer

Le message de l’organisme Équiterre est clair : la Ville de Montréal devra être plus qu’un acteur de soutien pour faire du Marathon un exemple d’écoresponsabilité.

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