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chronique

François Marcoux, l’homme qui remet en question le hockey québécois

Un homme sur une patinoire avec un chandail et une casquette

François Marcoux

Photo : François Marcoux

Martin Leclerc

BILLET – Aux yeux de l'establishment du hockey mineur québécois, François Marcoux est une sorte de trouble-fête. Un caillou dans une chaussure. Un empêcheur de tourner en rond.

Mais lorsqu’on prend un pas de recul, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine admiration pour le magistral électrochoc qu’il administre, depuis 12 ans, à notre sport national.

En 2007, déçu par les options offertes aux jeunes hockeyeurs de sa région, François Marcoux a mis sur pied le programme de hockey Ulysse, avec la collaboration de l’école publique l’Odyssée à Terrebonne. Inspiré des prep schools américains, Ulysse était à l’époque (et est encore) un programme indépendant non affilié à Hockey Québec.

Avec le programme de l’Académie Saint-Louis à Québec (alors dirigé par Dany Bernard), Ulysse était à ses débuts l’une des seules organisations francophones de hockey mineur à s’inspirer des valeurs et des méthodes des plus prestigieuses écoles secondaires privées du nord-est américain.

Ulysse se distinguait par son code de conduite particulièrement rigoureux. Le calendrier sportif était conçu de façon à ne pas amputer le calendrier scolaire (et non l’inverse). Et les étudiants-athlètes qui négligeaient leurs études étaient aussitôt écartés de leur équipe de hockey et obligés de faire du rattrapage scolaire.

Par ailleurs, les étudiants-athlètes qui faisaient partie d’Ulysse n’étaient membres d’aucune ligue. Leur calendrier d’une quarantaine matchs était composé de rencontres amicales ou de participation à des tournois de mise en vitrine au sein d’un réseau d’organisations basées en Ontario ou aux États-Unis.

***

Puis en 2010, en compagnie d’hommes de hockey comme Stéphan Lebeau (Sherbrooke), Dominic Ricard (Drummondville) et Jean-François Brunelle (Trois-Rivières), Marcoux (à titre de président fondateur) a déclenché un véritable tsunami en mettant sur pied la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS).

Des écoles reconnues comme le Collège Saint-Bernard (Drummondville), le Séminaire Saint-Joseph (Trois-Rivières), le Collège Bishop’s (Sherbrooke) et le Collège de Lévis se sont regroupées avec l’Odyssée pour fonder une ligue inspirée du modèle des prep schools, avec l’intention claire de continuer à développer des alliances avec des maisons d’enseignement ontariennes et américaines.

À Hockey Québec, les dirigeants de l’époque ont tout fait pour combattre cette nouvelle ligue qui ébranlait leur structure civile. Et parallèlement, la LHPS a connu une popularité fulgurante. Elle a fini par grandir et s’établir dans à peu près toutes les régions du Québec. Au point où son président-fondateur a cessé de s’y sentir confortable.

« Quelques années après le lancement de la LHPS, j’ai quitté la présidence afin de pouvoir participer au projet de construction d’un nouveau complexe de hockey à Saint-Roch-de-l’Achigan (où Ulysse allait ensuite s’installer en 2015).

« La LHPS a grandi rapidement et elle a fini par perdre l’identité que nous avions voulu lui donner au départ. À mes yeux, c’était devenu une sorte de copie du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ). La dernière année, les joueurs de notre équipe M-13 avaient notamment manqué 13 jours d’école en raison du calendrier sportif. J’ai donc décidé que c’était terminé », explique-t-il.

***

Au milieu des années 2010, pendant que le nouveau président Mathieu Darche négociait une adhésion de la LHPS aux cadres de Hockey Québec, François Marcoux renouait avec son réseau d’équipes ontariennes et américaines. Entêté, il a continué à opérer les quatre équipes de son programme Ulysse (U-12, U-14, U-16 et U-18) comme si le reste du petit univers du hockey québécois n’existait pas.

« Je ne regrette pas l’aventure de la LHPS. Cette ligue a créé une effervescence envers le hockey scolaire et elle a forcé beaucoup de gens dans le monde du hockey à se remettre en question et à rehausser la qualité de leur programme. L’impact de cette ligue a été positif », insiste-t-il.

Bien avant que les avantages du multisport, qui permet aux enfants de pratiquer plusieurs disciplines sportives pour maximiser leurs habiletés et leurs qualités athlétiques, fassent l’objet de débats au Québec ces dernières années, Marcoux était en plein dedans.

Les hockeyeurs d’Ulysse font notamment de l’athlétisme à l’automne. Durant l’hiver, ils participent à des séances de natation sous la supervision d’un maître nageur. « Parfois, au lieu de patiner, nos équipes font des séances d’entraînement en raquettes dans le bois », raconte-t-il.

« Nous tentons d’être à l’affût des innovations et des nouvelles méthodes d’entraînement. Et nous ne pensons jamais détenir toutes les réponses. Nous validons nos hypothèses avec trois kinésiologues reconnus et nous leur demandons de nous remettre en question pour nous aider à progresser. Nous demandons aussi des conseils à des experts comme André Lachance », ajoute-t-il.

Ulysse rend par ailleurs ses équipes disponibles pour participer à des études scientifiques susceptibles de faire avancer le sport en général et le hockey.

Il y a quelques années, le docteur en neurosciences David Tinjust collaborait avec Ulysse et menait des expériences visant à quantifier les capacités cognitives des joueurs sur la patinoire. Tinjust s’intéresse à la problématique des commotions cérébrales, mais aussi aux façons de développer la vitesse de réaction des athlètes.

Récemment, Ulysse a signé une entente avec un étudiant au doctorat de l’UQTR, Julien Glaude-Roy, qui s’intéresse au développement de la performance par l’utilisation de la technologie 3D.

***

J’ai décidé de vous parler de François Marcoux aujourd’hui parce qu’il est probablement sur le point de recommencer à déranger des gens dans notre petit écosystème sportif.

Parce qu’il n’est plus seul dans son coin. Des directions générales d’écoles reconnues ont été séduites par le modèle d’Ulysse et elles se sont associées à Marcoux pour implanter ses méthodes dans leur établissement. Un nouveau réseau est donc en train de se créer, sous la bannière UAA (Ulysse Académie Association).

Minutieux, Marcoux a colligé ses méthodes dans un cahier des charges certifié. Et, entre autres résultats, les élèves-athlètes de sa petite école secondaire publique de Terrebonne ont un taux de réussite scolaire de 97 %, ce qui n’est pas rien.

Au fil des ans, des anciens d’Ulysse se sont par ailleurs retrouvés dans des universités américaines et canadiennes, dans la LHJMQ et même dans les rangs professionnels.

Le Collège Durocher, une école secondaire privée de la Rive-Sud qui accueille 2300 élèves et dont l’histoire est plus que centenaire, a été le premier à s’associer à Ulysse en 2017. Les premières équipes de hockey UAA du Collège Durocher ont foulé la glace la saison dernière.

Et cette saison, c’est le collège privé Saint-Jean-Vianney, basé dans l’est de Montréal, qui a mis sur pied deux équipes associées à Ulysse. Sur la Rive-Nord, le Collège Boisbriand se joindra au nouveau réseau la saison prochaine. Une école de l’Outaouais et une autre de la Mauricie sont en lice.

Marcoux veut mettre sur pied un réseau de six écoles qui collaboreront et qui rayonneront au Canada anglais et du côté américain. Il rêve même de créer un partenariat avec l’UQTR pour alimenter son équipe universitaire.

« J’ai assisté à l’arrivée d’Ulysse à l’école l’Odyssée il y a plusieurs années, et mes collègues qui ont travaillé avec François Marcoux l’ont encensé. Il a une très belle réputation », raconte le directeur général du Collège Durocher, Francis Roy.

« Notre programme académique est intense. Nos élèves ne peuvent rater des heures de cours sans que leurs résultats en souffrent. Disons que nous étions à la recherche d’un programme études-sport plutôt qu’un programme sport-études. Les valeurs prônées par François ainsi que le professionnalisme de ses interventions et celles de son équipe nous ont convaincus de nous associer à Ulysse. Nous sommes très heureux des résultats et nos joueurs progressent bien », d’ajouter M. Roy.

***

Le directeur général du Collège Saint-Jean-Vianney, Éric Deguire, va dans le même sens.

« Notre première motivation de nous associer à Ulysse réside dans l’indépendance que ça nous procure, et parce que ça nous permet de placer le bien de nos élèves au centre de l’organisation du programme sportif. Je connais bien les rouages de plusieurs fédérations et je constate que, souvent, les structures ne sont pas construites pour le bien des élèves-athlètes », explique-t-il.

« François Marcoux m’a été recommandé par des directions d’écoles qui sont encore associées à la LHPS. Je partage sa philosophie du multisport. Et les valeurs qu’il prône ne sont pas juste mentionnées dans un document, elles sont appliquées au quotidien. Et ça, ce n’est pas facile à faire. »

Selon le directeur général, les élèves-hockeyeurs de Saint-Jean-Vianney manqueront environ 3 jours de classe cette saison comparativement à 20 l’an dernier, quand le Collège jouait au sein du RSEQ.

« Nous bâtissons notre calendrier sportif en fonction du calendrier scolaire. Nos élèves pratiquent plusieurs sports durant l’année. Et quand nos équipes de hockey vont disputer des matchs à l’extérieur, on en profite pour organiser des visites de campus d’universités américaines ou pour permettre à nos joueurs d’assister à diverses rencontres sportives. Ce sont de belles expériences », d’ajouter Éric Deguire.

***

L’histoire du programme Ulysse, tout comme la fulgurante popularité des ligues scolaires comme la LHPS et le RSEQ, démontre à quel point les mentalités changent et à quel point le hockey québécois est en train de se métamorphoser.

Ce phénomène n’est peut-être pas étranger au fait que plusieurs espoirs québécois francophones aient commencé à tourner le dos à la LHJMQ pour s’engager auprès d’universités américaines.

Pour ceux qui ont suivi l’histoire depuis le début, il est clair que nous n’assisterions pas à cette véritable révolution sportive si des hommes de hockey comme François Marcoux n’avaient pas décidé, il y a 10 ans, avec un certain courage, de se lancer dans l’inconnu pour offrir des alternatives aux hockeyeurs et aux familles.

François Marcoux n’en démord pas : il croit que si notre modèle ne change pas de façon drastique, le hockey québécois finira par devenir insignifiant en Amérique du Nord. Chose certaine, personne ne pourra l’accuser de n’avoir rien tenté pour faire bouger les choses.

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